LUTTES ATEC LE CLERGÉ
bienveillance élogieuse de ses prédécesseurs toutes les fois qu'il eut à parler des exploits du Conquistador contre les infidèles. Ainsi, approuvant avec chaleur f expédition projetée contre les Maures du midi de l'Espagne, et or* donnant de prêcher la croisade , il n'a pas assez d'éloges pour - le roi illustre qui combat depuis son adolescence, qui tient dans sa main le salut de la foi, qui étend au loin la gloire de son peuple, qui, pareil au lion rugissant en quête de sa proie, poursuit les impies, recherche les ennemis de la foi , courbe leurs fronts sous son empire et soumet à sa puissance les cités et les royaumes1. >
Mais, dès qu'il s'agit des relations de Jacme avec les évéques et les clercs, le rigide Pontife montre dans ses lettres une sévérité que ne mitigent point les louanges.
Depuis quelque temps, le clergé des États aragonais se plaignait de vexations, dont il se disait l'objet de la part de l'autorité royale. Le roi réclamait, à son tour, contre les empiétements du clergé.
Peu de détails nous restent sur ces discussions, que les historiens espagnols ont prudemment passées sous silence. Quelques documents contemporains répandent seuls une faible clarté sur cette question. Ainsi nous voyons que, vers 1257, l'archevêque de Tarragone était accusé de s'être emparé de la juridiction de cette ville au préjudice du pouvoir royal ; d'avoir fait mettre en liberté un homme détenu pour crime ; d'avoir armé des galées contre les Sarrasins, au mépris des traités conclus par le roi avec l'émir de Tunis, et, enfin, oubliant « la réserve imposée à tout prélat », de soudoyer des pirates qui écumaient la mer à son profit. Aux plaintes
4 Clément. Paps IV, lib. I, ep. II. — Voy. Martèno et Durand, Thésaurus novus anecdotorum, et Raynaldi, Annales eccles., ad annum 4265, n°« 32, 33 et 34.
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deJactne, Parcl^êtjttër répandit par- rftië etctymiùtiMcation ; ritafe le roi jouissait du privilège de ne pouvoir être frappé d'âfiàlhème que pàr le Pape ou son délégué spécfral, et il eh appela au Souverain Pontife « et aux ap6tres\ » Qu'advint-il de cette affaire? Nous l'ignorons; nous savons seulement que, vers cette époqàe, Tévéque de Girone fut envoyé à Rome par le monarque aragonais*. En 1260, le même prélat- reçut une nouvelle mission auprès du Souverain Pontife *, et en 1264, au mbtient oo se préparait l'expédition contre les Maures du midi de l'Espagne , le roi déclara qu'il n'inquiéterait point l'archevêque de Tarragone au sujet de la galée armée par teprélat contre les Sarrasins, et qu'il ne prélèverait rien sur les prises des hommes de l'archevêque \
Mais ce n'était là qu'une querelle particulière, et, si l'on en juge par une lettre pleine de reproches que Clément IV adressa à Jacme quelques mois après avoir pris possession de la chaire de Saint-Pierre , lé clergé tout entier des pays aragDttais aurait souffert de graves atteintes à ses droits et à ses libertés. Aussi, lorsque le roi voulut réclamerdes églises de âeè États léssubsîdes qu'il- avait l'habitude d'en retirer pour la guerre contre lès infidèles ; reçut-il m refus formel. Par la lettré dont nous parlions tout à l'heure, le Pape donne gainde cause a» clergé en droit strict; mais il l'ebgage néanmoins à payer le tribut réclamé; puis, s'adressant au roi d'Aragon, il l'exhorté à rendre aux églises leurs droits et leurs privilèges , se réservant dë l'y contraindre par le moyen qu'il
*' Les griefs dù roi sont énumérésdans le document n° U98 des PArclh'dé Jacmei*, aux archives d'AragoriXJet acte èét daté du jour des kalendes d'octobre (1M octobre) 4257.
a AHJh. d'Aragon, Reg. VIII, f° 78
»/rf.; Rég. XÏ,M96.
