PREPARATIFS DE I,' EXPEDITION DE MDRCIE
Ferriz de Lizanna, Ximeno Perez de Àyerve, Fortun de Ahe, Fortun Per^s de Isuerre, furent mis à la tête des troupes aragonaises V
Les corts de Catalogne se réunirent à Barcelone, au mois de novembre 12G4 ; dès le début de la session, le roi vint se heurter contre le formalisme des représentants de la nation catalane.
Dans les assemblées des Etats aragonais, dès que le roi avait prononcé le discours de la couronne (qu'on nous permette cette expression moderne, parfaitement applicable aux assemblées nationales du XIII* siècle), chaque ordre exposait les griefs de la partie de la nation qu'il représentait, contre le pouvoir exécutif ou ses agents. La discussion sur ces plaintes et sur les satisfactions à accorder devait précéder toute autredélibération; mais le roi, impatient d'aller combattre les infidèles, crut cette fois pouvoir passer outre. Le vicomte de Cardona, qui avait des griefs personnels à faire valoir, réclama avec insistance contre cette violation des formes régulières, et fut soutenu par la majorité de l'assemblée. Le roi, irrité, leva brusquement la séance, déclarant qu'il allait quitter Barcelone « aussi mécontent qu'un seigneur puisse l'être de ses vassaux.» Les corts supplièrent Jacme de ne point quitter la ville, lui promettant, s'il voulait bien accéder à la demande du vicomte de Cardona, non-seulement de le servir de tout leur pouvoir dans l'expédition projetée, mais encore de voter pour la quatrième fois l'impôt du bovatge, qui déjà lui
lion. (Arch. d'Aragon, reg. XIII. f° 467.) L'archevêque de Tarragone avait armé à ses frais une galère pour la croisade. Le 13 juillet 5264, le roi reconnut qu'il n avait le droit de rien prélever sur les prises que ferait ce navire. (Arch. d'Aragon, reg. XIII, r» 49G.)
« Zurita, Anales, t. I, f» 479.
avait été accordé trois fois1. A ces conditions, la paix fut rétablie entre Jacrae et ses vassaux catalans
Trois semaines après, le roi ouvrait les cortés d'Aragon dans l'église des Frères prêcheurs de Saragosse. Aon minor est virtus quœrere quant qum snnl parla tueri, tel fui le texle du discours dans lequel Jacme, exposant aux représentants de la nation aragonaise tous les périls de la situation, conclut en leur demandant des subsides dont il ne croyait pas devoir indiquer publiquement la forme. Il se réservait de la faire connaître à deux ou trois ricos homes, qui communiqueraient ses propositions àTassemblécCe mystère ne parut pas de bon augure à la méfiante noblesse, et, lorsqu'un frère mineur eut pris la parole pour raconter qu'un ange était apparu à un moine de son ordre et lui avait annoncé la délivrance complète de l'Espagne par les armes du roi d'Aragon, les barons, malgré la foi vive de leur siècle , ne virent dans ce récit qu'un moyen de surprendre le vote des corlès.
— « Tout cela est fort bon, dit Ximeno de Urrea, mais il faut d'abord délibérer. »
Après la séance, le roi réunit chez lui quelques rico* homes, et, leur ayant raconté comment les Catalans lui avaient spontanément offert l'impôt du bovalge, il cher, cha à arracher à leur émulation un subside pareil.
Ennemis instinctifs de toute nouveauté, les Aragonais avaient, comme tous les peuples, de puissantes raisons de se défier de la nouveauté en fait d'impôts. On voit naître des impôts, on en voit rarement mourir; ceux qui
' 1 Le bovalge fut, en efTel, voté par les corlès le 23 novembre 4264 Cet impôt n'était dû, comme nous l'avons déjà dit, qu'une fois par règne.
2 Voy. Chronique de Jacme, cbap. ccxliu.