CHAPITRE PREMIER
un plaisir sensuel des yeux, mais un moyen de traduire les émotions du cceur et les plus hautes pensées.
A ces vertus si rares, Duccio joignait un merveilleux talent de peintre. En dépit de ses ignorances, il sait instinctivement faire chanter les lignes. Ses figurines primitives ont des graces de Tanagra, une élégance noble et touchante, une souplesse aisée, une décision de facture qui révélent le grand maitre. La couleur est splendide, chaude, nuancée, harmonieuse : sur les fonds d’or passé, elle prend l’éclat d’un émail. Duccio n’a pas sans doute des conceptions aussi puissantes que Giotto, son contemporain et son rival, mais il lui est supérieur dans le domaine strictement pictural.
Duccio di Buoninsegna est plus encore qu’un grand maitre; c’est un chef d’école. Il apporta assez d’idées nouvelles pour alimenter |’école siennoise pendant tout un siécle, et il eut d’autre part la bonne fortune de compter parmi ses disciples quelques artistes de premier rang. Simone Martini, Pietro et Ambrogio Lorenzetti marchérent dans la voie glorieuse qu'il avait ouverte en marquant chacun leur passage par des ceuvres belles et fortes, ou leur caractére particulier était nettement exprimé. Ils réalisérent méme sur Duccio des progrés techniques du plus grand intérét. Simone Martini est le peintre de la grace; s'il se laisse parfois aller 4 la miévrerie, on lui pardonne tant il a de finesse et de charme. Pietro Lorenzetti, sombre génie, a mis dans quelquesunes de ses fresques un lyrisme d’une force tragique qu aucun primitif n’a atteinte. Son frére Ambrogio n’eut point d’égal en son temps pour les scénes de réalisme pittoresque, qu'il anime par son
sentiment voluptueux de la composition, de la ligne et de Ja couleur. - Autour de ces chefs, se groupérent un grand nombre de peintres secondaires qui, a cété d’ceuvres médiocres, eurent des réussites exquises. En bref, du début du xiv‘ siécle jusqu’a la peste de 15.48,
Sienne fut un incomparable centre d'art. Ses peintres furent appelés dans I’Italie entiére. Gloire supréme, Florence leur demanda des retables et des décorations murales. La basilique de Saint- Francois d’Assise partagea ses commandes entre les Florentins et les Siennois : les fresques de Simone Martini et de Pietro Lorenzetti voisinent celles de Giotto. Simone Martini fut convie a Naples et c'est lui qu'on chargea de diriger les travaux du Palais des Papes 4 Avignon, ot il mourut.
Puis l’école siennoise s’épuisa dans les redites. Quand, au début du xv° siécle, la Renaissance fit resplendir |’Italie d’un nouvel éclat, Florence prit seule la téte du mouvement. A Masaccio, Andrea del Castagno, Benozzo Gozzoli, Botticelli, Ghirlandajo, fra Angelico, Sienne ne peut opposer que de petits maitres a qui elle n’est pas assez riche pour demander des travaux importants. Ses deux meilleurs peintres, Sassetta et Matteo di Giovanni, quels que soient leurs mérites, viennent bien loin derriére leurs rivaux de Florence et d’Ombrie. Ils ont un charme prenant ot se perpétue la grace siennoise, mais ils manquent de la force d’invention et de pensée qui fait les grands créateurs. Tous les artistes que l'on peut ranger autour de ces deux noms illustres, les Neroccio, Francesco di Giorgio, Sano di Pietro, Giovanni di Paolo, Benvenuto di Giovanni vivent encore de l'héritage sentimental que leur ont légué Duccio et Simone Martini. Ls se sont a peine transformés au large courant de vie qui emportait alors l’Italie vers des destinées nouvelles. Ils forment une école dont nous sommes loin de méconnaitre l’intérét, mais ils restent en marge de la splendide activité qui valut au Quattrocento tant de gloire.
La sculpture, dont nous n’avons pu encore parler, n’était pas dans une situation plus favorable.
C’est A unartiste des Pouilles établien Toscane, Nicolas Pisano, que Sienne commanda, en 1269, son premier monument impor-