UW IH, CHAPITRE ML
sent partout le besoin de faire régner l'ordre et la justice, seul moyen d'asseoir solidement son autorité, de légitimer ses conquêtes, de rendre sa puissance populaire. Pour établir Tordre au dedans, il faut avoir la paii au dehors, du moins avec ses voisins : à ce double résolut concourent les croisades, dérivatif à la guerre entre chrétiens , les innovations législatives, les lois contrôles guerres privées et surtout la modération dans la politique internationale.
Saint Louis, Jacme Ier, Alfonse X sont les principaux représentants des tendances pacifiques de celte partie da XIIIe siècle. Saint Louis est poussé dans cette voie par sa piété, Alfonse X par ses goûts paisibles; Jacme, le plus belliqueux des trois et celui qui a le moins à gagner eo apparence aux traités conclus à celte époque, n'est guidé que par son génie politique.
Tout espoir de reconstituer la nationalité de la langue d'Oc semble perdu sans retour; les droits mal déterminés de la maison de Barcelone sur divers points de la France méridionale ne peuvent servir que de prétextes de guerre. Au nord du Roussillon , la possession de Montpellier a seule une valeur réelle pour l' Aragon , et Jacme, espérant par une alliance avec saint Louis détourner de cette riche proie la convoitise des Français, se prête aux négociations qui doivent amener le traité de Corbeil, c'est-à-dire son abdication comme suzerain de la France du Midi.
Au mois de juin Î255, un compromis fut passé par lequel Jacme et saint Louis choisissaient pour arbitres de leurs différends, Hébert, doyen de Bayeux, et Guillem de Montgriu, sacriste de Girone, qui devaient rendre leur sentence dans le délai d'un an *. En attendant celle
' Voy. le texte de ce document, apud Marca hispanica,a)\. 1410.
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décision , le roi d'Aragon, désirant recourir aux armes pour soumettre la ville de Montpellier à son autorité, demanda à Louis IX l'autorisation de passer sur ses terres, de s'y pourvoir de vivres et de recevoir dans les rangs de l'armée aragonaise les vassaux du roi de France qui voudraient prendre part à l'expédition. A l'exception de ce dernier point, auquel saint Louis refusa expressément de sooscrire, la demande du roi d'Aragon fut agréée; mais Jacme ne profita pas de cette autorisation , car ses difficultés avec Alfonse X le retenaient dans la Péninsule.
Le roi de France, intéressé à la fois à ne point se rendre impopulaire à Montpellier et à souteuir le roi de Castilleson proche parent, défendit à ses sujets du Midi de prendre part à la guerre imminente entre le roi d'Aragon et la ville de Montpellier, et permit aux vassaux que le souverain castillan avait sur le territoire français d'aller en personne servir leur suzerain*.
Cependant le doyen de Bayeux et le sacriste de Girone n'avaient pu parvenir à régler le différend dont la décision leur avait été confiée ; le délai d'nn an expiré, les infants aragonais Pierre et Jacme \ plus ardents que leur père et comprenant peu sa politique , entrèrent à main armée dans le territoire de Carcassonne ; saint Louis envoya des ambassadeurs au roi d'Aragon pour se plaindre de ces hostilités, que n'avait point précédées une déclaration de guerre ; les seigneurs de la sénéchaussée furent convoqués, les milices communales mises sur pied , mais Jacme rappela tout à coup les infants et leurs troupes'.
* Voy. D. Vaissèle, Hitt. de Lang. . liv. XXVI, chap. xxxv. Nous avons déjà parlé du défi adressé au roi d'Aragon par Amalric, vicomte de Narbonneet vassal de la Castille.
* L'infant Jacme n'était âgé que de quatorze ans.
* Voy. D\ Vaissète, Hist. de Lang. , liv. XXVI, chap. xxxv, et Preuves, t. UI , éd. in-f°, n- cccxxm.
