‹ Jacme I, le conquérant, roi d'après les chroniques et les documents inéditsChapitre 31 sur 183 · BÉATRIX DE PROVENCE · texte numérisé non relu

BÉATRIX DE PROVENCE

mise à faire régulariser son union avec Marguerite de la Marche.

En effet, réunis au concile de Lyon, en présence d'Innocent IV et avec son assentiment, les deux comtes conclurent la paix et convinrent de l'alliance à laquelle se rattachait le dernier espoir de la France méridionale. Le Pape promit d'accorder la dispense de la parenté qui existait entre les futurs époux; enfin le mariage de Raymond avec Marguerite de la Marche fut annulé du consentement même de la fille de Lusignan *.

Pour la seconde fois , l'union des maisons de Toulouse et de Provence paraissait irrévocablement assurée. Mais, Celui qui, suivant l'expression de Bossuet, < préside à tous les temps et prévient tous les conseils * », a marqué à la nationalité méridionale le terme de son existence. Nos provinces sont arrivées à ce point où un peuple , poussé par une force invisible , marche vers une fin qu'il redoule et qu'il est impuissant à éviter. Alors tout semble conspirer dans l'ordre moral et dans Tordre matériel pour hâter la crise fatale ; les causes ne produisent plus leurs effets probables, les calculs les plus solides sont déjoués par des événements inattendus, les actions les mieux combinées pour conjurer le danger ne font qu'en augmenter la violence. La France du Nord, au contraire, est parvenue à une époque de rapide et vigoureux accroissement. La nation de saint Louis s'avance d'un pas ferme vers les limites qui lui sont assi* gnéespar la Providence, sans qu'un seul de ces actes injustes qui marquent trop souvent l'agrandissement des empires ternisse la pure auréole dont le nom de

* Chron. de Guillaume de Puy-Laurens, chap . nvn; — domVais* sète, Hist. de Long., liv. XXV, chap. xci.

* Discours sur l'histoire universelle» 3B# partie, chap. vin,

166 f,IYBF III, CHAPITRE V

Louis IX est entouré. Cette période est une de celles où se montrent le plus clairement les lois mystérieuses qui président à la formation des peuples : les provioces se groupent autour d'un centre , les grandes races seigneuriales disparaissent , les races royales voient se dessiner les limites, trop souvent méconnues, dans lesquelles leur puissance doit se renfermer. La force providentielle qui entraîne les nations vers leurs destinées ne s'est jamais fait mieux sentir qu'au temps et dans les pays que nous étudions ; c'est elle qui fait réussir dans la Péninsule les entreprises les plus audacieuses de Jacme contre les Sarrasins, c'est elle qui fait échouer, au moment où leur succès semble le plus certain, les combinaisons de ce prince et de ses alliés dans la France méridionale.

Le comte de Toulouse et le comte de Provence , se croyant assurés du bon vouloir d'Innocent IV, retournèrent dans leurs États sans avoir obtenu la dispense nécessaire au mariage projeté, et quelques jours après (19 août 1245) mourait à Aix , en Provence, le comte Ramon Berenguer, « cet homme illustre et fameux qui , par un effet prodigieux du caprice de la fortune, avait laissé au monde entier un sujet éternel d'admiration dans l'élévation de ses enfants, c'est-à-dire de ses filles, dont la beauté était si éclatante*. »

1 Grande Chronique de Mathieu Pàris, ad ann. 4240, traduction de M. Huillard-Bréolles, accompagnée de noteset précédée d'une introduction par 11. le duc de Luynes. — « Ce grand et magnanime prince, dit Cœsar de Nostradamus, fut plein de toute douceur, clémence et humanité, éloquent en son parler, excellent et rare à composer en rit h me vulgaire provençale comme celui qui avoil d'ordinaire à sa cour plusieurs excellents et rares poêles prouvençaux qui faisoient des belles, doctes et ingénieuses poésies, à l'exemple et imitation de leurs antiques progéniteurs et troubadours avec lesquels ce comte se délectoit tellement, qu'il employoit une bonne

Page 1