‹ Jacopo Della QuerciaChapitre 4 sur 49 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

l'Italie d’alors, ou les Etats étaient en formation, ces principes de gouvernement ne suffisaient point pour assurer une prospérité durable. Au xi° siécle, Florence et Sienne se tenaient sur le méme rang. Mais tandis que Florence ne cessa de grandir, Sienne, qui renon¢ait aux fortes ambitions, resta stationnaire, puis déclina lentement, pour perdre sa liberté au xvi’ siécle, sous les coups de Charles-Quint. A l’époque o4 Brunelleschi préparait 4 Florence une parure nouvelle, Sienne edit été bien embarrassée de reconstruire ses palais : elle n’était plus assez riche. Sa puissance financiére avait diminué en méme temps que sa puissance politique. Les luttes des factions contribuérent 4 cette déchéance. Elles étaient dune violence extréme. Les grandes familles de la noblesse se livraient entre elles des batailles rangées et s’efforgaient en s appuyant sur le petit peuple de reconquérir le pouvoir que les bourgeois leur avaient arraché. Quand, en 1355, le moyen commerce remplacga la haute banque au gouvernement, la situation empira encore. Les émeutes et les révolutions se succédaient sans cesse. Elles étaient suivies de répressions cruelles. En 1385, on expulsa quatre mille artisans. De guerre lasse, en 1395, les Siennois se donnérent 4 Gian Galeazzo Visconti, duc de Milan, et ne reprirent leur indépendance que quelques années plus tard, aprés sa mort. Sienne n était plus désormais qu'un Etat de second ordre. La vie, cependant, y restait animée et brillante. Ces enfants terribles qui s entre-tuaient avec tant de facilité quand ils étaient emportés par la passion, avaient un caractére particulitrement aimable, fait de légéreté, de fantaisie, de tendresse voluptueuse et de grace. Quand l’empereur Sigismond séjourna 4 Sienne, en 1432, on lui offrit des fétes somptueuses dont le souvenir nous a été conservé par |’ Histoire de deux amants, le petit roman exquis du pape Pie II, qui n’était alors que secrétaire impérial. Le malicieux humaniste disait de sa ville qu'elle était la cité de Vénus. Ce trait

compléte la physionomie de la vieille république 4 l’époque ou Jacopo della Quercia y vécut.

Ce lent déclin de Sienne que nous avons constaté dans son histoire politique, n’est pas moins sensible dans le domaine des arts.

On sait quelle fut la fortune de l’école siennoise de peinture au début du xiv’ siécle. Elle rivalisait avec la florentine.

Duccio di Buoninsegna‘ a Sienne, comme Giotto a Florence, crée un art nouveau. Aprés les formules conventionnelles des byzantinisants, il réapprend a regarder la nature. Il est réaliste d’intention, sinon de fait. I] veut peindre ce qu'il voit. Mais ses moyens d’exécution sont insuffisants et ses ignorances techniques sont grandes. I ne connait point les principes du dessin, de l’anatomie, de la perspective; il ne soupgonne pas la science de la couleur. Cela ne l’empéche pas de tenter les taches les plus hautes. On le charge de décorer le maitre-autel de la cathédrale d’un retable ot seraient représentées des scénes de la vie de la Vierge et du Christ. [] en fit une série de récits familiers, ot les paysages sont rudimentaires, les architectures parfois bien étranges, ou la forme humaine est souvent trahie par des maladresses. puériles et une observation superficielle. Mais il a des qualités qui emportent tout : le sens de la composition, le don inné d’expression et de vie. Il fait passer dans son ceuvre tout le charme siennois, un souffle de chaude tendresse, un sentiment religieux ou |’on retrouve des accents que saint Francois aurait aimés. La (aesta — c'est le nom de ce tableau célébre — est un poéme lyrique. I] inaugure la grande tradition italienne qui veut que la peinture ne soit point seulement

1. Louis Gielly, les Primitifs siennois, Paris, Albin Michel, 1926.

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