‹ Jacqueline et Colette: romanChapitre 37 sur 40 · ÉPILOGUE · texte numérisé non relu

ÉPILOGUE

Le docteur Dusser consulté par Tanxiété du père avait déclaré qu'Antoinette n'avait rien au cœur et que les accidents qui les avaient tous inquiétés étaient d'origine nerveuse. La « patronne » avait repris son travail et, de nouveau, les tagals, les crins, les feutres prenaient sous ses doigts les formes les plus nouvelles, les plus originales, les plus coquettes, les plus imprévues, toutes prêtes à se parer d*un arrangement de ruban ou d'un caprice d'aigrette. Son esprit ingénieux venait d'innover le Canadien, mélange de paille et de chapeau mou ; elle l'essayait sur la tête d'Yvette et, celle-ci avant d'aller promener la nouvelle « création » sur la plage, faisait des mines devant la glace bien qu'on lui eu dit un peu sévèrement :

— M"* Yvette, je vous en prie, moins de grimaces, cela ne va pas à votre genre de beauté.

Et tout en donnant un intime coup de fion au ce dernier cri » elle monologuait en elle-même :

— Marguerite devrait bien revenir : d'abord j'ai besoin d'elle ici et puis on finira par trouver cela drôle. Déjà on

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m'a lancé des questions : que devient donc votre sœur ? Et cette rosse de Lucie a raconté partout qu'à Paris, il n'y avait personne au magagin. Je vous demande un peu ce qu'elle fait à Deauville, celle-là ? Elle cherche un mari, sans doute.

Ses pensées inconsciemment inclinaient vers Tégoïsme.

— Si cette escapade de Marguerite se répand il faudra qu'elle épouse ce garçon. Ce ne serait pas un beau-frère très présentable pour Henri : mais ma foi tant pis :

— Qu'est-ce que c'est M"' Odette ?

— Un express recommandé ' — voulez -vous signer, là, madame ?

Odette l'appelait madame parce qu'elle étayit la patronne et lui tendait le carnet de poste l'ongle fixé sur la ligne où Antoinette devait poser son nom.

Toutes regardèrent avec des mines attentives.

— Tiens, dit M'^'de Lénars, M" Durand-Choisy, notaire qui m'écrit...

Mais elle se tut aussitôt qu'elle eut commencé à lire. La lettre disait :

Mademoiselle,

J'ai le regret de vous annoncer le décès de M"* la marquise de Blaru. ma cliente, décès survenu presque subitement dans la nuit du 33 au 2^ juillet dans son domicile, rue du général Appert.

M*"" de Blaru a succombé aux suites d'une attaque ^ d'apoplexie foudroyante et sa dame de compagnie M''* Mes-

[ nard est venue ce matin môme me faire part de cette dou-

loureuse nouvelle.

Aux termes d'une lettre que la défunte m'avait remise,

il y a deux mois et dont la suscription portait ; à ouvrir

S, et à communiquer immédiatement après ma mort, j'ai Thon-

jr

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neur de yous faire, part ci-joint des dispositions que M"'de~Blaru avait prises et qui sont en votre faveur comme en celles de M'** Marguerite de Lénars votre sœur.

Veuillez agréer. Mademoiselle, Texpression de mes sentiments respectueux*

Duaand-Ghoist.

Antoinette reposa sur la table la feuille notariale et poussa un léger soupir.

— On m'annonce la mort de M"* de Blaru, dit-elle, elle me fait beaucoup de peine, car c^était une vieille et bonne amie. Papa sera très triste.

Rose qui avait lu par dessus Pépaule de sa sxBur renaarqua :

— Tu n'es pas pressée de connaître le testament ? L'acte était une copie faite à la machine par un clerc

de Durand-Choisy ; il portait ces mots :

Je donne et lègue la totalité de ma fortune à mes petites amies Antoinette et Marguerite de Lénars, à charge par celles-ci.

1° De donner à leur sœur Rose, épouse Charpentier- Laval, mon petit château de Magnac dont le détail se trouvera dans les titres de propriété confiés à M* Durand- Choisy, plus une somme à prendre sur ma succession et qui servira à lui constituer une rente de douze mille francs par an. Si j'excepte ma petite Rose du capital que je lègue à ses sœurs, ce n*est nullement dans une pensée de désaffection où de mécontentement, mais parce que son mariage Ta mise dans une situation de fortune qui rend inutile toute intervention de ma part.

2" Mes héritières devront prélever, sur l'ensemble de la

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Puis ressaisi par la pensée constante, il répétait :

— Pauvre amie, pauvre vieille amie que je ne verrai plus.

Marguerite décidément avait choisi le mode de locomotion le plus com;i.ode et le plus rapide pour aller à Paris.

Monsieur de Lénars dormit confortablement sur une couchette et fut sur pied pour assister aux obsèques. Un télégramme reçu au moment du départ, , l'avait averti qu'elles étaient fixées à onze heures. L'inexorable nature hâtait, pressait exigeait ; le peintre ne put voir une dernière fois les traits de son amie.

— Elle n'avait donc pas de famille, fut le mot qui courut parmi l'assistance convoquée par des billets de part qu'avait rédigées, d'après un livre d'adresses, la dame de compagnie.

En effet le petit groupe noir des femmes voilées et pleurantes qu'on cherche toujours dans les cérémonies manquait. Il était remplacé par les Lénars qui instinctivement prenaient l'attitude de la famille avec leurs vêtements noirs et les voiles de crêpe achetés hâtivement. Mais au moment où, les prières dites, on descendait le corps dans les caveaux de l'Eglise où il devait séjourner provisoirement, un mouvement lumineux se fit à Tentrée, de la nef et tous les yeux se portèrent sur une jeune femme en costume beige qui entrait précipitamment.

— Mais c'est Marguerite I exclamait le peintre ausi haut que la solennité du lieu le permettait.

Rose ajouta :

— Marguerite avec Henri de Revel ! — Qu'est-ce que cela veut dire ?

A l'entrée de l'église Lénars interpellait sa fille.

— D'où sors-tu tout d'un coup P Tu n'as pas honte de venir à cetle cérémonie dans un costume clair P

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