CHAPITRE V
Mariage du comte de Toulouse avec Marguerite de la Marche. — Relations de Raymond VII avec le Pape et l'Empereur. — Le roi d'Aragon et la cour de Rome. — Politique de Jacme avec les princes chrétiens. — - Le comte de Toulouse et le comte de Provence. — Testament de Ramon Berenguer V. — Réconciliation des deux comtes. — Projets de mariage. — Mort de Ramon Berenguer. — Conduite de Jacme et de Raymond VII. — Echec de la politique méridionale en Provence. — Le comté de Provence démembré de la nationalité du Midi. — Plaintes et regrets des Provençaux. — Droits du roi d'Aragon à la succession de Ramon Berenguer. — Jacme fait couper la langue à l'évêque de Girone. — Excommunication et absolution. — Teresa Gil de Vidaure.
Les affaires de la France méridionale étaienl restées à peu près stationnaires pendant que Jacme achevait la conquête du royaume de Valence.
Le comte de Toulouse, après sa réconciliation avec saint Louis, n'en avait pas moins donné suite à son projet d'alliance avec la fille du comte de la Marche; mais, comme les futurs époux étaient parents du troisième au quatrième degré , le mariage avait été célébré sous la réserve de l'obtention des dispenses nécessaires dans le délai d'un an. Cette condition ne fut pas exécutée , on ne
sait pour qnelle cause. Les parties , on tout au moins Raymond VII, conservaient, sans doute, quelque arrièrepensée de divorce; car si , durant la vacance du Saint- Siège, les dispenses ne purent être obtenues, l'avènement d'Innocent IV et la liaison qui ne tarda pas à s'établir entre le nouveau Pontife elle comte de Toulouse auraient dù lever toutes les difficultés.
A la fin de l'année 1243, Raymond avait été absous de toutes les censures ecclésiastiques qu'il avait encourues. Le Pape, à la sollicitation de saint Louis , s'était bâté d'accorder cette absolution au comte, «qui, suivant les expressions mêmes du Souverain Pontife , tenait un des premiers rangs entre les princes du monde ». Dès cet instant, Raymond, grâce à la souplesse de son caractère, plutôt qu'à son habileté, sut se tenir dans un parfait équilibre au milieu des agitations produites dans le monde chrétien par la querelle du sacerdoce et de l'Empire. Bien qu'il eût été , avec Pierre des Vignes et Thadée de Sessa, l'un des plénipotentiaires de l'empereur dans la conférence de 12Vt, essai de conciliation qui ne fit qu'envenimer les hostilités , le comte conserva l'amitié du Saint-Père sans rompre les liens d'intimité qui l'unissaient à Frédéric *.
Rien n'était plus difficile pour un prince du midi de la France que de rester à la fois l'ami du Pape et de l'Empereur; rien n'était plus dangereux que d'avoir pour ennemi l'un ou l'autre de ces redoutables adversaires. Cette difficulté et ce danger paraissaient être moins grands pour un roi comme Jacme le Conquérant, dont les États étaient éloignés du théâtre de la lutte et dont les grandes
1 Dom Vaissèle, Histoire de Languedoc, liv. XXV, chap. lxxvui et lxxix.