LA NOBLESSE EN ARAGON
fiefs simples ou héritages nobles soumis à des devoirs de vasselage par rapport à d'autres terres , les alleus nobles, les allens roturiers, les fonds assujétis au cens, aux redevances et aux services vils, tel est l'ensemble de la propriété aragonaise. On ne peut refuser d'y voir une organisation féodale, bien qu'on n'y reconnaisse pas tous les caractères politiques du système en vigueur à la même époque en Catalogne et en France.
Les terres nobles et roturières qui n'étaient ni honneurs, m fiefs, ni chevaleries, pouvaient passer sans aucun empêchement dans les mains des individus de toute classe. Il semblerait que Jacme essaya d'introduire en Aragon les prescriptions qui défendaient aux nobles d'acquérir des immeubles, car le fuero d'Exea revendique pour les infanzons le droit d'acheterles terres des hommes du roi et de les posséder comme « nobles, franches et libres de tout service royal1. • Mais, si la terre soumise au cens est sous la suzeraineté d'un autre seigneur que le souverain, elle reste roturière en passant dans les mains d'un infanzon, et celui-ci doit en acquitter toutes les redevances *.
Nous avons parlé ailleurs des principaux privilèges des nobles aragonais, et du droit de desnaluralizacion , qui caractérise si étrangement la féodalité espagnole 3 ;
4 Pueros, t. I, lib. VII, de ïmmunilate militum et infantionum; cf. Observancias, lib. VI, de Privilegiis militum. § 1 cl i.
* Fueros, t I, lib. IV, de Jure emphyteotico el de Rerum Testatione; cf. Observansias, lib. Ml.de Generalibus Privilegiis totius regni Aragoniœ, g 33.
9 Tome I, p. 275 et suiv. — Voy. aussi Fueros, t. I, lib. VII , de Conditiom infantionatus, de Re militari, d* Expeditione infantionis, de Cavalleriis . — Obsercancia* , lib. VI, de Condilione infant., de Privilegiis militum et nepotum militum. Le droit de se dégager des liens du vasselage est en germe dans le fuero juzgo (Liv. V, lit. III, l. et dans la loi des Lombards (Liv. III, lit. XIV, I. unique.)-
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mais nous devons faire remarquer que, déjà au temps dé Jacmele,,leroi pouvait faire noble un individu issu d'une famille roturière: de là une noblesse de création à côté d'une noblesse de race, des i nfanzonesde carias à côté des infanzoncsermunios*. Le roi, ou son délégué spécial, pouvait fairechevalier quelqu'un qui n'était ni noble, ni bourgeois d'une ville privilégiée' ; mais un rico home qui aurait tenté de s'arroger ce privilégeaurait perdu son honor et serait devenu incapable d'en posséder jamais. Si quelques chevaliers oublient « qu'ils ont été établis pour la défense des autres hommes et renoncent à celte honorable prérogative, dépouillant toute crainte de Dieu, ensevelissant toute honte, ne craignant pas de souiller, par leurs brigandages et leurs méfaits, la dignité qui leur a été transmise avec la ceinture militaire, > le prince» d'après un antique usage du pays de Sobrarbe, les dégrade « en coupant leur ceinturon parderrière, au-dessus des reins , de telle sorte que, la courroie divisée, l'épée tombe à terre â. »
Tandis que la noblesse a son code dans les (vents dé Huesca, et surtout dans ceux d'Exea, la bourgeoisie a le sien dans les carias pueblas et les fueros municipaux , qui accordent aux habitants de chaque ville des privilèges particuliers. Jaca \ Arguedas, Saragosse , sont les premières
• Voy. Vital deCanellas, ap. Blancas, p. 7*7. — Ermunio [hermunius en latin) est synonyme d'ingénu.
2 Fueros, 1. 1, lib. VII, de Creatione militum. Sous Jean II, aux cortèsdeCalatayud, en U5I, le roi s'interdit ce pouvoir ainsi que celui de créer des nobles.
3 Fueros, t. I, iib. VII, de Re militari.
* Le roi Ramire II, le Moine, accorda aux bourgeois de iaca le fuero de Montpellier, dont les privilèges étaient les plus étendus de l'époque. (Schrnidl, Geschichte aragonien's im Mittelalter, p. 395.) Le fuero de Jaca fut considéré en Espagne comme le type du bon fuero.