‹ Jacme I, le conquérant, roi d'après les chroniques et les documents inéditsChapitre 4 sur 183 · JACME ET RAYMOND VII · texte numérisé non relu

JACME ET RAYMOND VII

cette ville ; mais Raymond ne tarda pas à la reprendre *.

A quelque temps de là , une occasion de représailles se présenta au comte. L'évéque de Maguelone venait de déclarer la seigneurie de Montpellier tombée en commise* pour cause de félonie. Jacme, en efïet, tout en paraissant courber la tête sons l'ordre du Pape , qui le forçait à reconnaître la suzeraineté épiscopale s, avait recommencé une lutte plus opiniâtre que jamais contre le prélat assez audacieux pour se mesurer avec le vainqueur des Sarrasins. Tandis que le royal seigneur de Montpellier battait en brèche l'autorité de son adversaire par des règlements et des ordonnances, ses officiers , soutenus par les habitants de la ville, toujours prêts à combattre leurs supérieurs féodaux , procédaient d'une façon plus brutale et en venaient aux voies de fait contre les représentants de l'évéque.

Jean de Montlaur, poussé à bout par ces attaques et sollicité, sans doute, parle comte de Toulouse, donna à celui-ci , par un traité conclu à Millau le 28 août 1238 *, la seigneurie qu'il enlevait au roi d'Aragon.

Raymond ne parait pas avoir songé en ce moment à

comte de Tou'ouse, réclamant la garantie de son frère Louis IX contre les prétenlions du roi d'Aragon au sujet de la vicomte de Millau, s'exprime en ces termes: « Qnod post pacem parisiensem et post quitationem factam a D. regecomiti Tolosœde episcupalu ruthenensi, tain in feudts quam in domcniis , idem rex Aragonum qui nunc est obsedit die (a m villamde Amiliano et cepit. »

4 Le 4 des kalendes de juillet (28 juin) 1237, le comte Raymond reçut un hommage au camp devant Millau. {Hist. de Lang., édil. in-f\ t. III, Pr. n* 320.)

2 La commise était, selon le droit féodal, la saisie du flef par le suzerain pour certains délits.

3 Voyez notre tome I, p. 369.

* GaUia chrisliana, t. VI, ln>tr. rul. 3b* etGariel, Séries prœsu lum Magalon., 4" partie, p. 351.

faire valoir les droits que cette donation lui conférait ; mais il ne fut certainement pas étranger à l'agitation que produisirent à Montpellier, vers le même temps, les menées d'un parti hostile au pouvoir seigneurial.

Quelques bourgeois de cette ville, devenus riches et influents, avaient senti leurs tendances démocratiques augmenter avec leur importance. La puissance du seigneur leur faisait ombrage, et, suivant le procédé usité en pareil cas, ils avaient recruté des adhérents dans les classes inférieures, sohs le prétexte que le peuple se trouverait bien d'un affaiblissement de l'autorité seigneuriale, tandis qu'au fond ils avaient pour but de rabaisser ce qui était au-dessus d'eux tout juste assez pour se trouver les premiers. Heureusement le bon sens pratique et les sentiments loyaux de la plus grande partie de la population triomphèrent de ces excitations perfides, et les factieux se tirent plus remarquer par leur turbulence que par leur nombre.

On comptait à la tête de ce parti Pierre Bonifazi ouBoniface, « qui , en ce temps, était réputé l'homme le plus puissant de la ville 1 »; Guerau de la Barca, d'une famille alliée à celle des anciens seigneurs de Montpellier; Berenguer de Regordana , « bon clerc en lois » ; Ramoo Bessède: Guillem de Angiada ou de Langlade et Guillem de Regordana*. Depuis plusieurs années, la ville de Mont-

4 Chronique de Jacme, ch. cxcvm.

a La Chronique royale (chap. cxcxixj ne mentionne ni Guillem de Angiada ni Guillem de Regordana. Elle attribue aux quatre autres la qualité de consuls de Montpellier en 1239. Aucun d'eux cependant ne ligure comme investi do ces fonctions durant cette année, dans la liste chronologique des consuls,- publiée dans l'Histoire delà commune de Montpellier (t. I, p. 377), d'après le Petit Thalamus. Peui-êire leurs noms out-ilsété omis à dessein sur la liste oftk telle,

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