LA JUSTICIA
une sentence peut s'en remettre à la décision du roi ; d'ailleurs le fait seul de la présence de ce dernier dans une ville évoque à sa cour toutes les causes dont les justices du lieu sont saisies.
Sous Jacme 1er, l'infant héritier de la couronne n'a pas encore les fonctions administratives et judiciaires qui lui seront dévolues plus tard. Le gouverneur de l'Aragon n'est pas institué. En l'absencedu roi, il y a seulement un lieutenant général qui le représente, mais ne jouit pas entièrement de ses prérogatives.
Au-dessous du roi se trouvent deux hauts dignitaires dont nous avons parlé plusieursfois, le majordome d'Aragon et le juslicia. Le premier, outre ses attributions militaires1, avait des fonctions judiciaires étendues; il jugeait toutes les causes relatives aux nobles qui n'étaient pas exclusivement réservées au roi, il pouvait faire comparaître devant lui tous les laïques du royaume. Tous les tribunaux, excepté celui du juslicia d'Aragon, suspendaient leurs décisions dans les villes où il se trouvait, mais sa juridiction « se taisait » à son tour en présence du roi.
On a beaucoup écrit et beaucoup disserté sur les fonctions du juslicia d'Aragon *. Il reste encore bien des points à éclaircir, et notre tâche est rendue d'autant plus difficile, que nous avons à nous occuper de cette magistrature durant une période déterminée de son existence, à une époque reculée, et au moment où elle
• V. notre t. I, p. 286.
* Parmi les auteurs qui se sont occupés avec le plus de dé veloppement de cette institution, nous citerons : en Espagne , Vital de Canellas, Martin Segarra et Juan Xiniene/. Cerdan , tous deux justicias, le jurisconsulte Miehael del Molino. Zurila, Mlancas, A»o, Modesto Lafuenle , Sempere {Hist.del derecho espanolj; en Angleterre lia lia m, Roberlson ; en Allemagne, Schmidt, Gervinus; en France, M. Hosseeuw Saint-IIilaire.
commence à peine à laisser quelques traces dans les documents écrits.
Malgré le texte plus ou moins authentique de Blancas, que nous avons rapporté plus haut, et d'après lequel le fucro de Sobrarbe aurait institué un jttdex tncdius, un magistrat intermédiaire entre le souverain et la nation, qui devait veiller au maintien des lois et rappeler au respect des libertés le roi lui-même, s'il venait à s'en écarter*, il est certain que le j»/.s7ic*an'ncquit une haute importance politique qu'au commencement du XIVe siècle, à l'époque où, suivant les expressions de Blancas, « son pouvoir, qui avait dormi jusque-là comme un glaive dans le fourreau, en sortit pour n'y plus rentrer V » Ce prétendu réveil de la puissance du justicia ne fut-il pas plutôt la naissance de ses attributions politiques? C'est l'opinion qui nous paraît la plus probable, à en juger par les ténèbres qui enveloppent les premiers âges de cette magistrature.
Sous Jacme Ier, en 1231 3, on trouve dans les documents, la première trace du justicia d'Aragon; c'est Pedro Perez, frère aîné de Ximeno Perez de Tarazona, premier rico home de mesnada \ Mais le justicia dut exister de toute antiquité comme juge de la cour du roi. Malgré les phrases pompeuses de Blancas et de Zurita à propos du
1 Voy. la letire «le Juan Ximenez Cerdan. justicia d'Aragon , à Martin Diez de Aux, sou succe.^our, dans les Fueros y observoncias de Aragon, Savait cl Penen, 1. H, p. SI.
* Blancas, apud Hisp. illustr.
3 Voy. notret. I, Pièces justifie., p. 158.
* La Chroniquo royale, à propos du siège de Burriana, qui eul lieu en 1233, parle de Pedro Perez « le justicia, fort entendu en fue ' ros d'Aragon, à cause des divers cas qu'il avait continuellement a juger.» (Chronique de Jacme. chap. xxx.— Voyez aussi nuire tome I,