DÉMÊLÉS AVEC ALPHONSE DE CA8TILLS
Les pourparlers furent longs; les envoyés de l'infant, qui étaient le maître de Tordre de Saint-Jacques et don Diego de Haro , seigneur de Biscaye , eurent la maladresse de menacer le roi de prendre Xativa malgré lui.
— ■ Nous n'avons aucune crainte qu'on nous l'enlève, répliqua le roi avec colère, l'alcayde n'osera pas la livrer et personne ne sera assez hardi pour la prendre ; car sachez bien que sur notre corps devra passer quiconque prétendra entrer dans Xativa. Quoique vous autres Castillans croyiez effrayer tout le monde avec vos menaces, mettez-les en œuvre et vous verrez le cas que nous en faisons. Donc , si vous avez autre chose à nous dire , dites-le , et qu'on ne parle plus de cette affaire. Nous poursuivrons notre chemin, faites ce que vous pourrez \» Et il ordonna à sa suite de se préparer au départ, tandis que la reine fondait en larmes.
Les chevaux étaient sellés et le roi allait reprendre la route de Xativa lorsque l'infant fil une nouvelle démarche, qui fut appuyée parla reine. Alfonse, renonçant à ses prétentions, se bornait à réclamer Villena , Saix, Capdets et Bugarra , offrant de céder en échange Enguera* et Muxent. Ces propositions furent acceptées, on dressa acte de la délimitation des deux conquêtes, et les deux princes se séparèrent amis'. Ce ne fut point
* Chroniquede Jacme, chap. ccxxvn.
3 Le 25 mars 12U, le roi, se trouvant à Almi/ra, donna Enguera à l'ordre d'Uclés ou de Saint-Jacques, représenté par son grandmaître l'elay Perez Correa, le ni«)me probablement qui a\ait servi d'intermédiaire dans les pourparlers^ dont il e>l ici question (I)iago, Anales del reyno de Valencia , f°:539; Zurita , Anales. ) C'e>l une présomption de plus à l'appui de la date que nous assignons à l'entrevue d'Almizra.
9 En vertu de cet acte, l'infant eut Almansa, Sarazull et la rivière
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pour sceller une réconciliation , comme le prétend Zurita,- mais pour exécuter les conventions matrimoniales depuis longtemps arrêtées d'une manière irrévocable, que deux ans plus lard, en novembre 1-4C, Finfante Yolande d'Aragon fut conduite à Valladolid et remise solennellement à son époux.
La bonne intelligence rétablie entre l'infant de Castille et son beau-père laissait Alfonse d'Aragon privé de son secours le plus puissant ; aussi , en attendant qu'une occasion se présentât de prendre l'offensive , se borna-t-il à un rôle passif en apparence, encourageant sous main les habitants de Lérida à refuser le serment de fidélité à son frère Pierre. C'est ce qui eut lieu en effet ; mais, en 1246, une sentence arbitrale, qui nous est inconnue, parait avoir terminé la première phase de cette affaire, destinée à renaître bientôt avec plus de violence *.
En quittant Aimizra, le roi et la reine d'Aragon étaient retournés devant Xaliva, et, deux mois après, Talcayde demandait à capituler. Il offrit de livrer l'un des deux châteaux de la ville, se réservant l'autre pendant deux ans à partir de la fête de la Pentecôte, et demanda en échange les places de Montesaetde Vallada. Un conseil
tteCabriol, et le roi, Caslalla, Biar, Scxona , Alarch, Finestrat , Torres, Polop , la Mola, près iTAynès, Allea , Tormos et leur territoire. (Chronique de Jacme, chap. (xxxvui.)
1 Le 8 des kalendes d'octobre (24 septembre) 4216, à Lérida, Jacme déclare de nouveau qu'il n'a entendu donner à son Ûl> Alfonse ni celte ville ni le territoire compris entre la Ségre et la Cinca, et a comme les habitants d»; Lérida refusent de prêter hommage et serment de fidélité à son AU l'infant Pierre, créé comte de Barcelone cl seigneur de la Catalogne de SaUas à la Cinca » , il nomme pour décider la question deux arbitres qui sont Mathieu, archidiacre deGiroue, clGueraudc Cervera (Arch. d'Aragon, parchemins de Jacme 1", n* 4054 et 4055.)
CAPITULATION DE XATITA
fut tenu dans le camp chrétien. La reine , Hugues de Forcalquier, maître 1 de Saint-Jean de Jérusalem , Guillem de Moncada , Ximeno de Foces , Marco Ferriz, Pedro de Alcala, Ximeno Pcrez de Arenos , et en Carroz, seigneur de Rebolledo, y assistèrent ; la reine donna d'abord son avis, qui était d'accepter les propositions du Sarrasin. Les autres conseillers l'approuvèrent, et le traité fut conclu (mai 1244 )*.
