‹ Jacqueline et Colette: romanChapitre 23 sur 40 · SUIVIS · texte numérisé non relu

SUIVIS

— Encore un de ces insupportables suiveurs, pensat-elle. Il n'a donc rien à faire celui-là. Ce doit être un embusqué.

L'embusqué pourtant ne paraissait pas mériter cette épithète.

Il était vêtu d'un uniforme kaki et sa chasse était courtoise, hésitante et timide. Au moment de franchir le seuil de Phôpitai, la jeune fille l'inspecta d'un coup d'œil rapide et sourit de son air décontenancé devant le flottement du drapeau blanc à croix rouge qui pendait aux fenêtres. Ce téméraire n*avait pas trop mauvaise façon et ses manières, soudain confuses, n'inspirèrent pas trop de colère à llndignation de M"* de Lénars.

L'incident fut vite oublié, car à peine entrée, Marguerite liappée par l'infirmière-ma^or, n'avait que le temps de dire :

— Ma sœur est trop occupée au magasin pour venir aujourd'hui, elle m'a chargée de la remplacer.

Celte major était une aimable et jolie jeune femme que les blessés traitaient presque en maman et qui reçut la sOeur d'Antoinette avec une aisance affectueuse.

— Je suis absolument obligée d'aller faire une course que je ne puis différer et vous me rendez un vrai service en prenant ma place. Personne n'est venu aujourd'hui et je ne savais à quel saint me vouer. Heureusement il n'y a que peu de blessés et presque tous des convalescents. Le seul qui m'inquiète est le capitaine de Revel chez qui la fièvre ne cède pas. Vous n'aurez qu'à lui donner à boire s'il le demande. — Avez-vous un tablier et une coiffe ?

— Voilà, répondit l'autre, en exhibant gaiement son petit paquet enveloppé de papier fauve.

— C'est parfait, alors je me sauve. D'ailleurs, je reviendrai dans une heure au plus tard.

I8à JACQUELINE Et COLETTE

Marguerite toute blanche, avec cette allure de religieuse que donne le costume de servantes des blessés, vira par les pièces, remplit les menus soins que réclamaient les malades et finît par entrer dans la petite chambre où les deux officiers vivaient de conserve.

Elle salua en passant d'un léger sourire Lionel -Larive qui lisait dans son lit et posant une question à voix basse :

*^ Gemment est-il P demanda-t-^Ue.

Und Voix dolente j*éleva :

— Maman* je veux maman.

Marguerite se pencha vers cette plainte puérile»

— Je vous en apporte des nouvelles, dit-elle.

— Oh ! je sais ce qui est arrivé. M'** Saint-Elme me Ta dit. Ma pauvre maman avec une jambe cassée î Je la voyais en rêve quand je vous ai entendue entrer.

Il pausa un moment, répétant :

— J'ai soif.

— Voilà de la citronnade.

Soulevant la tête bandée, la jeune fille approcha des lèvres de Revel une boisson que celui-ci but avidement.

— Merci» dit-il» — Mais qui êtes-vous ? — Il me semble que je connais votre voix.

-^ Voos ne vous trompez pas. — Je isuis Marguerite de Lénars.

Un ti'emblement secoua les membres du blessé. »-* Oh I vous êtes la sœur d'Antoinette.

— Oui, elle devait venir aujourd'hui» mais je la remplace.

— Vous êtes donc attachées toutes deux à cet hôpital ? •^ Mais je comprends que Mademoiselle votre sœur doit avoir beaucoup d'occupations en ce moment-ci.

— Non, on avait besoin d'elle au magasin, mais demain elle sera libre et elle viendra.

atjiviti 183

«*- tl nfi faut pfi8 qu'elle se dérange» Elle doit avoir mille clioiei à faire< A la veille d'un mariageé

— D'un mariage I Antoinetle le marierait, avec qui, Bon Dieu I Quelle est cette histoire dont je ne sais pas le premier mot ?

— Est'-câ qu'on n'a pas annoncé ses fiançailles avec M. Charpantier.

— Antoinette fianeée I C'est tout à fait béte. On 8*est moqué de vous,

— Pourtant, c'est le bruit qui a couru dans Paris et qui est venu à moi jusqu'au front. "

— C'est un potin» ce n'est pas vrai. Ma sceur n'a jamais été fiancée*

-^ Que me dites-vous Ik P

— L'exacte vérité. — On s'amuse parfois dans notre petit monde de jaunes filles à inventer des choses pareilles. Le plus souvent c'est par désœuvrement, parfois aussi par méchailceté. Cette fois-ci c'est un potin ridicule et absurde i Le Monsieur dont vous me parlai a été présenté à mon père par son àmi le Docteur Dusser. Il est venu quelquefois à nos dimanches. Cela a pu suffire pour qu'on invente la chose*

Bevel répéta :

— Alors, mademoiselile votre sœur ne se maria pas, vous êtes sûre.

— Pas que je sache. -^ El vous penses que J(b serais la première informée.

— C'est un parti superbe, il paraît, que M. Charpentier*

*^ C'est possible ; je crois même qu'il était un peu épris de ma sœur, mais Antoinette n'y a jamais pensé. • Le capitaine poussa un large soupir du fond de sa poitrine.

— Ah I laiesa-t-il échapper. — Il reprit : Ah ! sur tin

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ton différent où vibrait une ardeur joyeuse. Marguerite ne voulut pas insister, elle s'éloigna doucement, allant apporter sa gaieté aux tristesses des salles voisines. Elle savait que la joie qu'elle venait de semer germerait mieux dans l'ombre et le recueillement.

Elle achevait une u crapette » avec un blessé quand M'*" Saint-Elme revint.

— J'ai fait ma course plus vite que je ne croyais, et je viens vous relever de faction, chère Mademoiselle. — Tous nos enfants ont-ils été sages ?

— Comme des images.

— Et le capitaine de Revel ? Va-t-il mieux.

-^ Vous lui aviez déjà donné des nouvelles de sa mère. Elles lui ont fait du bien. Il valait mieux pour lui connaître la vérité que de rester dans le doute et l'angoisse.

— Mait vous ayez, vous aussi, un peu causé avec lui ?

Marguerite évita Tinterrogation indirecte et répondit :

— Oui, je lui ai donné des nouvelles de Paris qui l'ont intéressé.'., mais quel effet cela me faisait de lui parler sans qu'il me vit. — Croyez-vous qu il restera aveugle ?

— Tout dépend en grande partie xle l'état moral, le Docteur l'assure. — Mettons notre confiance en Dieu. — Mais maintenant que j'ai repris mon service, je vous rends votre liberté, chère mademoiselle. Si l'on a besoin de vous rue Godot de Mauroy, ne vous gênez pas pour moi.

La cadette était pressée de raconter à l'aînée le résultat de son entrevue avec le capitaine. Elle accepta l'offre que la « major » lui faisait.

— Pour aujourd'hui, je veux bien, mademoiselle et je vous remercie de la permission que vous me donnez. Mais à partir de demain Antoinette ou moi nous remplirons

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