CONCLUSION M
Maures et son désintéressement avec les princes chrétiens, ses lattes continuelles par l'épée ou par les lois contre l'arbitraire féodal et ses ménagements ponr des adversaires vaincus qui sont des compatriotes , son ardeur à faire observer la justice et son habileté à éluder les anciennes coutumes qu'il croit funestes au progrés de ses Etats, sa soumission à l'autorité spirituelle des Papes et son refus de reconnaître leur suprématie temporelle, ses tentatives enfin pour effacer certaines inégalités sociales, pour établir la libre circulation des immeubles, pour favoriser une répartition plus équitable de la richesse.
Les idées qui ont inspiré à Jacme ses conquêtes et ses réformes ne lui appartiennent pas en propre, elles sont un produit de l'état social du XIIIe siècle ; mais, à l'œuvre de rénovation qui s'accomplit, les uns apportent leur haine du passé et leur désir du changement , les autres l'espoir d'un profit personnel, quelques-uns seulement l'amour du bien , le dévouement à l'humanité. Parmi ces derniers, dominent les nobles figures de saint Louis, de saint Fernand , d'Àifonse X et de Jacme Ier.
Ces grands princes, qu'une même foi éclaire, qu'une même conviction anime, marchent vers un même but, par des voies analogues ; mais, comme ils diffèrent de caractère et d'aptitudes» ils doivent différer aussi par leur manière de procéder et par les résultats qu'ils obtiennent. C'est en ceci que s'accentue plus nettement la physionomie du monarque aragonais.
Homme d'action avant tout, doué d'une prodigieuse activité d'esprit et de corps, menant de front les affaires de toutenatvre, réformes au dedans et guerres au dehors, essais de reconstitution nationale de la France do Midi et lottes contre des sujets rebelles, négociations avec
saint Louis et rivalité avec Alfonse X, il songe à tout, il veille à tout, il n'oublie que lui-même, mais il s'oublie à ce point, qu'il ne semble même pas se préoccuper de son perfectionnement moral, et que, suivant l'expression du pape Clément IV, ce vainqueur de tant d'ennemis se laisse vaincre par les passions. On dirait, à le voir agir, que Dieu ne demande compte aux rois que de leur vie publique et les absout d'avance de leurs fautes privées. Aussi ne faut-il point chercher en lui autre chose que le souverain ; rien ne le distrait de ses préoccupations de roi; rien ne l'arrache à ce monde pour le transporter dans les sphères de la sainteté ou de la science spéculative. Il n'a ni la candeur sublime de saint Louis, ni la vasle érudition d'Alfonse X; mais il possède la connaissance de l'humanité, le coup d'œil du grand capitaine, le jugement sùr de l'homme d'Etat.
Pour le saint roi de France , la vertu est une atmosphère qui semble aussi nécessaire à la vie de son àme que l'air est nécessaire à la vie de son corps. Louis IX fait le bien comme par besoin, et presque sans s'inquiéter du résultat humain de ses actions. Jacme, sans cesser de regarder le ciel, ne se détache jamais de la terre ; il suit le droit chemin de l'honneur et de la loyauté par instinct, par devoir et aussi parce que c'est la voie la plus sûre. Les plus nobles élans de son cœur ne lui font jamais perdre de vue les combinaisons de la politique.
Le philosophe couronné de Castille cherche dans l'étude un refuge pour échapper aux soucis de la Tie réelle, et, lorsque le savant, redevenant roi, veut faire profiler son peuple du résultat de ses travaux, il jette sans ménagements la lumière au milieu des ténèbres, il éblouit et n'éclaire pas. Dans les lettres et les sciences,