CHAPITRE PREMIER
tant, la chaire de la cathédrale. Des bas-reliefs surchargés de figures, des statuettes, des animaux stylisés, une ceuvre exprimant tout le credo artistique d’une époque, avec un sens étonnant du mouvement, de la vie et de la beauté! Quelques années plus tard, en 1284, Giovanni Pisano, le fils de Nicolas, fut appelé pour présider ala construction de la facade du Déme et l’orner de statues. Il resta A Sienne jusqu’en 1296. On sait A quel point les petits Etats italiens du moyen 4ge étaient jaloux de leur gloire municipale. Si les Siennois s’adressérent A des étrangers pour parfaire leur cathédrale, c’est quils ne trouvaient point parmi leurs nationaux des talents suffisants. Tandis que Duccio di Buoninsegna créa pour la peinture un art nettement siennois, les sculpteurs ne firent qu’accepter les idées et les exemples du dehors. Ils étaient relativement nombreux et constituérent une école que l’on a dénommée sienno-pisane.
Chose curieuse, ce n’est pas dans leur patrie qu’ils exercérent leur activité. Hors la chaire et les statues du Déme, les monuments sculptés sont rares a Sienne. Tino di Camaino n’exécuta pour sa ville que le tombeau du cardinal Riccardo Petronio, ceuvre fort belle, mais cependant d’un intérét secondaire. De 1324 4 sa mort, survenue en 1540, Tino vécut a Naples et ne put avoir par conséquent qu'une influence lointaine sur l'art de son pays natal.
Lacritique s accorde presque unanimement aujourd hui a donner au Siennois Lorenzo Maitani les merveilleux bas-reliefs de la cathédrale d’Orvieto, dont il était le capo-maestro. C’est A Orvieto qu'il mourut en 1330, aprés une quinzaine d’années d’ activité, tout entiére employée au bénéfice de cette cité. Lorenzo Maitani parait fort supérieur 4 Tino di Camaino et se met sur le méme rang que ses compatriotes et contemporains Simone Martini, Pietro et Ambrogio Lorenzetti. Mais Sienne ne posséde pas une seule de ces ceuvres ou il sut mettre tant de tendresse, de finesse et de
charme. Goro di Gregorio, Agostino et Agnolo di Ventura, Giovanni di Agostino, Gano di Siena laissérent en Toscane quelques monuments qui intéressent les érudits plus que les artistes. Puis le silence se fit; dans la seconde moitié du xiv’ siécle, on ne reléve pas a Sienne le nom d’un seul sculpteur de quelque talent. Des ateliers cependant subsistaient; ils furent occupés a divers travaux, dont les plus importants furent la Chapelle de la place et l’achévement de la facade du Déme.
L’enfance de Jacopo della Quercias’écoula donc dans une ville qui, apres une période d’éblouissante prospérité, avait connu le déclin. Elle n’avait point obtenu en Toscane l’hégémonie qu'elle avait longtemps recherchée. Ses richesses avaient diminué. Les grands artistes qui l’avaient illustrée au début du xiv’ siecle étaient morts sans laisser des successeurs qui fussent dignes d’eux. L’école trécentiste, peintres et sculpteurs, était épuisée. Sienne restait sans doute un foyer artistique important, o4 un jeune homme trouvait, pour se former, de magnifiques traditions. A Florence cependant, a la méme époque, pour créer un style nouveau, Ghiberti, Donatello, Brunelleschi unissaient leurs efforts qu’allait continuer une seconde génération d artistes ot les talents abondaient. A Sienne, Jacopo della Quercia dépassait de si loin ses contemporains qu'il dut en vérité gravir seul l’Apre route. I] s’expatria, rechercha des commandes 4 Florence, & Lucques, a Ferrare. I] faut noter les difficultés au milieu desquelles son génie s’est épanoui : elles ajoutent a sa gloire.
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