‹ Jacme I, le conquérant, roi d'après les chroniques et les documents inéditsChapitre 86 sur 183 · JAC1TE ET SAINT LOUIS · texte numérisé non relu

JAC1TE ET SAINT LOUIS

Ainsi, tandis que Jacme menaçait Louis IX d'une revendication de droits plus ou moins fondés sur les anciens États de Ramon Berenguer , de Raymond VII et de Trencavel , sur les comtés de Millau, de Foix et de Fenollèdes, snr la vicomte de Gévaudan , la maison de France , non contente d'opposer au roi d'Aragon ce que l'on appelle au palais une demande reconventionnelle, en réclamant des droits de suzeraineté , depuis longtemps périmés, sur la Catalogne, le Roassillon et leurs dépendances, préparait, avec une habileté impossible à déjouer, sa suprématie sur l'un des pays où la domination aragonaise semblait le plus légitimement établie.

Pour sortir de celte complication de prétentions rivales, une guerre paraissait inévitable. L'opinion publiqae poussait le roi d'Aragon vers ce parti violent; en ce moment , la voix énergique de Bernard de Rovenhac se ût entendre de nouveau :

« J'ai grande et irrévocable volonté de faire un sirvente, riches hommes sans courage, et je ne sais que vous dire, car la louange ne serait pas ici à sa place et je n'ose vous jeter le blâme ; or bien peu vaut un sirvente qui loue quand il devrait blâmer. Cependant , dut cela vous sembler folie, j'aime mieux vous blâmer en disant la vérité que mentir pour vous être agréable.

• Les deux rois, celui d'Aragon et celui des Anglais, ont résolu de ne dévaster aucune terre et de ne faire aucun mal à celui qui leur en fait; d'avoir, au contraire, pour lui merci et courtoisie; car ils laissent le roi qui conquiert la Syrie4, garder en paix leurs fiefs. Notre-Seigneur doit leur en savoir gré.

Un acte du 7 février <257 fait voir que les consuls de Montpellier, ligués avec l'évôque Guillaume Christophe, portaient devant le roi de France leurs griefs contre leur royal seigneur.

* Allusion ironique à la défaite de saint Louis en Egypte.

• La honte me gagne quand je vois une nation vaincue nous tenir ainsi vaincus et conquis. Pareille honte devrait aussi gagner le roi aragonais et le roi qui perd la Normandie; mais ils estiment tant une pareille amitié qu'ils refusent complètement de faire ce qu'ils doivent, et jamais je ne vis personne mettre tant de persistance à accomplir son devoir \

» Puisqu'il (le roi d'Aragon) ne reprend pas la leude tournoise qu'à Montpellier lui enlèvent ses bourgeois (il faut désirer), qu'on ne lui prenne pas le pays de Carcassonne, car il ne se défendrait point et serait satisfait pourvu qu'on le laissât en paix. Seigneur puissant ne peut guère espérer la paix quand ses hontes lui tournent en nonchaloir.

» Je ne trouve rien à louer quand la valeur est eo mauvaise voie ; et je n'appelle point cela paix, car c'est une mauvaise guerre , et jamais je ne prendrai pareille chose pour une paix. On devrait plutôt l'appeler joie de paysan et joie des puissants , qui perdent chaque jour leur renom, et cela ne doit point leur être pénible, car ils perdent peu et peu leur en doit douloir , car de peu l'on ne peut ôter beaucoup.

» Le roi en Alfonse a laissé la convoitise aux autres rois; il n'en a pas besoin et, pour sa part, il a pris la

4 Sous-entendu : qu'ils en mettent à manquer au leur. Nous donnons sous toutes réserves celte traduction d un vers obscur:

Et anc non vitz autre tan ben tener.

D. Manuel Milà le traduit ainsi, en indiquant ses doutes : < Et (cependant) jamais on ne vit quelqu'un se présenter sous un meilleur aspect. »

* 11 s'agit ici de l'impôt des mailles de Lattes. On étendait le nom de leude à tout droit perçu à l'occasion du transport des denrées et marchandises et de leur entrée dans une ville.

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