ACTE IV, TABLEAU 1, SCENE V
arrivés à heurter du front l'obstacle que nous devons renverser... je frémis malgré moi , et je me sens prête à reculer !
BORSELLE.
Mais moi, je tiendrai l'arme fatale; moi seul je frapperai !
Toi !... mais je tremble parce qu'il y a du danger pour toi!
BORSELLE.
Oh î merci !
C'est qu'à l'approche de ce moment , c'est qu'à l'aspect de ces malheureux dont le sang peut couler cette nuit, j'ai tout le cœur qui se glace et qui se serre !
Tu es bonne!
Juge du trouble de mon cœur, puisque je veux te dire que si tu le voulais , toi, oui, si tu le voulais, à présent encore , nous abandonnerions ces lieux où le danger mugit sous nos pas, où les ténèbres qui planent sur nos têtes recèlent la foudre! Le veux-tu ? dis un mot, dis-le, et je suis à toi, et nous fuyons ensemble! moi, ton épouse ou ta servante, toi, mon bien-aimé ou mon maître!...
BORSELLE.
Reste dans mes bras... Ton protecteur... toujours... te protéger!... Celte pensée me remplit d'orgueil et agrandit mon cœur ! — Ecoute bien ceci ! Philippe règne : — la couronne qu'il porte, c'est la nôtre... J'irai la reprendre.
JACQUELINE , regardant fixevient.
Tu ne me comprends plus.. . Mais tu ne m'as pas comprise Bor selle ! !...
liOPiSELLE , 5e retirant , dit avec gravité.
C'est que je ne me sens pas la force qu'il faut pour répondre, à toute une race de princes , de leur gloire ternie ! Je ne suis pas assez téméraire pour consommer cette ruine. JACQUELINE.
Que dis-tu ?
BORSELLE.
Sujet obscur et insolent qui se serait élevé un instant au-dessus de la foule , pour faire déchoir du trône l'héritière d'une famille illustre , pour la précipiter avec lui dans son abjection et dans sa misère ! !
JACQUELINE, avec indécision.
Borselle !...
BORSELLE , continuant.
Homme ingrat et coupable envers le ciel ! qui étoufferait l'énergie de son ame , et refuserait d'achever la tâche que Dieu lui a imposée !
Oh!
BORSELLE.
Jacqueline... si pour te posséder il faut que j'empoisonne ma vie par le reproche et la honte ! S'il faut que j'éveille dans leur tombe les ombres courroucées de tes ancêtres ! S'il faut que dans le silence de la nuit j'entende leur voix redoutable me reprocher la flétrissure de leur blason ! S'il faut enfin , que je t'entende, toi-même , m'accuser un jour de ta chute et de ton abaissement !... Je le dis, je renonce à toi ! je renonce à la vie !