‹ Jacopo Della QuerciaChapitre 12 sur 49 · LES GUVRES LE TOMBEAU D’ILARIA DEL CARRETTO ET LA VIERGE DE FERRARE · texte numérisé non relu

LES GUVRES LE TOMBEAU D’ILARIA DEL CARRETTO ET LA VIERGE DE FERRARE

=] ES nombreux documents amassés par l’érudition ont ‘| permis de dater les ceuvres principales du grand sculpteur siennois. Pour leur style, on peut les diviser en trois groupes qui se distinguent assez nettement.

Le premier comprend le tombeau d’Ilaria del Carretto (1406) et la Verge de Ferrare (1408). Jacopo n’est pas encore entiérement maitre de ses moyens techniques. Au second groupe, appartiennent l’autel Trenta (1413-1416 et 1422), les autres travaux de Lucques et la Fontegaia (1412-1419). Le dernier groupe comprend les grands chefs-d'ceuvre, la porte de San Petronio (1425-1438) et les fonts de San Giovanni (1430),

ou s'affirment son incomparable maitrise, la profondeur et la force

as JACOPO DELLA QUERCIA

de son esprit. A cette période se rattachent des morceaux moins importants, les bas-reliefs du Museo civico de Bologne, le tombeau commencé pour les Variiet qui fut acheté par les Bentivoglio pour en faire la sépulture de Gian Galeazzo, enfin la Vierge du Louvre.

Le tombeau d’Ilaria del Carretto, la plus ancienne des ceuvres de Jacopo qui nous soient parvenues est aussi une des plus expressives'. La jeune morte est étendue sur un sarcophage de marbre; les pieds, couverts par la robe, sont appuyés sur un petit chien qui tourne vers sa maitresse un regard fidéle; les mains sont crois¢es sur le ventre; la téte entourée d’une sorte de bourrelet orné de fleurs, repose sur des coussins. Des anges nus portant une lourde guirlande sont sculptés sur les deux faces du sarcophage, tandis que la face antérieure est décorée d’une croix de feuillage, et la face postérieure, d’un écusson écartelé aux armes des Guinigi et des Carretto’.

La statue d’Ilaria est d’une grace touchante. Jacopo est parvenu a faire dire A son marbre la tristesse qui serre le coeur quand on voit s’éteindre une femme jeune, belle et heureuse. Les mains, d’un dessin si pur, les seins petits et fermes qui font gonfler l’étoffe et que touche presque une ceinture, sont des morceaux exquis; les plis de la robe qui vont de la taille aux pieds ont une ampleur sereine, une ligne d'une beauté pleine et grave qui annonce déja les grands chefs-d’ceuvre du maitre. Et l'immobilité de la mort, que Jacopo a su donner au corps gisant d’Ilaria, devient plus tragique encore par le contraste des anges du sarcophage aux chairs

1. Au Déme de Lucques, vers 1406. Voir Salvator Bongi, Paolo Guinigie le sue richezzse.

2. Les vicissitudes du monument qui fut enlevé du Déme lors de la chute de Paolo Guinigi, ont été racontées par Ridolfi, op. cit. Les morceaux en furent dispersés en 1430; le monument fut reconstitué au xvi‘ siécle déja, A cause de sa beauté, mais il en manquait quelques parties qui furent peu a peu retrouvées; la face postérieure du sarcophage portant les armes des Guinigi et des Carretto fut découverte au commencement de 1913, au musée de Lucques, ot l’on ignorait sa provenance; elle fut aussitét remise a sa place par les soins du service des Beaux-Arts.

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