‹ Jacme I, le conquérant, roi d'après les chroniques et les documents inéditsChapitre 98 sur 183 · CONQUÊTE DU ROYAUME DE VUBC1E · texte numérisé non relu

CONQUÊTE DU ROYAUME DE VUBC1E

an grand nombre firent défaut, Jacme, dorant l'automne de l'année 1265, s'avança dans le royaume de Murcie, où devaient se concentrer ses opérations, tandis que les Castillans tiendraient téte aux Maures de l'Andalousie et du royaume de Grenade *.

Les premiers succès du Conquistador dans sa nouvelle expédition furent purement pacifiques : Villena, Elda, Petrer, Nompot, Elche, Crivillente, en un mot toutes les places situées entre Villena, Alicante et Orihuela se rendirent sans coup férir après quelques négociations habilement conduites par Jacme lui-même.

— ■ A tous ceux qui ont voulu vivre en paix avec nous,

sans doute la donation à litre A'honor selon le fuero d'Aragon, faite le 28 octobre 4265 à Ramon de Roquefeuil, de la somme de deux mille sols melgoriens à percevoir sur les revenus de Montpellier. ( Archives d'Aragon, Reg. XIII, f» 281.) Ce Ramon de Roquefeuil est probablement le deuxième fils de Guillem. C'est de ce Ramon qu'est issue la branche des comtes de Peralada, en Espagne, éteinte en 1712.

* Si l'on en croyait les historiens arabes d'après lesquels Conde a rédigé la partie de son livre où ces événements sont mentionnés , « le roi Gacum (corruption du calalan Jacme), que d'autres appellent Gaymis (Jayme), prétendait faire la conquête de Murcie pour son propre compte, tandis que le roi Alfonse dirait que cette terre était sa première conquête .et voulait en faire roi son frère don Manuel qu'il aimait beaucoup. Cette rivalité les troublant dans l'exécution de leurs desseins, les deux rois résolurent de marier don Manuel avec la fille de Gacum La reine lolanl, femme d'Alfonse, était fille de Gacum et sœur de celle qu'on voulait faire reine de Murcie. lolant était vaine et envieuse et moins belle que sa sœur, et elle se sentit blessée dans sou âme quand elle apprit que celte conquête servirait à donner une couronne à celle qu'elle abhorrait ; aussi r^épargna-tellerien pour l'empêcher. » (Conde, H istoria de la domination de los Arabes en Espatia, Part. IV, cap. vin.) — Ce récit n'est autre chose, on le voit, que l'écho des bruits sans fondements qui durent circuler dans la population musulmane à la nouvelle de l'expédition entreprise par le roi d'Aragon contre les Sarrasins de Murcie.

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disait-il par exemple aux Sarrasins d'Elehe* ooùs avons accordé merci et maintenu ce que nous avions promis, a moins qu'ils ne l'aient perdu par leur faute. Or il faut que tous sachiez que ceux qui se soulèveront oontre nous, refusant notre merci, seront vaincus et passés au fil dè l'épée; mais à Ceux qui se soumettront à notre merci, nous la leur octroierons de telle manière qu'ils pourront vivre dans leurs maisons et posséder leurs biens selon leur loi. Nous ferons que le roi de Castille et don Manuel respectent les conventions conclues avec eux , ainsi que leurs coutumes, conformément aux traités, et, s'ils y ont manqué, nous obtiendrons qu'ils vous en fassent satisfaction. » Puis, prenant à part l'un des chefs, il loi promit de le faire nommer gouverneur de la ville et lui glissa trois cents besants dans la manche de sa robe* Le lendemain, la ville était rentrée dans l'obéissance V

Avant de mettre le siège devant Murcie, Jacine eut une entrevue avec son gendre Àlfonse X dans la petite ville d'Alcoraz. A cette occasion, le roi d'Aragon fait remarquer avec Complaisance que plus de trois cèdts Chevaliers et de deux cents almogavares marchaient 4 sa suite, — « sans compter, ajoute-t-il, que nous aurions pu amener en outre trois cents chevaliers que nous avions laissés à Orihucla », — tandis que l'escorte d'Alfonse iê composait à peine de soixante hommes à cheval. La reine de Castille et ses enfants se trouvèrent à cette eût revue, Où Jacme parut ayant à ses côtés, comme une épôuW légitime, l'infante Berenguela Alfonso.

