‹ Jacme I, le conquérant, roi d'après les chroniques et les documents inéditsChapitre 5 sur 183 · CONSPIRATION DE MONTPELLIER · texte numérisé non relu

CONSPIRATION DE MONTPELLIER

pellior était sourdement agitée par ces meneurs. Ils avaient pris pour point de mire la juridiction du bayle1, dont ils voulaient affaiblir l'importance; leur haine poursuivait le bayle Atbrand, avec d'autant plus de violence que ce magistrat était leurcompatriote et, dit le roi, « l'un des hommes les plus honorés et du meilleur lignage de la ville1 .»

Albrand exerçait-il les fonctions de bayle ou celles de lieutenant du roi? Il y a quelque incertitude sur ce point. Dans la liste des bayles*, le nom d'Albrand est mentionné en 1222 et 1228 , mais non en 1239, époque où se sont passés les faits racontés par la chronique royale. D'après cette liste, P. de Mûries était alors investi de celte magistrature. Un document des archives d'Aragon prouve que deux années auparavant Atbrand était lieutenant du roi à Montpellier*. D'un autre côté , il est appelé bayle dans la chronique, et un acte du 17 octobre 1230, qui mit fin aux troubles dont nous parlons , lui donne à la fois les qualifications de bayle et de lieutenant du roi. Quoi qu'il ensuit, comme bayle ou comme lieutenant, Atbrand

où Ton aura mentionné seulement les noms de ceux qui leur succédèrent après leur proscription. Remarquons cependant que Pierre Bonifazi était consul en f238, ce qui, aux termc< de |a charte communale de Montpellier, l'excluait du consulat pour I année Miivanlc

1 Le bayle était à Montpellier le r.lief d'une cour de jusiicequi connaissait de toutes les causes civiles et criminelles dans l'étendue de la seigneurie; il était nommé annuellement par le seigneur, d'après l'avis des consuls. (V. plu> bas, chap. vi.)

2 Chron. de Jacme, cliap. cxcix.

* Germain, HUtuire de la commune de Montpellier, tome I, p. 377

* On lit dans cet ado, daté de la veille des ides de juin (12 juin) 1237 :

ci Atbrandus gèrent viefs et locum tenen* in Mnntepessulano et ejus domination* tota Domini Jacobi Dei gracia régis Arugonwn. » (Parchemins do Jacme 1", n° 097 . ,

étaitle représentant du pouvoir seigneurial, et c'est contre ce pouvoir que les conjurés dirigeaient leurs attaques. Dans son agression contre la suprématie de l'évêque de Magnelone, le roi d'Aragon oubliait qu'un souverain ne donne jamais impunément l'exemple du mépris de l'autorité; ses vassaux, profitant de la leçon, semblaient vouloir le faire repentir de sa faute, en essayant leurs forces contre lui-même.

Ainsi , tandis que l'épée du roi conquérant traçait sur le sol de la Péninsule l'épopée grandiose que nous nous sommes efforcé de raconter, de l'autre côté des Pyrénées, l'autorité des princes nationaux du Midi recevait de profondes atteintes.

Ici la noble lignée des comtes de Toulouse s'éteignait dansune agonie sans gloire; là-bas la maison de Provence tournait toutes ses forces contre l'esprit d'indépendance que le voisinage de l'Italie inspirait aux grandes villes de ses États, sans prendre garde que sa royale alliance avec la dynastie française, présage de ruine bien plus que de régénération , l'éblouissait en lui cachant le côté d'où venait pour elle le véritable danger. Le roi d'Aragon , mêlé malgré lui à cette lutte aveugle qui achevait de détruire l'une par l'autre les deux grandes races méridionales , Toulouse et Barcelone1, souffrait d'une situation qu'il n'avait pas faite, et, au milieu de ces déchirements , la puissance capétienne, représentée par un roi juste et bon , mais servie par des hommes haineux et violents, s'appesantissait chaque jour davantage sur les pays de la langue d'oc. Désolées par la guerre civile, opprimées par les hommes d'outre-Loire, écrasées

* Il ne faut pas oublier que les comles de Provence étaient de la maison de Barcelone.

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