‹ Jacme I, le conquérant, roi d'après les chroniques et les documents inéditsChapitre 33 sur 183 · ÉCHEC EN PROVENCE · texte numérisé non relu

ÉCHEC EN PROVENCE

Ramon Berenguer l'honneur de figurer dans le Paradis d'Alighieri *.

Pendant que les émissaires de la reine Blanche cherchaient, par l'argent, les promesses et les menaces, à créer en Provence un parti qui soutint les prétentions de Charles, frère de saint Louis, à la main de l'héritière du comté, des troupes françaises s'avançaient avec la double mission d'appuyer, selon les circonstances, soit les projets du prince Charles, soit une réclamation de la reine deFrance, Marguerite , en qualité de fille aînée du comte défunt \

Au lieu d'accourir en Provence à la téte d'une armée et de se joindre au roi d'Aragon, qui avait fait preuve en cette circonstance d'une remarquable activité, Raymond VII, avec le défaut de pénétration qui le caractérise, n'avait rien trouvé de mieux à faire que d'implorer par lettre l'appui du comte de Savoie, oncle de la jeune comtesse , et celui de la reine Blanche ellemême.

Il vint cependant en Provence ; mais, trompé par de perfides conseils, que le seigneur de Lunel lui avait donnés sous l'inspiration de Romeu et d'Albeta, il était seul et sans armée. Sur ces entrefaites, le Pape, cédant aux instances de la mère de saint Louis, refusait pour le mariage de Raymond et de Béatrix la dispense qu'il

• Edentroalla presonto Margherita

Luce la luce di Romeo, di cui Fa l'opra grande e bella mal gradita :

Ma i Provenzali che fer contra lui Non hanno riso : e perômal cammina Quai si fa danno del ben Tare altrui.

Quatro flglie ebbe, et ciascuna reina , Ramondo Berlinghieri ; e ciô li fece Romeo pereona umile e peregrina.

(Dante, Paradiso, cant VI.) 2 Grande Chron. de Math. Pàris, ad ann. 4240.

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avait promise ; enfin Charles se mettait à la tête des troupes envoyées par son frère, et marchait vers Aix pour s'emparer de Béatrix. Les quelques hommes d'armes que Jacme avait rassemblés à la hâte n'étaient pas de force à résister aux Français; le roi d'Aragon avait compté sur l'appui du comte de Toulouse ; ce secours lui faisant défaut, il dut battre en retraite et abandonner au frère de saint Louis la riche proie que le Nord arrachait irrévocablement au Midi*.

Le 31 janvier 1246, Charles , à qui le roi son frère devait quelques mois plus tard donner en apanage les comtés d'Anjou et du Maine, épousait la fille de Ramon Berenguer V, et le plus beau domaine de la maison de Barcelone au nord des Pyrénées tombait au pouvoir de la famille capétienne.

La domination française pesa sur les Provençaux comme une honte. Tandis que les conseillers du dernier comte, oubliant les intentions de leur maître, livraient la nation à un voisin qui était presque un ennemi , le peuple murmurait et espérait, tournant ses regards vers Toulouse et surtout vers l' Aragon.

On ne pouvait croire que le vainqueur des Sarrasins d'Espagne, le Conquistador, qui remplissait l'Europe du bruit de ses exploits, laissât les Français s'établir à jamais dans les pays où avaient dominé ses ancêtres. On pensait voir bientôt le roi d'Aragon , le comte de Toulouse, le roi d'Angleterre, se liguer contre la maison de France ; on attendait, et cette attente explique le calme apparent des premières années du règne de Charles d'Anjou en Provence.

« Voyez Chronique deGuill. de Puy-Laurens, chap. xlvh ; — Chron. Massil. apudUfcbe, Biblioth., p. 342; — Grande Chron. de Math. Pàris, ad ann. 4246.

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