Les cours de Castille et d'Aragon séjournèrent uni semaine à Alcoraz; lé 21 décembre, Jacme retint I Ôrihueta, d'où il partit le 2 janvier suivant, à la tété dé

t chron. de /acme, clutp. cCtix.

son armée , pour aller assiéger la capitale do royaume qu'il avait entrepris d'arracher aux Sarrasins.

Le siège de Murcie ne fut guère qu'un blocus4. On n'employa ni tranchées, ni mines, ni machines de guerre pour détraire les remparts; on se borna à couper les communications des assiégés avec le dehors et 4. ravager la campagne , afin de prendre la place par la famine. Pendant ce temps, le roi traitait secrètement avec les habitants par l'intermédiaire de son trucheman La Ejea , du juif en Astrug de Bonsenyor , son secrétaire pour la langue arabe, et d'un chevalier de Murviedro, Domingo Lopez, qui parlait la môme langue.

Après plusieurs entrevues du roi avec Yalwachr ou alguacil, chef de la population de Murcie, il fut cou* venu que la ville se rendrait à la condition d'un entier pardon et du maintien des franchises dont elle jouissait avant sa révolte. L'alcayde qui commandait la garnison pour l'émir de Grenade fut chassé par les habitants, et bientôt le Conquistador put contempler avec une pieuse émotion son royal étendard flottant sur l'Alcaaar de Murcie (février 4266).

Le traité conclu avec l'alguacil portait que la ville serait divisée en deux parts , l'une pour les chrétiens , l'autre pour les musulmans ; mais ce partage ne put s'opérer sans de vifs débats. La grande mosquée fut surtout un sujet de longues contestations que le roi trancha en faveur des chrétiens.

* Lorsque tes cbfétiens arriverez devant Murcie, l'un des aàalids chargés de marquer le campement, plaça la lente du roi à une portée de balUe de la ville. — « Adalid, lui dit Jacme, sottement tu nous a logé, mais puisque ainsi tu as fait, sache bien que nous resteront ici ou il nous en coulera cher. » (Chronique de Jacme , chap. cclxiv.)

— « Votre mosquée, dit-il aux Maures, est à la porte del'Alcazar,et,quand je dormirai, je ne veux pas entendre

crier à ma tête : Allah lo sabba o Allah D'ailleurs

il tous en reste dix autres où vous pouvez faire vos oraisons , et il est bien juste que nous ayons au moins une église. »

Jacme avait une dévotion particulière pour la mère de Dieu , et à Murcie , comme dans toutes les villes où il ramenait la croix triomphante, il voulut que la première église fut dédiée à la Vierge. Les riches tentures et les objets précieux de la chapelle royale servirent au nouveau sanctuaire, qui fut consacré en grande pompe par l'évêque de Barcelone , Arnau de Gurb, assisté de Tévéque de Carthagène.

Pendant que les prêtres, « revêtus de chapes de velours et de drap d'or, portant la croix haute et l'image de Notre- Dame entraient processionnellement dans l'ancienne mosquée, où retentissaient pour la première fois les belles prières du culte catholique , « nous fûmes pénétré, écrit le roi , d'une telle dévotion pour la grâce et merci que Dieu nous avait octroyée, à la prière de sa benoîte Mère , que , embrassant l'autel , nous fondîmes en larmes et restâmes plus d'un quart d'heure sans pouvoir nous arracher de là ni contenir nos pleurs. Et il n'y a pas à s'étonner qu'il en fût ainsi, car jamais nous n'étions passé près de Murcie sans prier sainte Marie de nous permettre d'y voir son saint nom adoré , et, par son intercession, son bien-aimé fils avait voulu accomplir notre volonté V»

Les chrétiens étaient maîtres de la capitale et de vingthuit autres villes ou châteaux du royaume de Murcie. Jacme voulait pousser plus avant sa conquête et marcher

1 Chron. de Jacme, chap. cclxix.

les iktants pierre et jacmb 365

sur Almeria, mais les barons refusèrent de le suivre dans une expédition qui leur semblait pleine de périls. Le Conquistador dut rentrer dans ses États, après avoir loyalement remis à un rico home de Castille le commandement des troupes qu'il laissait à Murcie en attendant l'arrivée d'une garnison castillane.

