MORT DE RAMON RERENGUER
Il avait en mourant confirmé son testament de 1238 , et nommé ponr tuteurs à sa fille Béalrix et régents de ses États , Romeu de Villeneuve et Albeta de Tarascon, le même , sans doute, que nous avons vu figurer dans la sentence arbitrale rendue contre Sancha d'Aragon1.
A la nouvelle de cette mort , Jacme qui , en sa qualité de suzerain de la Provence et de cousin-germain paternel de Ramon Berenguer, avait des droits sur les États du comte défunt , accourut à la téte d'un corps de troupes , et garda à vue dans Aix la jeune Beatrix V Voulait-il, comme on l'a prétendu, marier la princesse à un de ses fils? Rien n'autorise cette supposition. Le but avoué de cette tentative d'occupation militaire était d'assurer la
partie de son temps et ses heures desdiés à l'esbat de l'esprit en disputes et questions bien subtiles et très-gracieuses.» [Hist.et Chron. de Prouvence, p. 204.) U reste en effet, do Ramon Berenguer V, deux pièces de vers en langue romane provençale. L'une est un dialogue en forme de tenson, entre le comte et son fidèle cheval Carn-et-Ongla ; l'autre, un tenson avec un troubadour du nom d'Arnaut. Cette dernière peut donner une idée du mélange de grossièreté et dedélicatesse qui inspirait souvent les discussions galantes du temps. En voici le sujet : cent dames de haut parage entreprennent un voyage d'outre-mer, un calme plat arrête leur navire. Les nobles voyageuses ne peuvent ni poursuivre leur route ni revenirau point de départ à moins que, dit le comte au troubadour ,
Un pet fassatz rie que mova tal vent Perque la nau venga s a salvament :
Faretz o no, que saber o volria *?
Arnaut répond affirmativement. (Voyez Milà, de lot Trovadores en Es pana, p. 450, d'après le manuscrit 7225 de la Bibliothèque impériale.)
• Voy. Chron. de Guillaume de Pu y- La ur en s, chap. xlvii; — Chron. Massil. ap. Labbe Biblioth , t. 1, p. 342
* Mathieu Pâris (Grande Chronique^ adann. 4245) est le seul chroniqueur contemporain qui parle du prétendu enlèvement de Béatrix par un seigneur provençal peu riche en possessions.
réalisation des projets de Raymond VII. Quelques chroniqueurs, ne pouvant s'élever à la hauteur de la politique aragonaise, ont trouvé naturel d'expliquer par des motifs d'ambition personnelle des actes qu'ils ne comprenaient point. La vie entière du Conquistador proteste contre ces mesquines interprétations, qui, du reste, n'ont été hasardées que sous la forn e du doute par les écrivains méridionaux de l'époque. La renonciation à tous ses droits sur la Provence , que le roi d'Aragon avait faite au moment où se traitait le mariage de Sancha avec le comte de Toulouse, est une preuve du désintéressement de Jacme. Ce qu'il voulait, c'était surtout s'opposer aux empiétements de la maison de France sur les pays de la langue d'Oc ; son union avec Raymond VII, dans l'intérêt de la patrie méridionale, était sincère et répondait aux aspirations populaires du Midi.
Mais ceux qui gouvernaient la Provence au nom de la jeune comtesse ne partageaient ni la haine de leurs compatriotes pour les Français \ ni les espérances du roi d'Aragon. Romeu de Villeneuve, le plus illustre et le plus influent des conseillers de Ramon Berenguer, voulut peut-être hâter un rapprochement qu'il prévoyait devoir s'opérer inévitablement entre la France du. Nord et la France du Midi; peut-être cherchait-il seulement à satisfaire l'orgueil maternel de la veuve de Ramon Berenguer, qui désirait pour sa quatrième fille un époux de race royale. Quoi qu'il en soit, il faut attribuerà l'influence de Romeu autant qu'aux menées de la reine-mère de France, le succès de cette œuvre, qui a valu au conseiller de
• « Les Provençaux ont pour les Français une haine inexorable. » (Grande Chron. de Mathieu Paris, ad onn. 1243.)