DÉMÊLÉS AVEC ALFONSE DE CAST1LLB
naissez Tordre que nous avons donné el que ne peut ignorer aucun de ceux qui se trouvent dans Vhost; pour cela et en punition de ce que vous avez fait, et puisque nous ne pouvons plus nous fier à vous, nous vous châtierons de manière que vous puissiez bientôt servir d'exemple à quiconque essayerait de nous enlever la place de Xativa.» Cela dit, ajoute le chroniqueur, nous ordonnâmes à nos huissiers de le saisir, de le faire confesser et communier et de le pendre à un arbre4. »
Les projets de l'infant de Castiile sur Xativa étaient déjoués; mais Enguera, place située à une très-petite distance de celle que Jacme assiégeait, se rendit à Alfonse ; le roi, irrité de voir son gendre empiéter sur ses droits « presque en sa présence », envoya un corps de cavalerie contre Enguera. Dix-sept Sarrasins furent pris. Jacme alla en personne sommer les habitants de la ville de se rendre s'ils ne voulaient être cause de la mort de leurs compagnonscaptifs. Les Sarrasins refusèrent, et les prisonniers furent mis à mort. Il ne faut pas oublier que les habitants d'Enguera étaient considérés comme traîtres pour s'être rendus à la Castiile au mépris des droits de l'Aragon. Par suite des traités qui limitaient la conquête de chaque royaume chrétien , les Sarrasins étaient devenus, soit en réalité, soit fictivement, les sujets du souverain dans la part duquel ils se trouvaient. On admettait comme loyale la lutte soutenue par eux pour défendre leur indépendance, mais on considérait comme un crime toute tentative faite pour se donner à un souverain chrétien dans la conquête duquel leur pays n'était pas situé.
Bientôt le roi d'Aragon s'empara par représailles de
' Chronique de Jacme, cbap. ccxxin.
92 LITRE ltl, CHAPITRE IT
quatre places delà conquête de Castille : Villena, Saix, Capdets et Bugarra, et consentit à une entrevue que son gendre lui demandait.
Jacme et Alfonse se rencontrèrent à Almizra; la reine Yolande y vint pour interposer sa médiation. L'infant réclama Xativa comme faisant partie de la dot que lui avait promise, disait-il, Ovielo Garcia, négociateur de son mariage avec la princesse aragonaise.
— »Il est certain, répondit le roi aux envoyés d'Alfonse, que tant nous que la reine avons bien marié notre fille, mais il ne Test pas que nous ayons dit à Ovieto Garcia ni à personne au monde ce qu'on prétend que nous avons dit, c'est-à-dire que nous donnerions en dot Xativa ou tout autre lieu. Est-ce que, lorsque nous avons épousé la tante de l'infant, la reine dona Léonor, on nous a donné terres, honon ou bien quelconque? Par notre foi , nous ne croyons pas être tenu à donner à aucun roi avec notre fille plus qu'on ne nous a donné avec notre
première épouse Dieu et nous , ajouta-t-il , savons
combien il est certain que l'infant n'a aucun droit à nous demander des terres comme dot de notre fille. S'il a besoin d'autres secours , grands et importants sont ceux que nous pouvons lui donner pour son honneur et son profit, car nous sommes prêt à le servir avec mille et même deux mille chevaliers, non pas une fois, mais deux , trois et dix fois s'il en a besoin , et certes plus lui vaudra cela avec notre amitié que de devenir notre ennemi pour ce qu'il nous demande *. * Dans ces dernières paroles se trouve en germe l'idée qui amènera plus tard les armées aragonaises et catalanes dans le royaume de Murcie au profit de la Castille.
Chronique de Jacme, chap. ccxxvi.