‹ Jacme I, le conquérant, roi d'après les chroniques et les documents inéditsChapitre 16 sur 183 · DIVORCE DE RAYMOND VII · texte numérisé non relu

DIVORCE DE RAYMOND VII

Ces protestations n'empêchèrent pas les princes méridionaux de poursuivre leur œuvre. L'enquête ayant eu lieu devant les juges désignés par le Saint-Père , des témoins établirent que Raymond VI avait tenu Sancha d'Aragon sur les fonts baptismaux. Il est vrai que la sincérité de ces déclarations fut révoquée en doute par l'évêque de Toulouse, et que ce prélat refusa, malgré les prières du comte Raymond, de prendre part àl'enquêle; mais l'intimidation qui n'avait pu forcer Sancha à témoigner contre elle-même lui ôta du moins le courage de se défendre ; la sœur de Pierre le Catholique comparut devant les juges ecclésiastiques accompagnée de ses deux neveux, le roi d'Aragon et le comte de Provence, dont la présence était plutôt une menace qu'un appui ; son silence répondit seul aux affirmations des témoins, et le divorce fut prononcé1.

Le principal obstacle ainsi renversé, il ne s'agissait plus que d'obtenir du Saint-Siège les dispenses nécessaires pour que Raymond VII pût épouser Sancha de Provence. Des ambassadeurs furent envoyés à cet effet auprès de Grégoire IX; mais le roi d'Aragon et les deux comtes, confiants dans les bonnes dispositions du Saint- Père à leur égard , avaient une telle hâte d'assurer le succès de leur combinaison , qu'ils résolurent de célébrer le mariage sans attendre la décision pontificale, et, le 3 des ides d'août (Il août) 1241, le roi Jacme T, en qualité de procureur fondé du comte de Toulouse, épousa à Aix, en Provence, la fille de Ramon Berenguer, sous

avoir été à peu près étranger. Nous n'hésitons pas à nous ranger à l'opinion de lrabbé Papou (Histoire générale de Provence, t. Il, p. 327), et de l'auteur de l'article Raimbaud d'Hières, dans VHist. litt. de la France.

• Voyez la Chronique de Guillaume de Puy-Laurens, chap. xuv.

la condition cependant que la dispense serait accordée ayant la Septuagésime*.

Le roi d'Aragon et ses alliés touchaient au but, lors^ qu'un événement imprévu vint renverser l'édifice qu'ils avaient si péniblement échafïaudé sur une injustice. En arrivant à Pise, les ambassadeurs de Jacme, de Raymond et de Ramon Berenguer apprirent que Grégoire IX venait de mourir. Le siège pontifical resta vacant pendant vingt mois environ; dans cet intervalle, Sancha de Provence épousait Richard , frère du roi d'Angleterre , et, tandis que Jacme retournait en Catalogne, Raymond VII, livré à lui-même, changeait encore une fois de ligne de conduite.

C'était le moment où saint Louis , essayant de faire reconnaître dans le Poitou l'autorité de son frère Alphonse, soulevait les haines des barons de ce pays, à la tête desquels se plaçait Hugues de Lusignan , comte de la Marche. La femme de Hugues , l'altière Isabeau d'Angouléme, mère du roi d'Angleterre, essayait de former une puissante coalition de tous ceux qui avaient contre le roi de France un sujet de mécontentement ou de haine. Raymond se laissa prendre aisément aux avances de l'ambitieuse comtesse. On lui promit en mariage la fille du comte de la Marche , et, au mois d'octobre 1241 \ un traité secret le liait à Hugues de Lusignan.

Raymond se chargea d'entraîner dans la ligue le roi d'Aragon et le vicomte Trencavel ; il fit, à cet effet, un voyage en Catalogne qui eut un plein succès auprès de

4 fiel acte (Je mariage a été public par dora Luc d'Achcry, dans son Spicilrgium, édil. in-f\ t. III, p. 621.

2 Chronique de Guillaume de Puy-Laurens, chap. xlv, et Hist, de Lang.y t. XXV, chap. lu.

COALITION COîtTRK LK ROI DE FRANCE 63

l'ancien vicomte de Béziers1; mais, malgré les assertions - de quelques contemporains , il nous est permis de douter que le comte de Toulouse ait aussi bien réussi auprès de Jacme et obtenu de celui-ci une promesse formelle de secours contre le roi de France.

La prudence du roi d'Aragon , la sûreté de son jugement, les idées de conciliation que, par un remarquable contraste, l'infatigable guerroyeur des Sarrasins apportait dans ses relations avec les princes chrétiens , la nécessité de surveiller sans cesse les Musulmans imparfaitement soumis de ses nouveaux royaumes, tout enfin dans sa conduite, comme dans son caractère, contredit cette affirmation hasardée. Autant il est aisé de reconnaître les traditions catalanes dans la combinaison matrimoniale qui venait d'échouer, autant il est difficile de croire que, avec une caution telle que l'inconséquent Raymond VII , Jacme se soit lancé dans une guerre dont l'issue était plus qu'incertaine, dont la durée et la violence pouvaient atteindre des proportions désastreuses. Les vœux du roi d'Aragon, comme ceux des rois de Gastille et de Navarre, étaient certainement favorables à la cause du Midi ; mais il y a loin de là à une promesse d'intervention. Le bruit se répandit pourtant que ces princes étaient entrés dans la coalition; propagées sans doute habilement par Raymond et le comte de la Marche, ces rumeurs vagues et sans fondement prirent un corps dans

1 Par un acte en date du 46 des kalendes de novembre (47 octobre) 4244 , « Trencavel, parla grâce de Dieu, vicomle de Béziers n , s'en remet à la décision et à la volonté du roi d'Aragon et du comte de Toulouse, jurant de ratifier ce qu'ils détermineront à son sujet et au sujet de sa terre et de ses hommes. 11 fait hommage manuel à Jacme selon les fueros d'Aragon (Voyez Histoire de Lang., liv. XXV, chap.

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