‹ Jacques Callot, sa vie, son œuvre et ses continuateurs (volume 2)Chapitre 11 sur 53 · C6 JACQUES CALLOT · texte numérisé non relu

C6 JACQUES CALLOT

Callot, cherchant à prouver les tendances opposées des deux premiers, voués au burlesque à propos de tuot, et celles de Callot qui n'en faisait qu'à ses heures, la réflexion de Mariette perd de sa valeur quand on regarde les Saints.

A son arrivée à Nancy, peut-être même avant ses autres travaux, Jacques Callot avait essayé le paysage, non le paysage surnature, la description terre à terre des campagnes, mais la peinture idéalisée des champs telle qu'on la comprenait alors. Une particularité de ces études d'imagination, ce sont les montagnes et les rochers traités à la façon italienne, en taupinières arrondies, brusquement escarpées, impossibles à escalader sinon par des échelles. L'amour des horizons immenses le trahissait un peu, et il est souvent mal à l'aise en lace des lointains. Plus il veut être grand, plus il s'égare: il ne redevient lui-même que dans les scènes plus tranquilles, quand il décrit une rustique cabane environnée de jardins où des femmes travaillent, petits coins du pays natal qu'il a sans cesse sous les yeux. Le port de mer au contraire, avec sa ville dominée par une montagne, ses ruines abruptes, c'est ritalie, le souvenir qu'on redit un peu de mémoire. Mariette voulait que ces quatre planches eussent été gravées à Florence; il s'appinait sur ce iait que le cuivre original du port de mer portait au verso une esquisse à l'eau-forte pour les Guerres des Médicis. Mais le tirage combat cette opinion;

tontes les épreuves, même celles du preiiiier ét;il, avant que le graveur ait «'crit sou uuui, s(jut sur papier de Lorraine, avee le filigrane au double C couronné; c'est donc bien à Nancy que le maître les publia pour la première fois.

Les ducs de Lorraine ne se contentaient pas des rares exemplaires de pièces célèbres apportés de Florence par l'artiste, ils voulaient les répandre; mais le moyen? Les originaux étaient demeurés làbas chez des avares qui ne les eussent point livrés. Callot s'essaya à redire une seconde fois ses propres idées, à reprendre le Massante des Innocents ou la foire de ï Impruneta pour une édition nancéienne. Hélas! sa main si habile à suivre la pensée, à courir d'invention en invention, ne sait pas revenir en arrière pour reconunencer une œuvre. La pointe semble alourdie, incertaine, et malgré tous ses efforts ne retrouve plus ses premiers dires. Préoccupé de mille choses, l'artiste perd de vue l'harmonie des ensembles; s'il fait un mot à mot serré, il oublie les effets colorés. 11 est tellement inimitable dans son premier jet, tellement concis, que lui-même est impuissant à se copier. Mieux eut valu faire table rase des succès passés, et reconstituer les mêmes histoires sous une forme différente, que de chercher ainsi à remettre le pied dans l'empreinte de ses pas. Et pourtant la dextérité merveilleuse s'est encore accentuée chez Jacques Callot dans les productions

(lo prime saut, .[aiiinis il n'a et»' à la t'ois plus sobre dans rexpressioii ni plus adinirahli^nent explicite dans la sobriété. Pas un point, pas un trait qui ne soit à sa place juste, mathématique; la moindre figurine perdue daus une fourmilière d'êtres est elle et non autre.

Ce sont encore des caprices qu'il entreprend, mais ils ont cette fois un goût de terroir des plus prononcés. Destinés comme ceux de Florence à servir de modèles pour le dessin à la plume, les personnages qui y sont représentés ont pour la plupart leur esquisse au trait. Le choix est cosmopolite, on y rencontre des Italiens, des Hongrois ou des Turcs, mais les Lorrains y dominent. Par coquetterie de voyageur, il décorera l'album d'un titre italien : Varie figure di Jacopo Cdllot, étiquette destinée à faire valoir la marchandise. Yoici bien le peintre de mœurs, le très habile interprète de la vie lorraine au commencement du dix-septième siècle. Le frontispice à lui tout seul vaut le reste, car il nous montre dans sa simplicité primitive, le marchand d'estampes ambulant, le porteur d(^ balle, installé sur une place publique et étalant ses richesses. M. Meaume l'avait pris pour un escamoteur, le misérable hère, tant son équipage inspire peu de confiance!

Dix-sept pièces composent cette suite charmante, (b'barrassée des exagérations d'attitude ou de costumes que Jacques Callot avait si longtemps

JAC.nlKS CALLOT

OU

oiiipruulées à ses inailics iiltr.iiiKHiUiiiis. Etlcslniids oubliés un instant dans les Gueux on les Gobhi. iéaj>pai'aissent avec leur délicatesse exquise, complément et paraphrase explicative du personnage

Titie des Varie jiçjurc.

luincipal. Au soldat, un arrière-plan de pillage: à la paysanne, un lointain avec un cabaret où boivent des hommes. Tout cela dans la note discrète et si particulière inventée par le maître, jeté iièrement sans repentirs et sans accrocs sur le métal, impression

joyeuse dans nue œuvre plus guindée eu égard à son but et à ses piétentions. Il faudra attendre le dix-huitième siècle et les vignettistes illustres de la pléiade pour revoir chez nous des eaux-fortes à ce point attachantes et spirituelles; et encore n'aurontelles pas cette pointe de réalisme qui leur communiquerait un attrait plus subtil et plus saisissant.

Les deux dernières planches de la série sont conçues avec la liberté absolue d'un artiste en verve. Ce sont des gens de campagne, des Lorrains pur-sang, Ln vigneron et sa femme sur un tertre faisant les « quatre-heures » : des jeunes filles assises au pied d'un arbre et gardant des bestiaux. La touche naïve des anciens a disparu, les modernités se devinent ; on pressent dans les filles coquettement troussées de court, coiffées joliment de petits bonnets, les bergères des pastorales futures. Le mouvement naît: Callot, c'est le trait d'union entre les crudités naturalistes des Flamands et les idylles parfumées de Mme Deshoulières.

11 glanait ses inspirations à Bainville dans la ferme du père, au milieu des verllées d'hiver, quand le chanvre se tille et que les paysannes font courir le dévidoir. Il composa sur ce thème tranquille deux très petites esquisses enlevées de brio sur le vif, à mettre près des meilleurs griffonnis de Rembrandt. Une dévideuse et une fileuse! Un sentiment raffiné se dégage de ces figurines, il en

JACOIES CALLOT

sort comme un paifuin péiiétrniit de campagne; c'est le chant de repos comme les Bohémiens sont la chanson fiévreuse des voyages. Tempérament supérieur de poète et d'artiste, qui sait à ce point exécuter des variations sur des sensations éprouvées, et qui peut les faire comprendre aux autres!

11 interrompait ses travaux plu:- importants, la

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