CHAPITRE SEPTIEME
sentir, la comprendre, et cette faculté n’est pas accordée A tous les artistes; elle est méme toujours refusée aux artistes secondaires. La facture, chez Ghiberti et Donatello, eut une importance telle que leurs imitateurs directs y purent trouver des éléments suffsants pour alimenter et vivifier leur production; ils pouvaient y apprendre une maniére précise d’observer et de traduire le vrai, un métier proprement dit. Un éléve formé a l’école donatellienne peut devenir un excellent sculpteur, tandis que le faire large et général de Jacopo della Quercia est un exemple dangereux pour un talent médiocre; la synthése n’est accessible qu’A ceux dont les yeux sont assez aigus et la main assez sire pour la faire dériver de l’analyse. Enfin, les disciples de Jacopo gardérent de leur maitre le got de la grandeur et de la force, sans savoir que ces qualités ne s‘imitent point et doivent exister dans ]’Ame méme du créateur pour que les ceuvres soient vraiment grandes et fortes.
Cependant, les conditions artistiques étaient si favorables au Quattrocento, qu’en dépit de ces inconvénients, la production des petits maitres dépendant de Jacopo della Quercia compte des pieces d’unindiscutable intérét et souvent méme d'une réelle beaute, parmi lesquelles il faut citer a Sienne la Verge et quatre saints de l’église de San Martino, statuettes de bois doré d’un charme inexprimable, dont l’auteur est resté inconnu, le vaint Nicolas de Monnagnese, |’ Annonciation du Santuccio, la Vierge de la Tartuca.
Turino di Sano et Giovanni di Turino, son fils, orfévres et sculpteurs, sont des artistes sur lesquels il ne convient guére de s'arréter. Nous savons qu ils exécutérent deux des bas-reliefs des fonts de San Giovanni et trois des statuettes de la vasque, ou le voisinage de Ghiberti, Donatello et Jacopo fait cruellement sentir leur infériorité. Le bas-relief représentant vaint Paul et les quatre Evangélistes, aa Déme de Sienne, est également un morceau fort médiocre.
Antonio Federighi est un artiste d'une bien autre valeur’. « Capomaestro » du Déme d’Orvieto de 1450 4 1456, la plus grande partie de sa vie se passa a Sienne, ou sont encore conservées ses ceuvres principales : les statues de vaint Victor, saint Ansanus et saint Sabin, & la Loggia di Mercanzia, le Moise du Musée de l’ceuvre du Déme, le Bacchus du palais d’Elci, et des travaux décoratifs comme le banc de marbre de la Loggia di Mercanzia et le bénitier du Déme.
Federighi ne possédait peut-étre pas les qualités nécessaires pour donner a de grandes statues un intérét d'art suffisant, et ses trois Saints de la Loggia di Mercanzia, fort bien exécutés, ne retiennent point toutefois longuement l’attention. Ses ceuvres mineures au contraire sont charmantes; elles ne dépassent point ses forces et sont plus personnelles; il y oublie un peu |’exemple de Jacopo et se laisse aller 4 sa fantaisie. Le Bacchus du palais d’Elci, a Sienne, si vivant et si gracieux, taillé dans un marbre blond qui a pris une patine admirable, compte parmi les belles piéces du Quattrocento. Son bénitier du Déme, ot Federighi a mélé des souvenirs de l’antiquité, avec ses quatre démons enchainés, ses guirlandes de fruits, ses amours, ses motifs décoratifs si varies et si riches, fait une figure étrangement paienne dans ce temple chrétien; la Renaissance s’y épanouit avec une fraicheur juvénile et une puissance d’invention qui n’ont en vérité rien de commun avec la beauté sévére de Jacopo, trop haute pour ce charmant genie. Aventure commune 4a bien d’autres que lui, c'est quand Federighi ne vise point au grand art qu'il crée ses ceuvres les meilleures!
Neroccio di Bartolommeo Landi est le dernier en date des sculp-
1. Voir sur cet artiste : Schmarsow, Antonio Federighi dé’ Tolomei, ein sienischer Bildbauer der Quattrocento, dans Repertorium fiir Kunstw., XII, 1889; Schubring, Die Plastik Sienas in Quattrocento, Berlin, 1907.