ACTE III, SCEiNE IX
amour !... ah ! si j'en crois la joie de mon ame, je suis plus près du bonheur , car je vous ai surprise dans l'abattement, lorsque vous aviez brisé toutes vos défenses.... — Maintenant vous êtes redevenue femme, une femme bonne et généreuse !
JACQUELINE , avec énergie ; elle se lève '.
Tu te trompes, Borselle! Je suis encore souveraine!
Mettant la main sur son cœur.
Je sens bouillonner là le sang de mes pères ! Toi, qui n'as reculé devant aucun obstacle; loi, que n'ont arrêté ni les épreuves du temps, ni les fatigues d'une vie de fugitif, ni la douleur de ton père, ni le crime, ni mon mépris! toi, je t'appelle à moi; et je t'offre le partage de ma destinée!
BORSELLE , transporté.
Ah!!
Mais, songes-y bien ! ma destinée, Borselle, n'est pas celle de toutes les femmes , ni de toutes les souveraines ! — Vois où je suis réduite... Seule avec toi, au milieu d'une population avide de mon sang! faible femme, quand la mort la menace de toutes parts, qui se montre exigeante envers le ciel , et demande , non pas seulement la vie sauve , mais la ruine de ses ennemis, mais le triomphe de son ambition plus vaste qu'elle ne fut jamais!... Voilà quelle je suis, voilà mes projets... S'ils sont dignes de ton courage, sois mon compagnon, je t'accepte. Mais sois à moi sans partage! en tout temps et en tout lieu;... et je jure de t'appartenir à ce prix!
BORSELLE , gravement.
La main sur le cœur, je vous le dis... A vous, la pensée et
' Jacqueline, Borselle.
la volonté... à moi, la force et l'exécution. — Y a-t-il des paroles sacrées comme les mystères de l'autel pour me lier à vos destins? je les prononcerai... dites!
Ta main dans la mienne... Tu es à moi !
BORSELLE.
Comme à Dieu !
C'est bien ! — A mon tour, comme gage de ma promesse, je te donne cet anneau ; il me vient de mon père... je le reçus à son lit de mort.. .Tu as connu ce caractère de fer qu'aucun événement n'a pu briser... Cet anneau, c'était le défi qu'il portait aux hommes. Il y a là-dedans un poison rapide contre lequel l'art n'a point de remède... — Regarde : l'on a gravé ici un glaive, là une coupe... Si le glaive est impuissant, le poison sauve de la honte!
BORSELLE , prenant l'anneau.
Le succès ou la mort !
Maintenant, séparons-nous... Que devant les hommes nos yeux soient indifférens, et notre bouche muette!
BORSELLE.
Nous séparer !...
N'es-tu pas à moi? — Je laisse ici la moitié de moi-même... Je retourne dans les États de mon père , où des provinces me sont restées fidèles !
BORSELLE.
Ne plus vous voir!...