CHAPITRE DEUXIEME
mande de six statues pour la Loggia di Mercanzia et d’une autre pour la chapelle de la Place, 4 Sienne’. En 1435, on le nomme fabricien du Déme de Sienne, trés haute charge rapportant honneur et argent, qui donnait en quelque sorte la direction générale des travaux artistiques de la ville.
Il part cependant presque aussit6t pour Bologne, obtient qu’on retarde la date de la cérémonie ou on devait le créer chevalier, ainsi que le requéraient ses nouvelles fonctions; et il faut des lettres pressantes de la Seigneurie pour qu'il se décide a venir prendre les insignes de sa nouvelle dignité : Jacopo n’était pas vaniteux et ses bas-reliefs de San Petronio lui importaient plus qu’un titre. On le traite désormais avec toutes les marques extérieures du respect. Cela n’empéche point cependant que les fabriciens de San Petronio ne lui procurent de graves ennuis. Un jour, en 1436, il quitte brusquement Bologne et se retire 4 Parme. « La vérité, écrivait-il alors, est que je suis parti de Bologne non pas pour partir ni fuir le devoir et la raison, mais pour étre libre et non pas pris; parce que l’homme pris n’est ni écouté, ni entendu. » Puis les choses s’arrangérent, mais c'est de Sienne quon commence alors a réclamer; on trouvait que le magnifico operaio s'absentait trop souvent. Le 20 octobre 1438, la mort aplanit toutes ces diffhcultés. La porte n’était pas terminée, non plus qu'un tombeau de marbre commencé pour les Varii. Son frére Priamo, le peintre, et sa sceur Elisabeth furent ses héritiers; il avait fait quelques legs a ses aides de Bologne et de Sienne, sans oublier les manceuvres qui recurent chacun trois florins pour s’acheter des manteaux.
Des documents que nous venons d’analyser, il serait teéméraire de tirer des conclusions sur le caractére de Jacopo della Quercia. Sa production n’est pas considérable : quelques ceuvres compor-
1. Ces statues ne furent pas exécutées par Jacopo della Quercia.
tant un petit nombre de figures et deux seuls monuments formant un ensemble important, la Fontegaia et la porte de San Petronio. Cependant, les commandes ne lui manquérent point, surtout dans la seconde partie de sa carriére. Mais il est impossible de preciser sil travaillait peu ou sil travaillait lentement. On ne connait aucune des circonstances de sa vie privée. On ignore les causes véritables de tous les voyages qu'il entreprit. On ne peut point juger de quel cété sont les torts dans les différends parfois si aigus qu'il eut avec la seigneurie de Sienne et la fabrique de San Petronio. Les retards qu'il apportait a tenir ses engagements avaientils des motifs défendables? Cela parait douteux, sans quoi les lettres qu’on lui adressait n’auraient point eu un ton aussi comminatoire. Mais ce serait temps perdu que tenter de percer tous ces mystéres et ce qu’on pourrait dire serait du domaine de la pure hypothése, voire méme du roman.
Ce sont les ceuvres qu'il faut interroger; elles traduisent des idées d’art mais elles expriment aussi les sentiments profonds de celui qui les a concgues, sa tendresse voluptueuse, sa violence passionnée, a quoi s ajoute une mélancolie qui grandit avec les années et devient une sorte de sombre désenchantement. La pensée de Jacopo della Quercia a toujours été un peu sévére. Eclairée d’un jeune sourire a l’époque de la Gaie Fontaine, elle est presque tragique au temps de la porte de San Petronio. Elle est revétue d’une forme si belle qu’on en oublie parfois ]’amertume : la joie italienne de vivre a versé sa magie sur le pessimisme de Jacopo.
T AMM Pan ] WW sn saponin a