‹ Jacme I, le conquérant, roi d'après les chroniques et les documents inéditsChapitre 140 sur 183 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

• Mathieu a fait par deuil et par tristesse sa complainte sur le roi qa'il aimait plus que tous les autres rois, pour que tous eu pleurent et que son nom puisse rester dans le monde, et afin d'obtenir des fils du roi et de ses amis quelque chose qui lui plaise et le console *. »

Le roi Jacme V conquit trois royaumes , gagna trente batailles rangées , fonda plus de deux mille églises ; il fut vaillant, pieux , « de gentille apparence *, généreux, miséricordieux et magnifique. Tel est le portrait que les historiens se sont transmis de siècle en siècle, et auquel le Conquistador a dû sa renommée dans un temps où un grand souverain devait être avant tout un chevalier accompli. Mais cet ensemble de qualités n'est pas ce qui mérite le plus l'admiration de notre époque. A nos yeux, c'est peu pour un roi du XIIIe siècle que d'avoir brillé au premier rang des hommes de guerre, c'est beaucoup que de compter parmi les hommes d'Etat, les réformateurs

paradis, et chacun doit ainsi le croire. » Au XVII* siècle, le comte de Guimera proposa la canonisation du roi Jacme. (Voy. la note E de l'Appendice.;

1 Voy. Raynouard. Choix de Poésies des troubadours, t. V, p. 261 ; Milà, De los Trovadores, p. 192; Histoire littéraire delà France, t. XIX, p. 607 (fragments.) — Dans les siècles suivants, Jacme le Conquérant a été souvent célébré par les poètes ; nous citerons entre autres les vers de VArcadia de Lope de Vega :

De los Moros la arrogancia Sujeta à mis plantas vi :

Très reinas tienen por mi Portugal, Castilla y Francia.

Gane à Mallorca y Valencia , Ganara la casa santa, Si el tiempo con furia tanta No mo hiciera resistencia.

et les bienfaiteurs des peuples , d'avoir pressenti les transformations nécessaires de la société , et de les avoir secondées plus efficacement peut-être qu'aucun autre souverain de son temps.

Une phrase de son codicilte explique la vie entière de ce prince : « Dieu aime les rois qui aiment leurs peuples. » Toute la politique de ce grand règne est dans ces belles et simples paroles.

Jacme a aimé son peuple jusqu'à l'abnégation de luimême ; car, pour lui , l'unique mission, Tunique raison d'être des rois en ce monde , c'est de veiller au bonheur et au perfectionnement moral de leurs sujets. La sanction de ce devoir immense, c'est de Dieu seul qu'il l'attend, et chez un héros de ces siècles de foi , cette sanction est bien plus efficace que la tutelle d'unearistocratie inquiète, méfiante , ennemie du progrès. Aussi n'entre-t-H ni orgueil de despote, ni désir d'une indépendance déréglée dans le sentiment qui pousse Jacme à se soustraire an contrôle de la nation et à proclamer l'origine divine du pouvoir royal. Il sent dans son cœur de nobles aspirations, dans son intelligence la puissance du bien; ce cœur et cette intelligence, qu'il a reçus de Dieu, il demande â Dieu de les diriger. Ce serait , à ses yeux , profaner ces dons sublimes que de les mettre au service exclusif d'une mesquine ambition de personne ou de famille. Sans s'inquiéter outre mesure d'acquérir de la gloire ou d'augmenter sa puissance, il marche résolument dans la voie que lui montre la lumière d'en haut, persuadé que s'il obtient la protection divine , gloire et puissance lui seront données par surcroit.

Telle est la clé de la conduite du souverain , abstraction faite des erreurs et des faiblesses de l'homme. Ainsi s'expliquent à la fois ses guerres de conquête contre les

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