‹ Jacqueline de Bavière; drame en cinq actesChapitre 14 sur 113 · ACTE I, SCENE IV · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE IV

manant dit aussi cela ! et je l'aime d'un amour exalté , d'un amour céleste et inexplicable ! Je répète son nom dans mes courses abandonnées, dans mon sommeil agité, au vent, aux arbres, à tout ce qu'il y a sous le ciel, excepté aux hommes , aux hommes que je fuis et qui me sont indifférens quand ils ne lui sont rien, et que j'abhorre et poursuis jusqu'à la tombe quand ils sont ses persécuteurs !

LE COMTE

Que de malheurs j'entrevois î

L'ÉTRANGER

Tu es effrayé de ma témérité ; pourtant il y a autre chose encore : c'est que j'ai résolu de m'en faire aimer. Oui, retiens bien ceci : je gagnerai son cœur par amour et par dévouement, ou je ploierai son orgueil par nécessité, et, que sais-je ! par violence. Tu n'y peux rien, vois-tu ; tu dois comprendre cela en me regardant dans les yeux ! tu dois voir que ce qu'on appelle raison serait ici méprise , dérision cruelle: si tu ne crois pas cela, va-t'en, nous ne pouvons pas nous comprendre , il n'y a rien entre nous deux , car ton cœur est resté fermé et il ne me reste qu'à oublier que j'ai eu la faiblesse de l'ouvrir le mien !

LE COMTE

Touche là!... — Tu pénétreras à la cour. Quoique la surveillance y soit sévère, dans une heure tu auras dépassé l'enceinte des gardes. — Ecoute ! l'arrivée de Glocester est l'occasion d'un tournoi. Les chevaliers du Cygne dont je suis le commandeur ont résolu d'y assister. Ils arrivent de Flandre, d'Artois, de Clèves et d'autres points éloignés; ne crains donc pas d'être reconnu. L'un des frères est parti cette nuit; son père mourant lui a envoyé un servi-

leur et im cheval; il est parti laissant ses insignes. — Je vais l'en revêtir ! — Jehan !

Entre vn serviteur. Le comte lui parle bas, le serr>iteur sort et rentre portant le manteau ^ le collier et le bâton blanc

des chevaliers du Cijgne.

Écoute encore : tu pourras habiter à la cour sans devoir te nommer ; d'ailleurs , voici un sauf-conduit pour trois jours francs. Pendant trois jours lu échapperas à toute autorité ! — Que le ciel te protège maintenant , que Dieu veille sur nous !

L'ÉTRANGER

Frère, mon bon frère! tu es mon sauveur ! si je réussis, je te devrai plus de reconnaissance de ce service, qu'à ma mère de la vie qu'elle m'a donnée ! !

P^otJ: confuses dans l'hôtellerie.

LE COMTE

Hâtons-nous, j'entends des voix de ce côté ; ce sont les chevaliers, sans doute. Prends ce manteau... Ce signe sur ta poitrine... le bâton blanc des chevaliers. — Ce sont eux !

Les chevaliers du Cygne entrent en sccne. L'ÉTRANGER.

Un rendez-vous !

LE COMTE

Derrière la chapelle de la cour.

L'ÉTRANGER

Ce soir !

LE COMTE

Ce soir.

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