‹ Jacme I, le conquérant, roi d'après les chroniques et les documents inéditsChapitre 148 sur 183 · PROJET DE CANONISATION DE JACME LE CONQUÉRANT · texte numérisé non relu

PROJET DE CANONISATION DE JACME LE CONQUÉRANT

Vers Tan 1653 ou 1634, un descendant de Jacme I", don Gaspar Galceran de Castro, de Pinos , de Gurrca y de Aragon, comte de Guimera, reprenant une idée que nous avons vue mise en avant, dès le XIII' siècle, par le troubadour Mathieu de Quercy et le chroniqueur Muntaner, demanda la canonisation de son illustre aïeul. La Castille s'occupait en ce moment de faire admellre au rang des saints le roi Alphonse le Noble, l'un des héros de Las Navas de Tolosa. Fernand III était canonisé par la voix du peuple avant de l'être par celle de l'Église ; il s'en fallait de peu que les Aragonais ne rendissent des honneurs du même genre au plus grand et au plus populaire de leurs rois. Mais autant il était facile de prouver les droits du conquérant des Baléares, de Valence et de Murcie, du législateur des Fueros et des Furs à la reconnaissance des peuples, autant il était malaisé de lui trouver des titres à la vénération de l'Eglise. Le comte de Guimera ne recula pas devant celle entreprise ardue. Il écrivit un long mémoire, dont le manuscrit original, le seul peut-être qui ait jamais existé, a été retrouvé en partie, il y a huit ou neuf ans, par don Pascual Savall y Dronda, avocat général (teniente fiscal) à Saragosse. L'érudit aragonais s'empressa de faire part au public de sa trouvaille, qu'il enrichit d'une introduction et de notes *. Malheureusement ce n'est là qu'un fragment de l'ouvrage. La table, qui s'y trouve jointe, donne le titre d'un grand nombre de chapitres entièrement perdus, ce qui est d'autant plus regrettable que les pièces justificatives, copiées, à ce qu'il parait, à la fin du mémoire, auraient eu pour nous le plus grand intérêt. D'après ce que don Pascual Savall a arraché à l'oubli, on peut voir quels efforts ont été nécessaires pour

' Exhortation à la instancia de la canonizavion, etc. voy. ci-dessus note À.

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arriver à réunir quelques arguments spécieux , qui pussent donner une apparence de solidité au projet de canonisation du roi Jacme. Les vertus et les mérites de la reine Marie, sa mère ; de dona Sancha, femme d'Alphonse le Chaste, son aïeule ; de ses filles Sancha et Marie; de son fils Sanche, archevêque de Tolède; de sa petite-fille, sainte Isabelle, reine de Portugal, ont été groupés avec une certaine habileté. L'auteur du mémoire fait ressortir ensuite les prétendus miracles dont le Conquistador a été, d'après lui, le héros ou le témoin : la naissance du fils de Marie de Montpellier, la manière dont le nom du patron de l'Espagne lui fut donné, son éducation, sa valeur et son intelligence précoces, ses conquêtes rapides, et enfin tous les faits merveilleux que nous avons énumérés plus haut*. Le titre de l'un des chapitres perdus fait même supposer qu'on a attribué a Jacme le don de prophétie. Le comte de Guimera marche sur un terrain plus solide lorsqu'il vante la sagesse de son glorieux ancêtre, sa modération, l'utilité de ses réformes, sa piété, ses nombreuses fondations d'églises, ses encouragements aux ordres religieux. Il tente de justifier quelques-unes des fautes qu'on impute à Jacme, fautes rachetées d'ailleurs, dit-il, par des pénitences publiques et une sainte mort. Enfin il cherche à intéresser au succès de son entreprise le plus grand nombre possible de prélats, d'ordres religieux, de pays et de princes; mais tant d'efforts furent vains, et il ne parait pas que la cause de la canonisation de Jacme le Conquérant ait reçu même un commencement d'instruction.

' Voy. ci-dessus, p. 384.

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