CHAPITRE CINQUIEME
travail. Dans la figure de saint Pétrone, par exemple, Jacopo se contente d’indiquer les paupiéres par une aréte brusque qui fait épaisseur sur le globe de l’ceil; il marque les pattes d’oie par de simples sillons; la barbe est rendue par grandes méches; en un mot, le maitre a le faire large et synthétique que nous lui connaissons. Aimo creuse les paupiéres de saint Ambroise, dessine les rides avec plus de soin, fouille davantage le marbre. C’est une intéressante étude de style que de comparer les tétes des deux saints évéques; les masses sont semblables; le métier seul différe. Et il faut étre reconnaissant au sculpteur cinquécentiste de n’avoir pas trahi son devancier'.
La statue de /a Verge est un des chefs-d’ceuvre de Jacopo. Les formes gréles et un peu gauches d’Acca Laurentia et de Rhea Sylvia ont fait place 4 une grandeur aisée d’une incroyable majesté. On devine, sous la draperie aux beaux plis lourds un corps puissant et souple, de proportions parfaites. Le modelé, trés large, ne visant qu’a indiquer les masses, sans recherche des détails anatomiques, sans analyse poussée des plans, parvient cependant a animer le marbre, a lui donner le frisson de la vie : |’Enfant surtout est étonnant de vérité et de mouvement. C’est de l'art complet, en possession de tous ses moyens, ot il ne subsiste aucune trace des formules et des ignorances des primitifs. Et c’est encore une ceuvre de haute expression. La Mére et |’Enfant sont tous deux pensifs, sérieux, un peu sombres; on pressent des étres de volonté et de force, préts & accomplir sans défaillance une rude tache. On ne pense point a des dieux, mais a de nobles créatures humaines, dont la vie morale est puissante et qui ne peuvent rien concevoir qui ne soit grand. L’aile du génie les a effleurés.
1. Il ne m’a pas été possible de faire cette étude d’apres les originaux, a cause de la hauteur ou ils sont placés, prés de treize métres au-dessus du sol. Je me suis servi des excellents moulages exécutés par la maison Lelli, de Florence.
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