JACME MAITRE DU ROYAUME DE VALENCE
Lorsque le roi d'Aragon fut maître de Xativa et de Biar, les autres places sarrasin es du royaume de Valence renoncèrent à la résistance et firent spontanément leur soumission. Dénia et Cullera , qui avaient été laissées à Ben-Zeyan lors de la capitulation de Valence , paraissent avoir imité cet exemple, car rien ne prouve l'assertion de Conde, qui fait conquérir Dénia par le roi d'Aragon après un long siège en l'année 1243*.
Peu de temps après la reddition de Biar, et, quoi qu'en disent Zurita, Miedes et quelques autres, bien avant l'année 1253 , Jacme put se dire maître de tout le royaume de Valence. «Il le peupla de chrétiens , c'est-àdire dans les cités, dans les villes, et fortifia les châteaux et les confia à des chevaliers chrétiens qui en étaient châtelains et en avaient la garde. Il laissa les Sarrasins dans les plaines , dans les montagnes , dans les vallées; ils labouraient la terre et donnaient un droit au seigneurroi pour ce qu'ils cultivaient *. »
' Historia de la domination delos Arabes en Esparia, t. lit. — Ce troisième volume, publié après la mort de l'auteur, contient des erreurs sans nombre. (Voy. Rosseeuw Sainl-Hilaire, Hist. d'Espagne, liv. Xl,chap. vi.) !,a trôvedesept ans, conclue en 1238, entre Jacme et Ben-Zeyan, expirait en 1 245 ; il n'y a pas déraison pour croire qu'elle ail été violée par l'une ou l'autre des deux parties. On accuse parfois trop légèrement les rois chrétiens de ne pas avoir observé leurs traités avec les infidèles. Nous avons trouvé à chaque pas dans l'histoire de Jacme la preuve du contraire. En ce qui concerne la prise de Dénia, il serait étonnant que la chronique royale, si exacte à relater dans tous leurs détails les faits de guerre du Conquistador, passât entièrement sous silence le siège de cette ville. Presque tous les auteurs sont muets sur ce point ; il nous paraît plus naturel de croire avec Schmidt (Geschichte aragonien's, p. 457.), qu'à l'expiration delà trôve, l'ancien émir de Valence, se voyant dans l'impossibilité de résister, se soumit spontanément au roi d'Aragon.
2 Chronique de Bernât d'Esclot, chap. l.
En moins de vingt ans, le flls de Pierre le Catholique avait presque doublé l'héritage qu'il avait reçu de ses pères. Ii avait étendu ses conquêtes aussi loin que le lui permettaient les traités conclus avec les autres puissances chrétiennes de l'Espagne. Dès lors il songea à tourner son activité vers la France méridionale et vers les travaux de la paix. Affermir sa prépondérance sur le littoral méditerranéen des Pyrénées aux Alpes, en réunissant par les liens d'une forte solidarité la maison de Toulouse et les deux branches de la maison de Barcelone , doter ses peuples d'une bonne législation , faire prospérer le commerce, les arts et les lettres, tels étaient ses désirs et son but. Ce qu'il a tenté prouve ce qu'il eût été capable de faire, si ses généreuses intentions n'eussent été paralysées par les querelles domestiques, les révoltes de ses sujets musulmans et l'opposition aveugle du parti féodal.