ACTE II, SCENE VII
LE DUC
Eh! mais... personne que moi , je pense, n'aurait besoin d'intervenir ici !
Vous ne l'oseriez pas !
LE uuc.
Peut-être.
Vous!
Moi.
LE DUC
En vérité, monseigneur, je doute si je veille I Est-ce bien vrai , que vous vous êtes traîné de votre lit jusqu'en ma demeure pour m'injurier en face? Est-ce bien vrai, car je ne puis y croire, que vous veuiiliez lutter d'énergie avec une femme outragée ! Cette lutte ne sera pas longue, car moi, Jacqueline de Bavière , je ne vois plus devant moi le prince auquel la volonté de mon père m'a forcée d'unir mon sort. L'époux a fait place à un homme déloyal, qui a vendu mes domaines, et qui s'apprête à me vendre moi-même! Vous ne me comprenez pas , je le vois... Je m'expliquerai mieux I — Celui qui me devait protection et secours a jeté mon patrimoine aux ennemis comme un butin à partager ! il a solennellement engagé mes Etats pour un terme de sept ans ! il a fait de sa femme une proie à livrer avec le reste, et dans le château de Gertrudenberg un cachot est préparé pour la recevoir!!
Le cluCj pendant cette sortie, montre une éiitolion toujours plus vice. A la fin , hors de lui , il se jette dans le fauteuil du la duchesse. — Borselle fait un mouvement derrière la draperie.
64 JACQUELINE DE lU^ 1ERE.
LE DUC
Elle sait tout !
JACQUELINE, continuant.
Il a fait ces honteuses actions , et il vient me narguer pour dernier outrage ! — Vous avez donc cru , monseigneur , que j'étais bien rendue et bien abandonnée!! Vous avez pensé que je baisserais la tête et que je pleurerais devant vous ! Honte ! c'est à vous de fléchir ! car je suis forte et résolue; et vous n'êtes plus un prince à mes yeux, non! vous n'êtes plus un homme ! — Vous souriez... SuppHez , prince, car je vous répète que vos projets me sont connus... Regardez autour de vous, et songez où vous êtes !... Eh bien , est-ce qu'une horreur secrète ne s'élève pas en vous, comme à l'approche d'un événement sinistre? Est-ce que vous ne tremblez pas , quand je vous dis que le bras de mes vengeurs , va , si je fais un signe , vous apprendre quelle est ma puissance ?
LE DUC, regardant autour de lui avec inquiétude .
Auriez-vous aposté quelqu'un ? Votre muet n'est-il point chargé de m'assassiner ?
Il s'élance du fauteuil en criant.
Voyez ce qui .arrive ! je me vengerai horriblement ! JACQUELINE.
Qu'avez-vous donc ?
LE DUC , lentement , et attachant les yeux sur la draperie.
Il m'a semblé... qu'on avait remué celle draperie...
Que pouvez-vous craindre?
LE DUC , de même.
Quelqu'un pourrait bien s y cacher...