‹ Jacqueline et Colette: romanChapitre 24 sur 40 · SUIVIS · texte numérisé non relu

SUIVIS

strictement nos nouvelles fonctions, je vous le promets.

Il y avait plus d'une grande heure que la jeune fille était entrée à l'hôpital, elle songea^ au moment où elle sortait, au suiveur discret qu'elle avait semé devant la porte et se félicita d'être délivrée de cette poursuite. Elle n'avait qu'à traverser le parc Monceau pour regagner son quartier de commerce et se réjouit d'avance des enchantements d'arhres» et de pelouses qui allaient l'accueillir, quand, en traversant le boulevard des Batignolles, elle eut la surprise de reconnaître, sous le balancement des branches, l^ silhouette du suiveur dont elle se croyai^ débarrassée. Le sang lui monta au visage.

— M'aurait- il attendue P se demanda- t-elle. Pourtant ce persécuteur semblait éprouver lui aussi de la surprise. Il venait de faire une assez longue visite dans une maison voisine et ne se souvenait de sa jolie rencontre précédente qu'en reconnaissant les cheveux blonds^ la tournure mince et le trottinement menu de celle qui avait ravi son attention dans l'Avenue de Yilliers. Sans le regarder, elle le vit hésiter, se consulter, puis affectant un air indifférent, prendre le même chemin qu'elle, le long de la grande allée du parc.

— Décidément il me suit, se dit Marguerite, irritée et décidée à monter dans la première voiture qui viendrait, mais les taxis passaient pleins ou d'un secouement dédaigneux d'épaules décourageaient son geste de supplication et les victorias au pas de leurs chevaux fatigués indiquaient l'heure du relais d'un mouvement goguenard ou de regret. Marguerite dut continuer sa route devinant derrière çUe le pas de l'entêta. Tantôt il se rapprochait et tantôt, ralenti, demeurait en arrière, mais toujours il était là et la jeune fille, qui savait le danger de regarder derrière

elle, respirait ou s'oppressait tour à tour comme une biche qui entend les chiens s'écarter ou venir. Elle atteignit enfin Textrémité du grand jardin, et eut un instant l'idée d'invoquer l'intervention d'un gardien de la paix pour signaler la poursuite de l'ennuyeux, mais la crainte du scandale la retint... et, d'ailleurs le malavisé était si réservé et si convenable 1 II valait mieux se hâter et décourager une chasse qui jusqu'ici d'ailleurs n'avait rien d'impertinent... et que peut-être même elle s'imagi* nait...

La rue de Lisbonne s'ouvrait devant ^Ue ; Marguerite la prit et se crut sauvée. Sans doute le suiveur s'était découragé ou son service l'avait obligé de renoncer. Mail au carrefour du boulevard Haussmann, elle faillit jeter un cri... l'autre était devant elle. Il avait dû s'égarer dans les rues transversales et la retrouvait d'un air ravi. Dès lors ce fut le débûcher et la course folle à travers Malesherbes, Tronchet, Chauveau-Lagarde et les petites voies qui tournent autour de la Madeleine jusqu'à ce qu'elle fût parvenue au magasin protecteur où elle arriva rougCt efifarée pour se jeter dans les bras d'Antoinette.

— Qu'est-ce que tu as ? Qu'est-ce qui t'arrive ?

— Je viens d'être suivie par un animal qui ne m'a pas lâchée depufs Thôpital. J'ai cru tout le temps qu'il allait me parler.

Mais l'autre avait son idée en tète.

— Ne fais donc pas attention à ces choses-là. Gela arrive tous les jours. Tu sais bien comment t'y prendre. Qu'est-ce que tu as fait à l'hôpital ?

— J'ai remplacé M**" Saint-Elme et j'ai vu Henri de Revel.

— Alors?

Cet alors était plein d'interrogation anxieuse. La cadette ne voulut pas faire languir son ainée.

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— Oui, je lui ai donné à boire et nous avons causé.

— De quoi ?

— De sa mère. M"" Saint-Elme- avait été prendre de ses nouvelles et lui avait dit la vérité. Il croyait aussi à cette absurde histoire de tes fiançailles ; je lui ai dit que ce n'était pas vrai ; je la lui ai dite tout simplement, ça Ta tranquillisé.

— Tu lui as tout dit ?

— Mais non, je lui ai raconté en gros comment cet absurde potin avait pu naître et nous avons parlé d'autre chose.

— Comment Tas-tu trouvé ?

— Beaucoup mieux après notre conversation. Et puis là-dessus, Tinfirmière- major est revenue, m*a relevée de ma faction et m'a donné campo ; j'ai voulu venir vite et te rapporter tout cela. Mais j'ai trouvé ce garçon sur mon chemin. Cela m^a fait perdre du temps*

— Comme ça te préoccupe, n'y pense donc plus.

— Tu es bonne toi, tigns justement le voilà ; écarte un peu les rideaux, tu le verras en face examinant la maison, évidemment il a perdu ma trace et il est très embêté.

Antoinette souleva légèrement la mousseline qui tombait sur les objets de la montre.

— Ce grand là qui. va et vient. Il n'est, pas mal, ma chère^ je te fais mon compliment. C'est une conquête.

— Tu parles comme Lucie Cormier. As- tu goûté ? -^ Non» et je meurs de soif.

— Je vais appeler Lucien pour qu'il nous apporte le thé.

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