‹ Jacqueline et Colette: romanChapitre 14 sur 40 · LB FILM · texte numérisé non relu

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-— Qu'il Tattende, je suis trop occupée. — J'ai des commandes par-dessus la tête. Tu le sais bien.

— Mais tu n'as pas besoin de les exécuter, si tu te décides. — Vraiment, j'en causais hier au soir avec Rosette, elle n'est pas bête cette gamine là. — Alexis n*est pas mal du tout.

— Alexis I Tu rappelles Alexis, déjà ? Eh bien, si on lui proposait Rosette à ma place : je suis sûre qu'elle accepterait.

— Mais c'est toi qu'il veut. Du reste Rose est trop gosse.

— Et moi je vais coiffer Sainte-Catherine.

— Si tu la coiffes comme tes clientes, elle n'aura pas à se plaindre.

— Oh 1 mais c^est un compliment I Et bien tourné encore ! Merci ma chère.

La (( Première », — car maintenant les sœurs a Jacqueline et Colette» avaient un atelier complet, — apportait le courrier du soir.

Coupant d'un coup sec des dents le fil qu'elle venait de suspendre à son aiguille, Antoinette indiqua d'un signe à sa sœur les enveloppes diverses que M"* Odette venait de déposer sur une table.

— Veux-tu lire pendant que je finis ça ?

Marguerite dit gaiement :

— On y va, patronne.

Le (( courrier » fondit sous ses doigts prestes, les enveloppes fendues par le coupe-papier laissaient leurs ouvertures vides, les cartes-lettres ou les télégrammes, dont la jeune fille coupait avec des ciseaux le pointillé, bâillaient comme des lecteurs devant un sujet épuisé. A mesure la sœur d'Antoinette communiquait à celle-ci le résumé de sa lecture.

— Une lettre de M""* Pistorin qui réclame son chapeau

126 JAGQUBLINB BT COLBTTB

commencé depuis 8 jours, dit-elle, une lettre presque pas polie.

— C'est ma faute. Je suis en retard. Impossible d'assortir la nuance qu'elle veut. Elle est bien désagréable, cette femme.

— Des offres de service d'une Maison de fleurs artificielles. Ga prouve que nous commençons à être connues. — Un mot d*Alix de Lanauze qui nous invite à un goûter pour samedi.

— Elle nous prend pour des propres à rien comme elle. Tout de même en y réfléchissant, c'est un samedi... nous pouvons y aller tard.

— Une commande d'une dame de Beauvais qui voudrait une coiffure patriotique et un peu crâne.

— Signée qui ?

— Zoé Bisterac.

— La prier de passer à la Maison quand elle viendra à Paris. Je ne sais pas, moi, en quoi consiste une coiffure patriotique et crâne.

— Des réclames. Une agence de publicité qui nous propose de nous^ introduire dans sa clientèle qui appartient à la plus haute aristocratie. 100 frs. Tinsertion.

— Il faut se méfier. Ce n'est pas cher, du reste.

— Encore des réclames. Chaussures imperméable^ pour le front ! — Ah !

Marguerite s'interrompit. D'une œiiiée elle avait lu les lignes qui tremblaient au bout de ses doigts. Elle se tut un moment^ jetant un coupd'œil effaré sur sa sœur. L'une n'était pas lente à deviner ce qui se passait dans la pensée de l'autre.

— Qu'est-ce qu'il y a ? ~ Pourquoi ne parles-tu pas ? — Tu m'effrayes. — Qu'est-ce que c'est, cette lettre ?

Elle ramassa l'enveloppe tombée à terre.

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