‹ Jacqueline et Colette: romanChapitre 6 sur 40 · B « CINÉ · texte numérisé non relu

B « CINÉ

malheureuse Carmer. quand les sons de Torchestre annoncèrent Tentracti et que la clarté resplendit dans les lustres ranimés.

Des hommes se lev' ^ent allant chercher des friandises ou en quête de nouve les du soir.

— Tiens, dit Alix ea poussant le coude de la jeune fille, les voilà qui viennent par ici. Je parie que c'est pour toi.

Antoinette haussa les épaules, mais au hout d^un moment, les deux jeunes gens s'inclinaient devant elle.

Ils se connaissaient tous et cettevisite était toute simple» pourtant elle fut accueillie diversement. Si Antoinette serrait franchement, en bon camarade, les mains masculines tendues, Alix Levymer avait pris une attitude pudique et quasi-irritée, tandis que Lucie Cormier cherchait des sourires chez ses .oisines. Sous tous ces regards et malgré son habitude d'aisance, Henri de Revel demeura un moment embarrassé, cherchant une contenance ; il fallut que Marguerite placée derrière sa sœur vint à son secours :

— Vous êtes en per-nission, Monsieur de Revel?

— Depuis trois jours, Mademoiselle, et bien heureux de cette occasion de vous présenter mes hommages.

Laurière débita des banalités, mais les deux Lanause étaient tout émues à la vue de ces jeunes hommes et semblaient considérer comme un manque de politesse qu'ils se fussent arrêtés précisément devant d'autres qu'elles. Henri de Revel voulut franchir la banquise qu'il sentit s'élever entre la jeune l)andc et eux ; il s'adressa à M""* de Blaru qui s'était absorbée dans la lecture du programme ;

— Je vois. Madame, que vous êtes fidèle à vos habitudes de bonté en accompagnant ces demoiselles.

La marquise eut un bon rire bienveillant :

— Que voulez- vous, je suis chàperon-née.

là ;rÂCQUBLlNB ET COLETTE

Le petit Talmont revenait d'une excursion chea le confiseur voisin ; il tenait entre ses doigis des sucres d*orge empapillotés de papiers qu'il offrit galamment. Ce petit homme enfant tâchait d'effacer la défaveur qu'il attribuait à son jeune âge et h son manque d'uniforme, par une tenue civile impeccable et des attentions gourmandes. Les deux sœurs Lembas affectaient de le traiter en grand garçon. La mode est de se marier jeune pendant la guerre et dans deux ans il serait un mari possible.

— Assis, assis, criait-on aux jeunes gens, pendant que la salle s'effondrait dans Tobscurité et que le rond lumineux de récran s^animait.

Ils se retournèrent, s'aperçurent que le film recommençait et cherchèrent des yeux leurs places. Mais tandis que Laurière se glissait à la sienne en soulevant quelques protestations sur son passage, Henri de Revel s'emparait d'un strapontin qu'un départ avait rendu libre ; il ae trouvait à côté d'Antoinette.

La scène qui se mimait sur le rond lumineux était touchante : !e décor habilement truqué figurait une maison alsacienne avec son ameublement artistique et familial, son horloge de bois dans sa gaine ouvrée, Pescalier intérieur et le luxe naïf de l'ancienne terre française au moment d'être rachetée. Des applaudissements saluèrent la ]<Aie Sarah Jagold qui, en costume, évoluait au milieu de cette reconstitution. Soudain, la porte s'ouvrit, un soldat français apparaissait en uniforme. La jeune Bile se jetait dans ses bras et un texte expliquait que le sergent Buisson s'était écarté d'un corps français, parcourant quelques lieues pour venir embrasser Lidchen, sa fiancée. Mais la porte de nouveau s'ouvrit et des soldats allemands entraient en tumulte conduits par un feldw^ebel. Lidchen n'avait que le temps de cacher Buisson dans la gaine de l'horloge. Le fedwebel méfiant fouirait partout et finissait

par s'airèler devant Pborloge en ttéppAni le fbutfeâti de bois d'un poing tâgettr. Lldcben en avait hetitetisement retiré la clef. Mais l*a)lemand faisitit niîne d'envoyer une balle dans la gaine, quand la jeune fille se jetant sur loi tenta de lui arfaebei' son arme. Il profitait de ce moment pour essayer de la prendre âAns sei* bra*... Les yeux d'Antoinette et d'Henrt se i*énesafttfèfettt en ce moment et tous les deux irotigîirent...

