‹ Jacopo Della QuerciaChapitre 25 sur 49 · CHAPITRE CINQUIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIEME

séduction féminine. Son joli corps est plus langoureux encore. Et Adam ne sait point résister. I] comprend, lui, la grandeur de la faute, mais il contemple Eve de ses yeux grands ouverts; et il n'a plus de force.

Et cest l Expulsion du Paradis. L’ange, d’un geste brutal, pousse hors de la porte les coupables. Adam léve un bras pour se défendre des coups; il est accablé et honteux; mais il prend sur lui tout le poids de la faute et il cherche a protéger Eve qui s’enfuit apeurée, lame légere.

Crest enfin le Travail 0’ddam. Le visage sombre, Adam, d’un rude effort, béche la terre. Debout devant lui, Eve le regarde en filant; la vie continue a lui étre facile. Cependant Abel et Cain, enfants, se pressent contre sa jambe nue. De la maternité, Jacopo della Quercia, avec un peu d'injustice, n’a voulu montrer que la douceur.

Peut-étre trouvera-t-on que les idées du maitre siennois ne sont pas trés originales. Elles ne nous apprennent en vérité rien de nouveau. Ce n’est point d’ailleurs ce que l’on doit demander aun artiste. Les Italiens dela Renaissance n’auraient jamais commis l’erreur de faire de la peinture ou de la sculpture littéraires. D’instinct ils ont compris qu‘ils n’avaient point un réle de penseurs; ils s adressent 4 nos sentiments par des émotions visuelles et leur domaine est limité. Les uns n’aspirent qu’a rendre leur vision du monde extérieure, dans sa réalité exacte, ou embellie et stylisée. D’autres — ce sont les plus grands — ont réfléchi sur toute chose; ils ont une conception qui leur est propre; rien de l’activité humaine ne leur est étranger. Et cette vie intérieure, faite de sentiments, de passion, d’expériences, de pensée, déborde dans leur ceuvre, ]’anime, la magnifie, sans méme qu ils aient songé 4 l’enrichir des trésors amassés dans le secret de leur intelligence et de leur cceur. Ils sont hommes autant quils sont artistes. C’est

A cette catégorie des vrais créateurs qu’appartient Jacopo della Quercia.

Les sujets que le sculpteur siennois a traités 4 Bologne ont été abordés avant et aprés lui par un bien grand nombre de maitres italiens ou étrangers. Aucun ne sy est exprimé sous une forme aussi claire et aussi ardente, avec autant de sincérité, de puissance et d’accent, avec autant de beauté et de force. On a souvent compare les bas-reliefs de San Petronio 4 ceux du campanile du Déme, a Florence, par Giotto et Andrea Pisano, et l’on s’est méme demandé si Jacopo ne s’en était pas inspiré. Ce sont des ceuvres assez médiocres et proclamer la supériorité de Jacopo serait lui faire un succés trop facile. Mais prenons la porte de San Giovanni ou Ghiberti sculpta, dans un méme compartiment, toute l'histoire d’Adam : il n’y a mis que de la grace florentine. Et voyons méme le plafond de la Sixtine : on pourrait presque dire qu’avec un métier infiniment plus complet, Michel-Ange n’a peint que de beaux corps nus. Je ne veux point, en aucune maniére, affirmer que Jacopo soit plus grand que le peintre du Jugement dernier, le sculpteur du Moise, des tombeaux des Médicis et de tant d’autres chefs-d’ceuvre. Mais montrer qu’en un cas au moins il l’a dépassé, cest dire le rang magnifique qu'il s’est conquis dans l'art italien, voire méme dans |’art du monde entier. -

Il faut examiner encore, avant d’en avoir fini avec la porte de San Petronio, les trois statues en ronde-bosse de la lunette. Saint Pétrone, portant dans ses bras la ville de Bologne, est une figure d'une rare puissance, magnifiquement drapée, aux lignes amples et graves. Saint Ambroiwe participe de mérites identiques; l’ceuvre, nous l’avons vu, fut terminée par Domenico Aimo; elle devait étre cependant fort avancée; on y retrouve les formes propres a Jacopo, le méme mouvement et la méme expression; Aimo sut lui conserver son caractére; c est dans le détail seul que se révéle son

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