4 W., Reg. XIII, f* 496.
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jpgera le plus avantageux pour le salut du coupable ; «car, ajoute Clément IV, dans quelque position que nous nous soyons trouvé , nos amis nous ont été assez chers pour que nous leur disions plus volontiers ce qui leur est utile que ce qui leur est agréable, ce qui leur déplaît que ce qui leur nuit » Le juste et sévère Pontife disait vrai; on sait les preuves qu'il en donna à l'égard de sa propre famille.
Grâce aux sages conseils de Clément IV , la plupart des clercs consentirent, parait-il, à accorder les subsides, et la querelle fut assoupie, sinon entièrement apaisée; car, d'un côté, nous voyons encore le Pape, dans plusieurs de ses lettres, rappeler à Jacme le respect qu'on doit ans. églises et aux « personnes ecclésiastiques » , et l'injustice de certains tributs que le roi a voulu leur imposer'; d'autre part, quelques membres du clergé valencien, ayant refusé de payer à Jacme la dime que les bulles pontificales lui avaient accordée en faveur de la guerre contre les Maures , furent frappés d'excommuuication, et Clément IV, voulant leur permettre de concourir à l'élection d'un nouvel archevêque, ne leur donna l'absolution qu'à la condition qu'ils acquitteraient leur dette envers le roi a.
Ce ne fut pas seulement à l'occasion de ses différends a?ec< le clergé que Jacme s'attira les remontrances du Saiat-Siége. Sa conduite privée lui mérita, vers la même époque , des réprimandes plus sévères encore- Peu de temps après la mort de la reine Yolande , les
* ftayoaldi, Annales eccles , ad. ann. 4265, n° 31.
* Raynaldi, Annales eccles., ad ann. 1265, n° 35 ; 4266, n° 29. — Martène et Durand, Thésaurus novus aneodotorum, t. II, col. 240 ef
» Martène et Durand, Thésaurus novus anecdotorum, t. Il, col. 605.
faiblesses du Conquistador apparaissent tout à coup au grand jour. Jusque-là elles étaient restées dans l'ombre, sinon pour les contemporains , du moins pour l'histoire, puisque le plus ancien des documents connus dans lesquels Jacme désigne clairement ses maîtresses ou ses bâtards, date de l'année 1252. Mais, depuis longtemps déjà, le roi d'Aragon avait deux fils naturels , Fernand Sanchez et Pedro Fernandez, qui en 1262 eten 1264 commencent à se mêler aux affaires de leur pays , l'un comme ambassadeur auprès du roi Manfred pour la conclusion du mariage de Constance de Sicile avec l'infant Pierre, l'autre comme amiral des galées armées contre les Sarrasins.
Fernand Sanchez était né d'une fille noble d'Aragon, Blanca de Antillon ; il reçut du roi labaronniede Castro*, nom sous lequel sa descendance s'est perpétuée et illustrée en Espagne'. D'un caractère altier, envieux et turbulent, Fernand fut presque toujours en guerre ouverte avec son père ou ses frères. Nous l'avons déjà vu se mettre à la tête de la noblesse révoltée; la suite des événements nous le montrera sous un jour encore plus défavorable.
D'une autre dame aragouaise, Berengnela Fernandez, Jacme avait eu Pedro Fernandez , « jeune homme hardi et vaillant » au dire de Miedes , et qui sut s'attirer autant de sympathie que Fernand Sanchez excita de répulsion et dehaine. Jacme donna à Pedro Fernandez la baronnie d'Ixar ou Hijar et le maria avec Marquise , Clle naturelle
* Le 5 des ides de mars (41 mars) 1241, Blanca de Antillon céda au roi certains droits qu'elle avait sur la ville et le château de Castro. (Arcli. d'Aragon, Parch. de Jacme IM,n° 878.)
* Fernand Sancbez fut marié à la fille du rico hom$ Ximeno de Urrea. (Voy. Chrou. de Bernât d'Esclot, chap. lxvui.)
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