La dernière ombre d'image s'était eflftéée stif Téeran qtti a^obscurcissaît pendant que \â salle s'illnmlnait de elarté et que la foole s'éccmlait. Tonte là hàtkâê se bonsenlâ, épîlogttani sat les éniotknïs diverses qne ce^ eôins dé vtté avaient excités en elle. Même M™* de Blaru, con^ienle de son rôle, tentait o&mme nne méte peule de i^ssémbler son troupeau qui s'égaillah. Ils se Irmivèfent dehors, dans yn flot de mcnnde et la Itfne appartit Sf hïtàtte qn'elle semblait la contîitnatîon d'un film < Toute la btndes^dtrète povr canset sans s^oecnper de la eotff M «tfiblée de l'Aâtre entreiné dans on ciMiranI de nna^ promenant é» fniîê sur les tuile» des maisons^ escaladant une cheminée pottf retomber «n glissant s«tr la pddtitnde d'tin imî de zine ûti seml^ant s'ahimer dans Tépaissenr d*flne voôte ii<nfe qcti TeDgloutbsttt tout d'nn sanf . La marqtrise ottnfiî êùtt pavapinie ?

-— Dépickeo-instiSy mes enfants, If va plenvoîr.

Déjà quelques gouttes commençaient à s'écraser stif l«soK

•^ CMi mon Dieo ) el moi qui demeure Et foin. Et psts vme voîtixre. Antotnette, je ne penx petirCanf pes vous laisser rentrer seule avec vos sœurs.

— Cbève Sfadame, liotts sommés Irais et nous n'stvo^s que quatre pas à faiire.

— Maîail pleol, voyé?, e'esC nn orage <

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L'averse» maintenant déclarée, ruisselait arec une violence redoutable. Toutes les amies s'enfuirent et les filles du peintre se préparèrent à courir quand Henri dit à son ami.

— Vraiment nous ne pouvons laisser ces jeunes filles dans cette tourmente.

Il l'adressait à M** de Blaru.

— J'espère que vous ne trouverez pas mauvais. Madame, que Laurière et moi nous abritions ces demoiselles jusque chez elles. Elles seraient trempées.

Sur un geste vague d'assentiment de la vieille dame, il arrachait le parapluie des mains de son compagnon et l'ouvrait sous l'averse, l'élevant au<-dessus du front d'An^ toinette.

— Mais... mes sœurs... disait celle-ci.

— Ces demoiselles sont déjà parties.

Il les montrait courant à travers les raies liquides qui s'éclaboussaient en boue noire sur le bitume.

Antoinette hésitait à accepter l'aide offerte, mais elle réfléchit que son chapeau fraîchement repeint, coulerait en gouttes noires sur tout son costume et le prétexte lui parut suffisant. Elle s'élança, rapide, suivie par l'abri de soie qui résonnait sous les gouttes rebondissantes. Gomme devant elle, elle entendait la voix et les rires de ses sœurs, la fière jeune fille se sentit moins seule et l'eau qui tombait s'étant arrêtée, elle put suspendre un peu la rapidité de sa course.

Laurière, privé de son riflard et peut-être mu par une sorte de franc-maçonnerie masculine, avait quitté le couple pour rejoindre les autres en se glissant entre les torrents tles gouttières.

Antoinette et Henri firent le trajet jusqu'à l'avenue de Villiers, l'air ménage, dans une causerie qui se nuançait de timidité plus encore chez l'officier que chez la jeune fill^.

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