‹ Jacqueline de Bavière; drame en cinq actesChapitre 63 sur 113 · ACTE III, SCENE IX · texte numérisé non relu

ACTE III, SCENE IX

rencontré dans tous les événemens importans de ma vie; ami ou ennemi , qui paraissez attaché à moi par une fatalité contre laquelle je ne puis rien ! Je le veux ! ! qui êtes vous?

BORSELLE.

Qui je suis ? — J'ai souvent songé à ce que je répondrais, lorsque je serais parvenu à vous intéresser assez pour que vous eussiez besoin de savoir qui je suis ! J'ai souvent reculé devant la vérité , car il y a du danger pour moi à la dire. Plus d'une fois, j'ai préparé des récits avantageux qui vous eussent séduite, sans doute.... Maintenant quel que soit le sort que vous réserviez à ma franchise, vous saurez la vérité, — Qui je suis , madame ! — le descendant d'une famille qui a toujours été fatale à la vôtre, dont les générations se sont transmis la haine envers leur souverain comme une obligation héréditaire... — le fils de rioris de Borselle î

Borselle!.... Loin de moi !

Elle se jette dans son fauteuil et se détourne de lui. BORSELLE.

On vous a fait maudire ce nom , comme on m'a appris à blasphémer le vôtre.... Ce nom de Borselle était j'épouvantail dont on réprimait vos joies d'enfant... Vous le prononciez en tremblant, la nuit dans vos rêves... ou quand, songeant à l'avenir , de funestes pressentimens glaçaient tout à coup le sang dans vos veines ! — Mais moi , moi qui suis là, je n'ai pas mérité cette réprobation... Ce ne peut pas être moi , car tout à l'heure encore j'osais toucher votre main, et vous ne tressailliez pas comme à la piqûre d'un serpent! Avouez-le. si j'avais dit un nom qui ne fût

lOf» JACQUELINE DE BAVIERE.

pas le mien, la confiance eût souri à notre entretien et vous eût peut-être rapprochée de moi... — Maintenant vous me punissez d'avoir cru que la justice et la grandeur d'ame parleraient en vous plus haut que la faiblesse et que le ressentiment.

JACQUELINE , après un moment d'hésitation, dit d'une voix solenricUe ,

Revenez , car je veux vous entendre : revenez , si vous êtes dévoué ! C'est un moment suprême, c'est l'heure des révélations !

BORSELLE , revient avec bonheur s'appuyer sur le dossier du fauteuil.

Oui ! je veux tout vous dire ! je veux que vous voyiez en moi tout ce que je puis y voir moi-même •' — Je venais d'avoir vingt ans, quand vous fûtes reconnue comtesse souveraine. J'avais médité de hardis projets contre votre père qui était un guerrier fort et brave; mais quand je n'eus plus pour ennemi qu'une femme, que je croyais faible comme toutes les femmes, ma haine me parut toute couverte de confusion, et je ressentis contre vous plus de dépit que de colère. — Au défaut du crime, disais -je, j'aurai recours à la persécution: j'empoisonnerai sa vie; je serai pour elle un tourment opiniâtre , une inquiétude vigilante.... comme le remords ! — Un jour , j'appris que ma proie m'échappait, et que vous épousiez le duc de Brabanl ! — Mon dessein fut arrêté ; je résolus de vous enlever fût-ce du pied de l'autel : j'en fis le serment devant une image du Christ , et je partis. — Vous le savez , si mon entreprise échoua, ce n'est point parce que mes mesures étaient mal prises, mais parce que, ce jour-là, vous m'apparûtes , non telle que vous dépeignait le monde , mais telle que Dieu vous a faite, sublime d'exaltation, et forte du plus puissant regard qui ait été donné pour interprète

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