* La Chronique royale désigne sous le nom de mettre d'un ordre militaire le chef de cet ordre en Aragon. Hugues de Forcalquier, châtelain d'Amposta, était chef de In langue d'Aragon dans Tordre des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem.
a Zurita place la reddition de Xativa en 1 248 et Beuter eu 1251. L'ignorancfdo l'époque où fut réellement conclu le mariage d'Alfonse de Castille avec Yolande d'Aragon a causé Terreur des deux historiens. Il est certain que, lors de l'entrevue d'Almizra et du traité intervenu à cette occasion entre TAragon et la Castille, Alfonse était déjà le gendre du roi d'Aragon Or Beuter et Zurita , ne faisant dater le mariage de Y infant que de la cérémonie qui eut lieu à Valladolid en 1246, ont été obligés de placer apr^s cette date les événements que nous venons de raconter. En face des actes qui coulatent la présence de Jacme devant Xativa en 1244, Zurita a supposé que le roi avait fait à cette époque une deuxième tentative infructueuse contre cette ville. Dingo, et avant lui Viciana ( Cronica delainclyta y coronttda ciudad de Valencia , part. Il, Libro de las famiUas , ait. Sans), ont assigné au dernier siège de Xativa sa vraie datequeSchmidt a adoptée. Voici, du reste, les faits sur lesquels nous nousappuyons, et qui ne peuvent, >elon nous, laisser subsister aucun doute à ce sujet :
Tous le> historiens s'accordent à reconnaître que la reddition de Xativa a précédé lesiégedo Biar. Or nous avons constaté l'existence aux archives d'Aragon (Parchemins de iacme 1", n° 907) d'un acte de concession en faveur des habitants de Casais, daté du jour des nones de septembre (5 septembre) 1244 , in exercitu de Biar.
2° Le 7 des ides de janvier 4 243 (7 janvier 124i in obsidione Xativa le roi fit une donation à l'hôpital de Saint- Vincent, martyr, à Valence. (Archives de la Baylie de Valence, 3* grand livre
Quelques mois plus tard, les Sarrasins de Biar , ville forte située sur la frontière du royaume de Murcie , firent savoir à Jacme qu'ils étaient prêts à se rendre si! venait en personne devant leurs murs. Le roi y vint en effet, «car, dit-il, jamais aucun Sarrasin qui nous avait promis de nous livrer un château n'avait manqué à sa parole 1 » ; mais il trouva la garnison de Biar sur la défensive; un siège dut être entrepris, et, après cinq mois d'une vigoureuse résistance, l'alcayde appelé, dit la chronique, Muza Almoravid , se rendit aux conditions ordinaires faites par le roi aux Sarrasins qui se soumettaient (février 1245*).
des aliénations du patrimoine royal, f° «29. — Diago, AnaUs del reynode Valencia, f<" 327 cl 3 18.)
3° On lisait dans le livre do répartition du territoire de Xaliva conserve, au tempi de Diago, dans les archives de cette ville, que ce travail ne put ôire terminé qu'en \ 2*7 à cause de son importance. (Diago, 340 )
4° La découverte du testament de 1242, prouvant qu'à celte date le mariage d'Yolande d'Aragon avec Alfonse de Castille otail conclu, permet de placer l'entrevue d'Almizra el la reddition de Xaliva bien avant UiG.
La Chroniquo royale dit que cette dernière place fut assiégée seize mois après la prise d'Alcira , et ajoute que le roi s'en rendit maîlre la seconde fois qu'il l'assiégea, ce qui coïncide parfaitement avec ce que nous avançons. *
♦Chronique de Jacme, chap. ccxxxm.
a D'après Zurila, le siège de Biar aurait eu lieu en 1233 et, d'après Beuler,en 1234. La date do cet événement est fixée d'une manière cerlaine par l'acte des archives d'Aragon (Parchemins de Jacme I**, n° 967) que nous avons déjà mentionné et qui porte la date du 5 septembre 1 2i 4, in exercitu de Biar. Le roi dit, dans ?a Chronique, que ce siège dura du mois do septembre au mois de février (chap. txxxxm). Quelque temps après la reddition de Biar, Ximeno ferez de Arenos, qui tenait la ville de Ca>talla pour Abou-Seid, offrit de la livrer au roi , du consentement de l'émir , qui reçut en échange les châteaux de Chest et de Villamarxant (Chronique de Jacme « chap. ccxxxiv).