SOUCIS DOMESTIQUES OU ROI
Outre les difficultés nées entre les deux rois dès 1234 \ il y avait certainement à cette époque, dans le midi de la France, dans toute l'Europe et jusqu'en Orient, bien des sujets de préoccupation qui devaient faire désirer une entente des deux grands princes chrétiens; mais est-il permis de croire que les contemporains aient gardé le silence sur un fait de cette nature? Quoiqu'il en soit, Jacme était à Montpellier le 29 juin 1243, car ce jour là, par son ordre, les consuls et le peuple de la ville prêtèrent serment de fidélité à l'infant Pierre, comme héritier présomptif de la seigneurie et à la reine Yolande, comme régente, en cas de mort du roi, avant la majorité du prince V
La naissance d'un nouvel enfant n'avait donc pas d'abord modifié les dispositions de Jacme au sujet du partage de ses Etats; mais la reine exigeait que son second lils pût aussi porter une couronne, et ses plaintes sur la préférence dont Alfonse était, d'après elle, l'objet, vinrent de nouveau assaillir son royal époux « Aussi disaitil souvent que les soucis du gouvernement, en guerre comme en paix, sont beaucoup plus tolérables que ceux de la famille; car les premiers permettent à l'esprit de se reposer par intervalles et de reprendre haleine; les autres, au contraire, ne donnent aucune trêve. Au milieu de ses ennuis domestiques, il ne pouvait souvent s'empêcher de sourire en pensant que, maître de tant de royaumes, il éprouvait beaucoup plus de peines et de déboires à régler le sort des cinq enfants qu'il avait alors, que n'en aurait
' Voy. notre tome I, p. 363.
* « Item eodem anno (1 2*3; infesto B. B. Pétri et Pauli, consules et populus hujus villœ, mandato domini régis juraverunt .Petro filio ipsius domini régis etreginœ Yoies. » (Coron, du Petit Tluilamus de Montpellier.;
éprouvé certainement un pauvre homme chargé d'une nombreuse famille » *. Jacme céda enfin devant la ténacité d'Yolande, à laquelle, par flatterie ou par conviction, les légistes de la cour prêtèrent sans doute, comme nous le verrons bientôt, le secours de leur opinion ; à son retour en Aragon, il résolut d'enlever la Catalogne à son fils aîné, Alfonse, afin d'en accroître la part de Pierre qui, de son côté, devait, selon toute probabilité, céder une partie de ses Etats à Jacme son frère nouveau-né V Pour consacrer ce nouveau partage, les cortès aragonaises furent convoquées à Daroca dans les derniers mois de l'année 1243. Elles durent reconnaître l'infant Alfonse pour héritier présomptif du royaume d'Aragon , tandis que les corts catalanes, que le roi se proposait d'assembler peu de temps après, devaient jurer fidélité à Pierre comme héritier de l'ancien domaine des comtes de Barcelone.
Les syndics de la ville de Lérida assistèrent aux cortès de Daroca et prêtèrent serment à Alfonse. C'était recon-
1 Miedes, Vida de don Jayme. lit). XIV.
2 Aucun historien n'a encore aperçu le rapport qui existe entre la naissance de l'infant Jacme et la convocation des cortès de Daroca en 1243. C'est que le testament de 12i2est reste ignoré jusqu'à aujourd'hui, et que le partage de 1243, considéré comme ic premier qui ail eu lieu depuis le mariage du roi avec Yolande, semble n'Être que la mise en pratique d'une idée arrêtécdans l'esprit de Jacms depuis le jour où il voulut se séparer de Léonor. i Voy. notre tome 1 , p. 251.) Mais, si Ton fait attention que le Conquistador, maître du royaume de Mayorque et d'une partie de celui de Valence, renonce, en <23î>. à séparer la Catalogne de l'Aragon (II, p. 35Hj; qu'en <2iî, il persiste tlan> sa nouvelle résolution, et qu'en 1213, quelques moU après la naissance de son troisième OU, il revient à son f<ilal projet de morcellement, qu'il doit exagérer encore dans son testament de 4218, on restera convaincu que notre manière d'expliquer ces revirements est la seule vraisemblable, la seule qui puisse sejuslilier à l'aide des documents de l'époque.