‹ Jacme I, le conquérant, roi d'après les chroniques et les documents inéditsChapitre 8 sur 183 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Expédition de Ouillem de Aguilô contre les Maures du royaume de Valence.— Le miracle des saints corporaux. — Reddition delà vallée de Bairen.— Première conquête dans le royaume de Murcie.— Mariage d'Yolande d'Aragon avec Alfonse de Castille. — Premier siège de Xativa ; reddition de Castellô. — Droit d'asile des chevaliers d'Aragon; la tente de don Garcia Romeu. — Tentatives du roi contre la puissance des riens bornes. — Les légistes en Aragon. — Le favori Ximeno Perez. -^Coup d'État; création des ricos hotnes de mwnada.

Tandis que le roi d'Aragon s'occupait de rétablir Tordre à Montpellier et tentait d'amener une alliance durable entre les seigneurs du Midi, Guillem de Aguilô, s'étant mis en campagne à la tête d'une troupe de cavaliers, de fantassins et d'almogavares, avait enlevé le château de Reboiledo aux Maures voisins de Valence, et leur avait détruit celui de Chio. Devant cette dernière place se serait opéré , dit-on , le miracle célèbre des saints corporaux, pieuse tradition dont les chroniques contemporaines n'offrent pourtant aucune trace.

Six chevaliers allaient, dit la légende, recevoir la communion ; c'étaient Guillera de Aguilô et cinq de ses compagnons: Berenguer de Entenza, Fernand Sancho de

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Ayerbe, Pedro Xiraen de Carroz, Pedro et Raimundo de Luna. Tout à coup une attaque imprévue de l'ennemi oblige les chrétiens à courir aux armes. Le prêtre enveloppe dans les corporaux les six hosties qu'il vient de consacrer, et les cache ; mais lorsque , après une victoire longtemps disputée par un ennemi supérieur en nombre, les chevaliers reviennent s'agenouiller au pied de l'autel, on trouve les hosties adhérentes aux corporaux et tachées de sang. Ces linges sacrés furent portés à Daroca; on les vénère encore aujourd'hui dans l'église collégiale de cette ville*.

L'algarade de Guillem de Aguilô ne paraissait dirigée d'abord que contre les Sarrasins insoumis; mais, pour beaucoup de chrétiens de cette époque, les infidèles même alliés étaient des ennemis qu'il n'était pas bon de laisser en paix; aussi la troupe de Guillem pilla-t-elle indistinctement tous les biens des musulmans qu'elle trouva sur son passage.

En arrivant à Valence, le roi reçut les plaintes des victimes de ces dévastations ; il cita les coupables à son tribunal ; mais ils prirent tous la fuite, à l'exception de Guillem de Aguilô, qui offrit de réparer les torts qu'il avait occasionnés. Une ordonnance de confiscation de ses biens ne put être mise à exécution, car tous ses domaines du royaume de Valence étaient engagés pour le payement de ses dettes; néanmoins la conduite du roi en cette circonstance et les assurances loyales qu'il donna aux musul. mans rendirent la sécurité au pays , confiant dans la justice de son souverain.

Pour la première fois depuis qu'il avait entrepris sa

f Voyez Beuter, Coronica gênerai de Espaha ; Zurila , Anales , 1. I, fol. 436; Miedes, Vida de donJayme, lib. XI H; Raynaldi, Ann. êccles., ad annum 4240, n" 20.

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