SCÈNE X
Les Mêmes, excepté HALIFAX, SUN- DERLAND.
r vrillox. Ah ! sire, vous perdez un bon I serviteur.
LE P. PITF.R , avec humeur. Un sot , voila tout.
ruxderlaxd. Les ordres de votre majesté sont exécutés : nos révérends prélats et quelques prêcheurs sont à la Tour, à la garde de trois bons verrous de fer.
LE ROI. Et il n'y a point eu de trqubles, de murmures?...
st aderi.wd. Deux ou trois caquets ; des tisserands et des bonnes femmes... un brasseur de Billing-Strect, nommé Jervvis, un fanatique, qui s’est permis de crier:
Charte et franchise!... Par Dieu! je lésai régalés des hoquetons de la chancellerie.
LE ROI. Bien... Qu’est-ce encore que ce bruit?
PLUSIEURS VOIX , au dehors et aux portes des upparlemens . Jelfcries! Jelïeries!...
LE ROI. Quoi ! JelTeries de retour.
(Jefferies paraît en costume de voyage; chacun
semble surpris de celle arrivée subite , quelques*
ans reculent comme épouvantés en le voyant.)
SCEXE XI.
Les Mêmes, JEFFERIES.
je fferies , s* inclinant de\>ant le roi.
Sire, mon noble maître, croyez qu'il a fallu un événement d’une telle importance
P our me faire quitter ma mission dans ouest ; mais aucun courrier n’eût pu me devancer pour vous instruire... Sire, votre couronne est menacée : le duc de Monmouth est débarqué à Lime...
LE ROI. Monmouth !.. .. répète cela, Georges... Monmouth ! !...
jefferies. Il s’est embarqué d’Amsterdam avec deux cent» émigrés environ. Déjà sa troupe se monte à plus de huit mille hommes; il est maître de tout le comté de Dorsct , et marche sur Bridport.
LE ROI. Monmouth!... Ali! que mille diables serrent la gorge a ce mécréant , au prince d’Orange, à ma fille Marie et à tous les huguenots!...
LA rei\f.. Monmouth en Angleterre !
nous sommes perdus !
le roi. Ah! ceci est nu coup que me lancent les états et mon beau gendre Guillaume d’Orange... C’est à dessein qu’ils m’ont lâché ce loup-cervier de Monmouth.
LE P. pitf.r. Sire, il faut l’excommunier...
LE ROI. Tant qu’il vous plaira, mon père... Vertu de roi!... il me faut mieux ue cela pour le combattre. Déjà maître ’un comté ! c’est du canon grondant que
je veux d’abord... Je vous abandonne sa conscience , à vous et à l’enfer ; mais il me faut sa tète... par ma vie! il ir.e la faut... (// se jette dans un fauteuil. ) Mais est-ce bien réel , mon Jefferies?... n’cst-cc point une fable inventée par les puritains?
jefferies. J’ai vu son avant-garde, sire : clic était commandée par lord Grey et Fletcher...
LE roi. Il n’en faut donc plus douter!...
mais que faire?... rien ne me parait assez prompt. ( Se levant. ) Le parlement n'est pas encore cassé... c’est heureux; il me faut de l’argent... Je compte aussi sur vos conseils, mon cher Barillon, et sur l’apui de votre maître. Que les hautes chamrcs se réunissent au plus tôt.
v Drs ofiicicrs du palai» sortent.)
LE P. PITF.R. Sire, nous pourrions ordonner des prières et un jeûne...
le roi. Au plus pressé, mon père, au plus pressé : des armes, des bras et de l’argent. ( A Morrai. ) Placez- vous la, comte Morrai... Ecrivez : « Les garnisons * de Londres seront doublées dans le plus »• bref délai. Le duc d’Albermalc prendra » le commandement des milices. Les troun p es régulières marcheront sous les or- ** d res de notre bieri-aimé lord Churchill.
» Le lord comte Feversham aura seul le •» commandement général de l'expédition *» contre les rebelles. «
(Il relit rapidement ce qu’il v : cnt «le dicter, signe, et remet le papier à des officier* du palais. — Allant vers Jelfcries. )
Mon tendre Georges , il me faut ici tout ton zèle , toute ton activité. Disperse-moi sur la cûte et par les provinces tout ce que tu pourras trouver d'espions intelligeus...
Il me faut des nouvelles à chaque quart de minute. .. {Revenant vers Morrai et dictant ) :
« Jacques Scott, ci-devant duc de Mon-* » uioutli, par cet édit dégradé de toute » noblesse , est déclaré traître à la patrie ,
» félon et coupable du aime de lèse-ma- » jesté. Jacques Scott est mis hors la loi » de ces royaumes ; ses proclamations ou » manifestes seront brûlés par inaiu de » bourreau, ftous ordonnons à tous nos » fidèles sujets de lui courir sus ; la somme n de cinq mille livres sterling est promise >» à qui le livrera mort ou vif.
» En noire palais de While-Hall , le a 3*
» de juin iG85. »
(Il signe.)
(Pendant cette scène, la reine s'entretient bas avec Piler, qui parait l'engager au silence. On entend sooncr faiblement une cloche.)
t.K MAGASIN THEATRAL.
LE ROI , quittant ta plume et se retournant.
Eh bien!... quoi! le tocsin?...
le p. piter. Sire... c’est l’heure du salut
le roi. Ah!... {A lui-même .) Sottise!
avoir peur d'une sonnerie!... (Haut.) Mes-
sieurs , le conseil privé se réunira ce soir dans la grand’salle. ( Prenant la main de la reine.) Allons au salut, mon père.