Le roi d'Aragon désirait arriver par des voies pacifiques au règlement de ces difficultés ; de son côté, saint Louis ne tenait pas moins à éviter une rupture. Sa scrupuleuse loyauté conservait quelques doutes sur la légitimité des moyens employés pour assujettir à la France des pays ayant appartenu à la maison de Barcelone. Les négociations furent reprises ; on parla de cimenter par un mariage l'accord des deux familles souveraines de France et d'Aragon ; en effet , au mois de mars 1258 , Jacme , se trouvant à Tortose , nomma pour ses ambassadeurs auprès du roi de France : Arnaud , évêque de Barcelone; Guillem, prieur de Sainte-Mariede-Corneillan \ et Guillem de Roquefeuil, son lieutenant à Montpellier, en les autorisant à transiger avec saint Louis sur les questions qui divisaient les deux princes, et à conclure le mariage d'Isabelle , fille du roi d'Aragon, avec Philippe, deuxième fils du roi de France. Cette union ne devait toutefois être célébrée que lorsque l'infante aurait atteint l'âge de douze ans.
Les ambassadeurs aragonais trouvèrent Louis IX à Corbeil , où fut signé le double traité qui devait faire asseoir sur le trône de France une princesse de la race des Wifred et des Ramon Berenguer, mais qui refoulait à jamais au delà des Pyrénées la souveraineté de la maison de Barcelone.
Deux mois plus tard , l'évéque Arnaud , le prieur de Corneillan et Guillem de Roquefeuil étaient de retour à Barcelone, accompagnés de Raymond Gaucelin , seigneur de Lunel, qui s'était trouvé à Corbeil, et parait avoir reçu du roi de France la mission de faire ratiûer le traité
* Le château et le village de Corneillan faisaient partie des anciens domaines de Trencavel; ils étaient situés dans le diocèse de Béliers.
TRAITÉ DE CORBEIL
par le roi d'Aragon. Le 16 juillet 1258, Jacme confirma ce qui avait été conclu par ses ambassadeurs, et, poussant jusqu'au bout le désintéressement dont il avait fait preuve dans toute cette affaire, il céda de son plein gré, par un mouvement de galanterie chevaleresque , tous les droits qu'il avait sur la Provence, à la reine de France , Marguerite, sa cousine *. Dés lors les monarques aragonais
• Le traité de Corbeil et ses annexes sont conservés aux archives de l'Empire (carton J, 587). Ces pièces sont au nombre de sept :
io La procuration du roi d'Aragon à ses ambassadeurs pour régler ses différends avec le roi de France, donnée àTortose le 2 des ides de mars 4257 (U mars 1258) ;
2° Le traité principal, dit traité de Corbeil , renfermant le texte de la procuration qui précède, et conclu le » des ides de mai (11 mai) «258 ;
3° La ratification de ce traité par le roi d'Aragon à Barcelone le 47 des kalendes d'août (16 juillet) 4 258 ;
4° La procuration donnée par le roi d'Aragon à ses ambassadeurs, pour conclure le mariage do l'infante Isabelle avec le fils de Louis IX; mars 4258 ;
5° Le traité de mariage entre Philippe do France et Isabelle d'Aragon, conclu à Corbeil « le samedi veille delà Pentecôte de l'an 1258 »;
6° La ratification de cet acte par le roi d'Aragon ; 16 juillet 4258 ;
7° La renonciation du roi d'Aragon à ses droits sur la Provence en faveur de Marguerite, reine de France , sa cousine; Barcelone, le 16 des kalendes d'août (17 juillet) 1258.
Nous publions dans nos Pièces justificatives (nM X. XI et XII) le premier, le deuxième, le cinquième et le septième de ces documents. On a imprimé plusieurs fois en Fronce, non pas le traité de Corbeil lui-même, mais seulement sa ratification par le roi d'Aragon, qui répète du reste, à peu de choses près, les clauses du traité. ( Voy. Catel, Mémoires sur Vhistoire du Languedoc, p. 29, et Marca hispanica, col. 4444.) L'importance de cette transaction entre saint Louis et Jacme I*r nous engage à en donner le texte complet, d'après la copie qui existe aux archives d'Aragon, et que D. Prospero de Bofarull a insérée dans sa Coleccion de documentas inedilos del archiva de la corona de Aragon. Le traité de mariage de'Philippe de France et de l'infante Isabelle se trouve dans le Spicilegium de
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n'eurent plus au nord du Roussillon que la seigneurie de Montpellier et la suzeraineté de la vicomlé de CarUi, droit de peu de valcurqueJacmese réserva, nousnesavons dans quel intérêt *.
