LES PURS DE VALENCE
le souverain, recevant du ciel les grâces nécessaires pour gouverner, ne reconnaît aucun intermédiaire entre Dieu et lui.
Le préambule 1 des fars de Valence est la seule partie de ce code où l'on trouve ces dissertations pédantesques qui s'étalent à toutes les pages des Siete Parlidas, et font ressembler l'œuvre d'Alfonse X à un traité de morale beaucoup plus qu'à un recueil de lois. Jacme a su se défendre de cet excès, et, après avoir payé un tribut, dans le morceau dont nous venons de parler, au caractère de son siècle et à ses propres goûts, il prend, autant que la langue catalane peut le lui permettre, le style concis, le ton impératif, qui conviennent au législateur. On rencontre bien encore çà et là quelques tendances à accompagner les prescriptions légales des motifs qui les ont dictées, quelque prolixité dans la rédaction, mais ces défauts sont bien moinS apparents dans l'œuvre qui nous occupe que dans les autres codes de la même époque.
Pour base et pour modèle de leur travail, les rédacteurs des furs ont choisi le code de Justioien réduit à ses neufs premiers livres, les trois derniers, qui traitent de matières administratives, ayant été, comme on le sait, retranchés de l'enseignementdes écoles. Pour être appliquée au royaume de Valence, l'œuvre impériale a dû être extraordinaire ment abrégée. On en a extrait, et quelque fois traduit littéralement, les principes les plus saillants, négligeant à la fois les déductions trop subtiles pour les esprits du moyen âge et la multitude de cas particuliers prévus par les empereurs. Mais, comme on doit le penser,
1 Nous donnons dans nos Pièces jusliûcaiives (n# VIII) , en le faisant suivre de la labledes livres et des rubriques, le double préambule des furs qu'il est curieux de comparer avec celui des fueros d'Aragon.
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la logique la pins rigoureuse n'a pas présidé à ce travail ; on a procédé par retranchements plutôt que par condensation; quelques rares essais de généralisation ont été tentés assez gauchement ; la suppression d'un nombre infiniment considérable de titres et de lois a rapproché sous la même rubrique des dispositions qui n'ont aucun rapport entre elles, sans faire disparaître toutes les répétitions et toutes les contradictions du modèle \
Il ne faudrait pas croire cependant que, pour n'avoir pas su éviter des imperfections si communes de leur temps, les jurisconsultes de Valence n'aient été que les imitateurs maladroits et serviles du code impérial. Nonseulement ils ont mis à contribution avec discernement et dans des proportions diverses , le Digeste, les Instituas, le fuero jjuzgo elles traditions germaniques; mais, les grands principes de droit naturel et d'équité qui semblaient se conserver plus spécialement dans les décrétâtes, te besoin de simplifier les formes, la nécessité de plier les lois aux mœurs du temps et du pays, font sentir leur action dans les furs. Jacme, dominant de la hauteur de son génie les légistes qui travaillent par ses ordres, combine ces éléments, dirige ces influences, fait servir les uns et les autres à la réalisation de ses projets, donne à l'œuvre l'originalité, l'unité, la séve enfin qui fait vivre un code nation al et qui manque toujours à une simple compilation.
Dès qu'on aborde l'étude de ce recueil, où se mêlent,
1 Après avoir suivi assez exactement l'ordre du code de Justinien, jusqu'à la fin du droit criminel, les rédacteurs des furs ont ajouté pêle-mèleau IX'livre dos rubriques relatives au droit féodal, à l'administration, à l'organisation judiciaire, à la police urbaine ou rurale, et aussi à des matières générales empruntées au Digeste, qui eussent plus logiquement trouvé leur place en tôle du recueil