Une grande part dans les succès que nous venons de raconter revient à la bravoure des infants aragonais , Pierre et Jacme Un jour, au début de cette guerre, et au moment où l'on se croyait sur le point de livrer bataille , le roi avait dit aux princes ses fils, en présence de toute l'armée : « Mes enfants, vous savez de quelle race vous sortez et quel est votre père ; comportez-vous donc dans ce fait d'armes de manière à ce que tout homme au monde puisse dire ce que vous valez et de qui vous descendez; sinon, j'en jure Dieu, je vous déshérite de tout ce que je vous ai donné1. » Cette valeureuse exhortation avait porté ses fruits.

1 Voy., pour les détails de la conquête de Murcie, Chronique de Jacme, ctaap. cclv à cclxxiii ; Chronique do Ramon Munlaner , chap. xii à xvh ; Chronique de Bernât d'Esclot, chap. lxv. — Les principaux seigneurs qui prirent parla cette expédition furent, outre les deux infants Pierre et Jacme : Pedro Fernandez de Hijar, fils naturel du roi ; le maître de Tordre d'Uclès ou de Saint-Jacques; Gûillem et Ramon de Roquefeuil ; les Catalans Ramon Folch, vicomte de Cardona ; Ramon de Moncada, Bernât de Vilanova, Hugues de Malavespa, maître des hospitaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem; Pierre de Querall, lieutenant du maître du Temple; Arnau de Gurb, évêque de Barcelone ; Hugues, comte d'Ampurias; Joffre, vicomte de Rocaberli ; Carroz, seigneur de Rebolledo ; Bernat-Arnau de Anglesola et Galcerjin de Pinos ; les Aragonais Blasco de AJagon, Artal de Luna et Ximeno de Urrea; les Castillans don Manuel, frère d'Alfonse X, Alonzo Garcia et Pedro de Guzman. On voit qu'ici encore les Catalans étaient les plus nombreux.

3 Chron. de Jacme, chap. cclx.

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En qualité d'aîné, l'infant Pierre recueillit la pins belle pari de gloire: • Soyez assurés,ditMuntaner, qu'il ne naquit janais flls de roi qni fut plus brave, plnscourageui, pins beau, plus sage ni plus adroit de tous ses membres. Aussi peut-on dire de lui qu'il n'est ni ange ni diable, mais homme parfait. Et e'est avec raison qu'on lai applique ce vieux proverbe , puisqu'il est réellement un homme accompli en toutes grâces \ • Si les éloges du chroniqueur à l'adresse de celui qui devint le roi Pierre le Grand peuvent être suspects de flatterie, il n'en saurait être de même des félicitations de Clément IV. Le Pape écrivit à la fois à l'infant Pierre et au roi Jacme *; mais le père tles fidèles ne put s'empêcher de joindre auï louanges des conseils salutaires pour le Conquistador, • vainqueur des rois , qui se laissait subjuguer par une femme. »

• Considérez, nous vous en prions , disait Clément IV, qu'il se fait tard et que le jour décline pour vous. Vous courez, comme les autres , à cette fin inévitable que le Seigneur a marquée d'avance à toute créature charnelle. Il ne vous convient pas de souiller les derniers tempe de votre vie, car, si une fin sans tache ne la rehausse, vous ne pourrez être admis dans ce royaume où il n'entrera

riea d'impur. . . . Éloignez de vous cette adultère

Renoncez à cette misérable .... » Ces paroles furent sans effet sur l'âme du vieux monarque , plus attaché que jamais à cette femme que son illustre origine ne protégeait pas contre Y implacable sévérité du pontife de , Rome.

* Chron. de Ramoa lluntaner, chap. xv, traduction de 11. Buchoo.

1 Voy. Martène et Durand, Thésaurus novus anecdoturum . t. II, col. 210 et 211 ; Rayoaldi, Annales eccles.t ad ana., 1265 , o* 36, et 1266, 25 et 26.

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