Le traité de Corbeil a été diversement apprécié. Lor* de la réunion momentanée de la Catalogne à la France , sous le règne de Louis XIII , plusieurs écrivains français, préoccupés de trouver des arguments en faveur de leur pays , attaquèrent cette transaction avec une sorte d'acharnement; l'un d'eux essaya de démontrer la fausseté de l'acte de 1258 1 ; un autre assura que le traité était préjudiciable à la couronne de France et le déclara nul, parce que, dit-il, il avait été conclu sans le consentement des États du royaume * ; on prétendit encore que les clauses n'en avaient jamais été exécutées *. Ces opinions obtinrent d'abord quelque crédit ; la saine critique du bénédictin Vaissète en a fait justice et il serait superflu de les discuter aujourd'hui; mais ce qui n'est pas sans inv
d'Achery (éd. in-f\ t. III, p. 634); nous le donnons d'après l'original conservé aux archives d'Aragon. Le premier des documents mentionnés ci-dessus a été publié par D. Vaissète {Hist. de Lang., éd. iif*, t. III, Preuve n° cccxxvii.) On le trouvera dans le préambule du traité. (Pièces justificatives, n* X.) Nous remarquerons , comme l'a déjà fait le savant historien du Languedoc , que Zurita, Mariana , Ferreras, Baluze, Gariel, le P. Daniel, auxquels nous ajouterons Miedes el Diago, ont commis de graves erreurs ao sujet des dispositions du traité de Corbeil et des circonstances qui ont accompagné sa conclusion. ( Voy. Hist. de Languedoc. in-f°, LUI, note xxxix.)
« Voy. D. Vaissète, Hist. de Long., liv. XXVI, chap. xt.
* Louis de Mesplede, jacobin, professeur à l'université de Cahor*. dans sa Gallio vindicata, 4643.
* P. deCa-eoeuve, la Catalogne française , 1644.
* Caseneuve, la Catalogne français?; Filleau de Lachaise, Hist. de saint Louis.
* Voy. Hist. de Languedoc, éd. in-f», t. III, note xxxix.
TRAITE DE COftDEIL 315
portante pour notre sujet, c'est l'appréciation des droits réciproques abandonnés par les deux souverains. Sur ce point, souvent controversé, nous nous éloignons de la manière de voir du savant historien du Languedoc.
Une considération générale domine cette question. Il est incontestable que, au XIII' siècle, les pays échangés par les deux souverains , ceux que saint Louis cède à Jacme, comme ceux que Jacme abandonne à saint Louis, appartiennent encore à la môme nationalité. Leur origine, leur langue, leurs traditions, leurs sympathies, les rapprochent des comtes de Barcelone, dont ils acceptent tous également la suzeraineté ou l'influence , tandis que tous répugnent à l'union avec la France du Nord.
Les désirs ou les antipathies des peuples n'entrent pour rien , il est vrai, dans le droit public du moyen âge ; mais il n'en fallait pas moins alors, comme toujours, compter avec la résistance que ces sentiments opposent à qui tente de leur faire violence.
Si un enchaînement malheureux d'événements , si le défaut de chef et d'unité ont fait plier sous le joug français les pays de la langue d'Oc situés entre le Roussillon et les Alpes, la Catalogne et ses dépendances ne peuvent craindre le même sort. Vainement invoque-t-on en faveur de la France les droits de Pépin , de Charlemagne et de leurs premiers successeurs. Avec la féodalité, le pouvoir des souverains d'outre-Loire s'est retiré vers le Nord ; le peuple a oublié ces rois qui ne le protègent plus pour se rallier autour dos comtes, défenseurs de ses intérêts et de sa foi. Aux arguments des juristes politiques, la Catalogne, identifiée à ses souverains de fait, peut opposer une prescription consacrée par des siècles de périls et de triomphes communs. Quel Catalan ,.plébéien ou noble, se souciaii, au Xlir siècle, des rois de Paris, et
qael écho eût trouvé dans la Marche espagnole une revendication des droits périmés de Charlemagne ou de Pépin ?
