MARIAGES MORGANATIQUES DU ROI
du roi Thibault II de Navarre. De cette alliance est issue Hllustre maison des ducs de Hijar.
Une troisième maîtresse du Conquistador fut Guillerma de Cabrera , la première , à ce qu'il nous semble , que le roi ait appelée publiquement sa « bien aimée dame ». C'est ainsi qu'il la qualifie dans un acte par lequel il lui fait don d'une ville, pour elle et pour les enfants qu'elle aura de lui \
Une donation conçue en termes analogues nous avait paru * une preuve à invoquer en faveur du mariage de Teresa Gil avec le roi. L'acte relatif à Guillerma de Cabrera affaiblit cet argument , que de plus solides rendent d'ailleurs superflu. Mais est-ce bien d'une maitresse que le roi parle ainsi dans un acte public? Serontils bâtards, ces enfants dont la naissance est prévue et le sort assuré d'avance? Ne doit-on pas croire plutôt qu'après la mort de la reine Yolande, Jacme voulût s'unir par des liens légitimes à une compagne qui n'aurait ni le rang ni les droits d'une reine? Ce titre d'épouse morganatique, on ne peut le refuser à Teresa Gil; mais il semble appartenir aussi à Guillerma de Cabrera, et nous verrons le roi s'efforcer de le faire reconnaître à la princesse castillane Berenguela Alfonso , puis à cette femme môme qui abandonna son mari pour vivre avec le Conquistador presque septuagénaire.
* a Et si a nobis fllium vel flliam habuerilis, ille filius vel fllia si vixerit habeat post obitum veslrum diclum castrum et villam cura omnibus et siogulis supradictis per alodium proprium, franchura et liberurn in perpeluuin. » (Acte du 6 août 4252 conservé aux Arch. d'Aragon, Parch. de Jacme I", n° 1304.) Le n° 4332 de la môme collection est un privilège accordé parle roi, le 4*r octobre 4253, « dilectê nostre domne Guilîermede Capraria. »
» Tome I, p. 357.
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Après Tannée 1253, nons ne. trouvons plus aucune trace de Guillerma de Cabrera , qui ne parait pas avoir eu d'enfants du roi d'Aragon. Peut-être Guillerma mourut-elle vers cette époque ; peut-être aussi les droits antérieurs de Teresa Gil ayant été reconnus par l'Église, obligèrent-ils Jacme à rompre une liaison qui ne pouvait plus avoir même l'apparence de la légitimité.
Parmi les maîtresses ou les femmes morganatiques de Jacme le Conquérant, Teresa Gil a eu le privilège d'occuper particulièrement les historiens \ Presque tous croient devoir lui donner un rôle dans la vie de ce prince bien avant l'époque où les documents contemporains mentionnent son nom pour la première fois.
C'est, disent-ils, pendant sa jeunesse que le roi s'éprit de la tille de Juan Gil de Yidaure ; mais, nourrie dans des sentiments de sévère piété, Teresa dédaigna les hommages de son royal adorateur. Ce monarque , « si beau qu'il n'avait pas son pareil dans toute la chré* tienté *, n'était pas habitué à de pareilles rigueurs; il jura de vaincre une résistance qui redoublait sa passion.
Un soir, accompagné d'un chevalier, son coafident, il pénètre dans la maison de Juan Gil, s'y cache, et, la nuit venue, se glisse jusqu'à la chambre de Teresa. A l' effroi de la jeune fille répondent des protestations de tendresse qui sont repoussées avec indignation; Jacme se voit déjà contraint de reculer, lorsquè, dans ce moment où la violence de ses désirs et l'humiliation de sa défaite se disputent son cœur, il prononce le mot de mariage. Sortie de la bouche d'un roi, cette parole magique doit triompher de tous les obstacles , mais en*
* Voyez, entre autres, Zurita, Miedes, Ludo Marineo Starto , Diago, Mariana, Ferreras, Raynaldi.