‹ Jacme I, le conquérant, roi d'après les chroniques et les documents inéditsChapitre 3 sur 183 · RAYMOND VII ET RAMON BERENGUER · texte numérisé non relu

RAYMOND VII ET RAMON BERENGUER

les murmures de son peuple livré à la « tyrannie des gens de France » et aux rigueurs de l'Inquisition, la conscience de son abaissement, peut-être aussi de perfides conseils, l'avaient poussé à essayer de laver, à tout prix, les souillures ineffaçables que venait de recevoir sa couronne comtale, vain simulacre laissé sur son front comme par une insultante pitié.

En ce moment, Raraon Berenguer de Provence était en hostilité avec plusieurs villes de ses Etats qui s'étaient déclarées indépendantes, et s'attirait la colère de l'empereur Frédéric II , son suzerain , soit pour avoir soustrait la ville d'Arles à l'autorité impériale \ soit à cause de sa sympathie évidente pour la Papauté dans la guerre qui se rallumait entre l'Empire et le Saint-Siège.

Par suite de cette fatale rivalité de deux princes auxquels leur propre intérêt commandait l'union, Raymond VII , dont l'intelligence politique était loin d'égaler

peine de trouver un nom propre à celte sorte d'accord ou de conlrat fait à Pari* Tan 1228 (1229) et, pour l'honneur et la conscience du Pape cl du Uoy, de trouver aussi un bon cl valable litre pour leur faire justement posséder un bien qui leure^l aujourd'huy délaissé par un prince dans l'extrême nécessité de ses affaires. » (Bouche, Histoire de Provence, \. Il, p. 221.) « Le roi saini Louis, écrit dom Vaissète , réunit a la couronne par le traité ue l'an 1229 , le domaine médiat ou immédiat de plus des deux tiers de la province.... L'Eglise romaine ne profita guère» moins des dépouilles de Raymond... Mais le pape Grégoire IX eut houle enfin de s 'être prévalu de la situation violente où se trouvait le comte Raymond pour s'enrichir à ses dépens, et il lui rendit, en 1 234, le marquisat ùe Provence, que ce prince avait cède d'ailleurs à l'Eglise romaine sans la participation de l'autorité de l'empereur Frédéric, souverain du pays. » (Histoire de Languedoc, liv. xxiv, chap. xlvi.) Eu vertu des conventions de 1229, Jeanne de Toulouse, fille de Raymond VII fut mariée à Alphonse de France, comte de Poitiers et d'Auvergne, frère de saint Louis.

♦ Histoire de Languedoc, liv XXIV, chap. lxxiv et Pr., t. 111, col. 107, edii. in-fv

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le courage, espéra s'enrichir des dépouilles de Raraon Berenguer. Il accepta la donation des comtés de Forcalquier et de Sisteron , que l'empereur lui fit après les avoir enlevés au comte de Provence*, et alla secourir la ville libre de Marseille, assiégée par son ancien seigneur*.

La guerre entre les deux comtes, apaisée par l'intervention de saint Louis, au moment du mariage du roi avec Marguerite de Provence (1234), fut reprise en 4237». Jacme ne répondit qu'avec très-peu d'empressement aux demandes de secours de son cousin de Provence. Avant de se jeter dans des luttes stériles, il importait au roi d'Aragon d'acquérir, par ses hauts faits et ses conquêtes, l'influence à laquelle il avait droit dans les affaires de l'Europe chrétienne. Il tenta cependant une diversion sur Millau, que le traité de Paris, au mépris de ses droits, avait donné au comte de Toulouse. Ses troupes, secondées probablement par les habitants*, s'emparèrent de

* Hist. deLang. t. III, Pr. , col. 107, édit in-f*.

2 Les Marseillais, reconnaissants envers le comte de Toulouse, qui les avait djlivrés des attaques de Ramon-Berenguer, donnèrent à Raymond la possession viagère de la pai lie basse ou vicomtale de leur ville. (Hist. de Lanj., édit. in-f\ t. III, Pr. n° 202 )

1 Le 20 mai 1237, Grégoire IX écrivit à saint Louis pour le prier d'empêcher le comte de* Toulou?e de secourir les Marseillais. Le Saint-Père afuit appris l'agression do Raymond par « son très-cher fiîs Jacme, roi d'Aragon, el le noble comte de Provence » qui l'avaient prié d'intervenir, Jacme ne pouvant abandonner le siège deVdlence pour aider son cou>in par les armes. Le Souverain Pontife énumere ensuite quelques griefs particuliers qu'il a contre le comte de Toulouse et pour lesquels il demande réparation par l'intermédiaire du roi de France. Grégoire IX écrivit encore pour le même objet à la reine do France, aux comtes de Bretagne et de la Marche et à Raymond VII lui-même. L'intervention du Pape suspendit la guerre pour quelque temps. (Voyez Raynaldi, Annales ecclés., adanu. 1237, n*»3i.3o,3G et 37.)

* Voyez notre lomel, p. 220, note 2. — Dans un acte qu'on peut lire au tome III (Pr. n' 320) de VHitt. de Lang., Alphonse de France,

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