Quels que puissent être les raisonnements des jurisconsultes , habitués à traiter les questions politiques comme de pures contestations d'intérêt privé , il est certain qu'en abandonnant toute prétention sur les neuf comtés de Barcelone , Urgel , Besalu, Roussillon , Ampurias, Cerdagne , Confient, Girone et Ausone , saint Louisne renonçaità aucun droit qui eût conservé quelque valeur; il enlevait seulement à ses successeurs un de ces mille prétextes que les rois ont toujours à leur disposition pour masquer les véritables motifs d'une déclaration de guerre.
Quant aux droits cédés par' Jacme au roi de |France, ils émanaient de sources diverses. Sur le comté de Toulouse et de Saint-Gilles, comprenant leRonergue, le Quercy, le duché de Narbonne et, en outre, l'Agenois et le marquisat de Provence , omis dans le traité , les prétentions du roi d'Aragon étaient à peu près sans autre fondement que les relations créées entre la maison de Barcelone et celle de Toulouse par une communauté d'intérêts , et cimentées par des mariages et des alliances.
Les vicomtés de Béziers, Agde, Niraes, Albi , Carcassonne et Rèdes; le Lauraguais , le Termenois, le Minervois et le pays de Sault, relevaient du roi d'Aragon en vertu des anciens droits de sa famille et de divers hommages rendus par les Trencavel , seigneurs de ces pays. Mais, d'une part, Raymond Trencavel II avait cédé à saint Louis ce qu'on appelait en droit féodal le domaine utile, c'est-à-dire les droits de propriétaire immédiat; d'un autre coté , la souveraineté du roi de France sur
TRAITÉ DE CORBEIL
ces pays était difficile à contester. Jacme se trouvait donc à la fois suzerain de Louis IX , en tant que ce dernier représentait le vicomte Trencavel , mais vassal du roi de France, souverain du pays. Cette position singulière, résultat de la théorie féodale , Savait aucun avantage pratique pour le roi d'Aragon.
Les pays de Fenoillêdcs et de Pierre-Pertuse^ avec les châtellenies de Queribus \ Puy-Laurens et Castel-Fisel, étaient d'anciennes possessions de la maison de Barcelone jadis cédées en fiefs au vicomte de Narbonne et au comte de Foix; mais Jacme n'en conservait pas moins la souveraineté sur ces domaines.
En Gévaudan, les rois d'Aragon n'avaient possédé que la vicomté de Grèzes ou de Gévaudan s, distincte du comté de ce nom. Cette vicomté, de même que celle de Millau en Rouergue, avait été engagée, comme on le sait, par le roi Pierre II au comte de Toulouse Raymond VI, et Jacme se croyait en droit d'en revendiquer la possession sur Alfonse de Poitiers.
Enfin le comté de Foix, mentionné dans le traité de Corbeil, ne figure ni dans la procuration donnée parle roi d'Aragon, ni dans la ratification du traité *. Evidemment les ambassadeurs aragonais avaient en ce point outrepassé leurs pouvoirs. Jacme refusa d'approuver cette partie de la transaction, et conserva intacts ses droits ou
1 Keerbuz, dans le traite de Corbeil.
* Yoy. notre tome I, Introd., p. 48 et 54.
» Credona et vice-comitatus credonensis , dans le traité de Corbeil. Les noms de Gavaldanum et comilatus Gavai dani ou Guialdane désignent évidemment la vicomté de Grèzes, la maison de Barcelone n'ayant jamais eu aucun droit sur le comté de Gévaudan.
* Le préambule seul de cette ratification mentionne par erreur, sans doute, le comté de Foix.
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ses prétentions sur le pays de Foix, qui sera bientôt l'occasion de nouveaux différends avec la France .
