JACME ET SAINT LOUIS
largesse II aurait tort celui qui , dans un jeu-parti *, voudrait l'en blâmer; car, je vous le dis, cela me parait vilaine action que de choisir le meilleur thème dans un jeu-parti. (Quant à Alfonse) il n'a pas fait ce qui est défendu , puisqu'il a pris le rôle que personne ne veut *.
» Riches hommes méprisables, si je connaissais quelque chose à louer en vous, je le louerais volontiers; mais ne pensez pas me faire mentir, car je ne veux ni votre amitié ni vos richesses *. »
Ces chants belliqueux ne trouvaient pas d'écho sur le trône. Nous sommes arrivés à une période, malheureusement trop courte, où les rois n'aspirent qu'à la paix. Les luttes de nation à nation s'arrêtent ; l'immense guerre civile qui désole l'Italie et l'Allemagne, les désordres au milieu desquels semble se plaire la turbulence des barons de tous pays agitent encore l'Europe, mais la royauté
'Le jeu-parti ou tenson était un dialogue en vers dans lequel deux troubadours discutaient ordinairement sur une question de galanterie. On voit, d'après ce passage de Bernard de Rovenhac, que celui qui proposait le tenson ne devait jamais choisir le rôle le plus facile. (Voy. à ce sujet Milà, de los Trovadores en Espana, p. 180 , noîc.)
1 Ce couplet fait allusion à l'expédition tentée par Alfonse X , de concert avec Gaston de Moucada, vicomte de Béarn, pour arracher la Gascogno à la domination anglaise. Celte guerre, commencée avec grand éclat et chantée avec enthousiasme par le belliqueux troubadour Boniface Calvo, se termina brusquement par la renonciation que le roi de Camille flt de tous ses droits sur la Gascogne en faveur d'Edouard, héritier présomptif de la couronne d'Angleterre , auquel il donna en mariage sa fille Léonor. (Voy. Lafuenle , Hist, gênerai de Espana, Part. Il, lib. III, cap. i ; Milà, de los Trovadores en Es pana, p. 204; Raynouard , Choix de poésies des Troubadours, t. IV, p. 228.)
s Le texte de ce sirvente a été publié par M. Raynouard {Choix de, poésies des Troubadours, t. IV. p. 205) et par M. Milà (de los Trovadores en Espana, p 179), qui en a donné en outre une traduction espagnole.