‹ Jacopo Della QuerciaChapitre 33 sur 49 · CHAPITRE SEPTIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIEME

teurs siennois qui dépendent de Jacopo. II nait en 1447 et meurt en 1500. C’est un peintre exquis. A la fin du xv’ siécle, il a gardé une facture gréle, plate, archaique, primitive en un mot, mais d'une préciosité de sentiment, d’un raffinement qui l’apparentent a Botticelli. Par un étrange phénoméne, ses sculptures sont d’un caractere si entierement différent qu’on ne les croirait point du méme artiste si des documents ne les authentifiaient avec certitude. On posséde de lui le tombeau de l’évéqgue Tommaso Testa Piccolomint, au Déme de Sienne, exécuté en 1485, et deux statues de gainte Catherine, lune, en bois, a l’oratoire de Fontebranda (1470) et l'autre, de marbre, au Déme (1487).

Le monument de Tommaso Testa Piccolomini rappelle |’élégance florentine. La statue gisante se détache sur des panneaux de marbre encadrés de pilastres qui supportent un entablement orné de motifs décoratifs. L’ceuvre, sans étre trés caractéristique, a beaucoup de charme. Dans la statue de marbre de sainte Catherine, Neroccio s'est visiblement souvenu de la noble ampleur de Jacopo, de ses draperies aux plis lourds, de sa belle ligne grave et sévére. L’exécution, plus nette, n’a point certes l’élan et la plénitude du maitre. Mais l’ceuvre, dans son ensemble, est fort belle. C’est la derniére ot l’on retrouve 4 Sienne méme I'influence de Jacopo della Quercia. L’art italien avait pris déja une direction nouvelle. Le Marrina, qui fut le meilleur sculpteur siennois du XVI° siécle, n’a plus aucun trait commun avec |’auteur de la Fontegaia et de la porte de San Petronio.

Jacopo eut-il une influence sur Michel-Ange? C’est a cette simple question qu il faut ramener le débat sur les liens qui ont pu exister entre les deux grands maitres toscans, et il est impossible de prétendre que l'un fut l’éleve de l'autre. Jacopo della Quercia et Michel-Ange ont des points de contact évident. I] est certain d’autre part que, quand Michel-Ange, en 1495 et en 1507, séjourna

4 Bologne, il y étudia les ceuvres de Jacopo. Mais s'il ne les avait pas connues, est-il besoin de dire qu'il n’en aurait pas moins suivila méme voie. Jacopo et Michel-Ange ont la méme gravité sombre et parfois tragique, le méme goiit pour le style large et puissant. Mais ce sont 1a de simples similitudes de nature. Peut-on penser que le caractére d’un créateur de supréme génie puisse dépendre d’une rencontre fortuite?

Jacopo et Michel-Ange ont cru l’un et l’autre que l'art nest pas seulement une étude des formes extérieures, mais qu'il doit participer a toutes les grandes pensées humaines et les traduire. Il serait vain de rappeler que cette conception ne leur appartient pas en propre. Giotto, Masaccio n’en avait pas d’autre. Ce n'est pas a Jacopo que Michel-Angeen est redevable mais a ‘instinct profond de sa race. L’examen de la porte de San Petronio a pu hater chez lui la maturité de quelques idées, graver dans sa mémoire quelques motifs dont il s’est un jour servi. Voila sans doute 4 quoi il faut réduire, pour rester dans la vérité, l’influence exercée par le Siennois sur le Florentin et ce n’est pas suffisant pour constituer de l’un 4 l'autre une sorte de filiation artistique. Toutefois, l’honneur est singulier pour Jacopo qu’on ait pu le rapprocher du plus grand génie italien et le placer si haut dans la hiérarchie artistique.

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