A les considérer dans leur stricte râleur, les droits auxquels le roi d'Aragon renonçait n'étaient guère supérieurs, on le voit, à ceux qu'abandonnait saint Louis. Mais Jacme pouvait invoquer autre chose que des arguments de légiste : il avait pour lui les aspirations et les sympathies de cette nation méridionale mutilée, agonisante et réclamant encore un chef pour la mener au combat.
Joignez aux pays mentionnés par le traité de Corbeil le comté de Provence, héritage légitime de la maison de Barcelone, en vertu de la loi féodale, et vous verrez jusqu'où s'étend sous Jacme V l'influence aragonaise sur la terre de France. A Test, elle n'est arrêtée que par les Alpes; à l'ouest, elle franchit le cours de la Garonne; an nord, elle s'avance jusqu'aux montagnes du Velay, de l'Auvergne et aux rives de la Dordogne. Plus dedix-sept de nos départements actuels, parmi lesquels quelques-uns des plus riches et des plus peuplés, sont compris dansces limites. Ces pays, qui attendaient un signal parti de Barcelone pour se soulever contre leurs dominateurs, sont cédés gratuitement par celui qu'ils regardent comme leur suzerain.
Le fils du vaincu de Muret ne trahissait point cependant la cause pour laquelle son père avait perdu la vie. Les conditions d'existence des nations étaient changées depuis qu'un pouvoir central, chaque jour plus fort, exerçait son action sur des peuples que leur position géographique rapprochait de lui. Avec la décadence de la féodalité, les frontières naturelles, ces limites que la Providence semble avoir tracées aux empires, reprennent toute leur importance. Jacme le comprenait-il? Nous n'oserions l'affirmer; mais il pressentait du moins qu'en
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appeler aux armes après avoir tu sa politique échouer par im concours d'événements providentiels, c'était jeter les pays de la langue d'Oc dans des luttes sanglantes et sans issue.
A cet avenir de désastres certains et d'avantages douteux, il préféra l'amitié d'un puissant voisin, le maintien de ses droits seigneuriaux sur Montpellier, la paix de ses vassaux et de ses compatriotes. L'acte arrêté à Corbeil, échange de droits à peu près illusoires, n'est au fond que la renonciation de Jacme au rôle de souverain du Midi ; la cession de la Provence le complète et le caractérise; c'est une abdication et non pas un traité.
Les pays de Provence et de Languedoc furent consternés en se voyant abandonnés sans retour aux Français; c'est alors, sans doute, que Bernât Sicart de Marjévols ou de Marvéjols disait avec tristesse : « Partout où je me tourne, j'entends la courtoise gent qui crie humblement aux Français : Sire ! Et les Français ont merci pourvu qu'ils voient des présents, car ils ne connaissent pas d'autre droit. Hélas! Toulouse et Provence, terre d'Agen, de Béziers et de Carcassonne , qui vous vit jadis et qui vous voit aujourd'hui !
• Ainsi que l'oiseau sauvage fait entendre son chant pendant la tempête, ma résolution est de chanter désormais; car la noblesse s'en va reculant, les bonnes races sont déchues et abâtardies ; l'iniquité grandit et les barons radoteurs, trompeurs et trompés, laissent derrière eux la valeur et font marcher le déshonneur en avant. Le riche lâche et méchant recueille un mauvais héritage *. >
1 Voy. Raynouard, £Aotx de poésies des Troubadours ,t.lV, p. 491; Mil;'), de los Trovadores en Es pana, p. 482 ; Hist. litt. de la France, t. XVIf, p. 590. — Quelques auteurs croient que ce sirvenle fut composé pendant la croisade contre les Albigeois.
La nation méridionale est morte sans retour. C'est en vain que la Provence essayera, sous la maison d'Anjou, d'un semblant d'indépendance, dont le sonvenir entourera d'une auréole de popularité la mémoire du bon roi René; c'est en vain que l'esprit national égaré, perverti se manifestera encore en Languedoc après plusieurs siècles; rien ne peut plus s'opposer à l'union de la France du Nord et de la France du Midi , union lentement, péniblement opérée, sans doute, mais, grâces à Dieu, complète et indissoluble.