CHAPITRE IV
LES CGEUVRES.
LES TRAVAUX DE LUCQUES ET LA FONTEGAIA UATRE ans aprés avoir livré la Vierge de Ferrare, en 1412, Jacopo della Quercia commengait la Fontegaia. Il convient, avant d’en entreprendre l'étude, d’examiner les ceuvres qu'il exécuta a Lucques pour les Trenta, en 1413 et en 1416, et
qui furent terminges un peu plus té6t que la fontaine de Sienne. rey
L’autel de San Frediano de Lucques se compose de cing figures en bas-relief, hautes chacune d’un métre environ et placées dans des niches de style gothique, dont quatre des gables sont surmontés de bustes de prophétes. La Vierge et (Enfant occupent la niche centrale; a gauche, sont vainte Lucie et saint Laurent; a droite, yaink Jéréme et saint Sigismond. Cette ceuvre date sans doute de
1413 A 1416, années pendant lesquelles nous savons que Jacopo séjourna a Lucques’.
L’artiste continue a se chercher. I] semble qu'il ait sculpté les figures dont cet autel est orné par réaction contre sa Vierge de Ferrare, qui lui aurait paru trop lourde et trop peu vivante. Mais il procéde avec quelque exagération dans la nouvelle direction suivie. Je préfére de beaucoup, pour mon compte, les grands partis pris de la Vierge de Ferrare, auxquels, d’ailleurs, Jacopo s’empressera de revenir. Du moins, dans cet effort, il apprit a n’aimer que le simple et le vrai. Dans ses ceuvres postérieures, il reprendra les lignes amples, souples et variées du tombeau d 'Tlaria, mais avec une connaissance de son métier incomparablement plus compléte. Le modelé des nus s'est amélioré; il reste général en devenant plus pénétrant et plus mouvementé. Sous les étoffes, les corps sont élégants et agiles; on sent que, désormais, Jacopo pourra les faire servir 4 toutes ses exigences. L’autel de San Frediano n'est cependant pas une de ses meilleures ceuvres; c est un échelon dans la carriére de l’artiste et, A ce point de vue, elle intéresse le critique; mais ses qualités ne sont point de celles qui séduisent, et comme expression de la vie, elle est secondaire. Des visages graves, mélancoliques, d'une beauté presque classique, des étres qu'on devine passionnés et d’une force contenue, voila tout ce que l’on peut découvrir dans les statues de San Frediano. C’est beaucoup déja et c’est une indication sans doute sur le caractére de Jacopo, mais elle est fugitive et bien peu marquée, et l’on est en droit de demander davantage au grand sculpteur siennois.
De méme, les pierres tombales de Lorenzo Trenta et de sa
1. La date de 1422 inscrite sur le monument ne peut se rapporter qu’aux petits bas-reliefs sculptés sur le gradin et dont nous parlerons plus loin. La critique est unanime a accepter cette chronologie proposée par Cornélius; il est évident, pour des raisons de style, que les bas-reliefs de la Vierge et des Saints sont antérieurs aux sculptures de la Fontegaia.