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Naiicv. Je ne suis point «'IniuiK' de le reconnaître dans ce cavalier nlTiililf' de bottes et d'éperons énormes, enseveli dans un de ces manteaux à la Balagny, mis en honneui' en France par le fils du triste défenseur de Caiidnai. (d (pic les Parisiens ont ouldi(''s d(''j;i. Les Nancéiens en sont encore à la fraise, à la fraise de Ileiiii IV. ils l'exagèrent avec un mauvais goût indénial)le. Les dames feraient aussi triste mine à la cour du roi de France; elles ont gardé leurs atours de l'ancien temps, elles seraient à Paris de véritables caricatures. Il les voit adorables, et pour nous elles sont telles parce que nous iw pouvons les critiquer que par comparaison.
Six seigneurs et dix dames forment la suite. Cliacun d'eux se meut sur un de ces décors d'arrière- }»lan dont nous avons eu si souvent occasion de vanter les dispositions ingénieuses. L'homme de guerre a là-bas son cheval gardé par des écuyers sur une place publique. Le courtisan salue avec grâce au milieu d'une promenade peuplée de monde. Celui-ci a les mains jointes dans un mouvement plein de vérité et d'abandon, et tout au loin derrière lui se voit une rue où passent des gens à cheval, où des gueux mendient. La femme en deuil laisse entrevoir un enterrement lilliputien dans un chemin creux: la demoiselle, une danse champêtre; la bourgeoise, un marché de ville: la coquette masquée, un
quartier riche où passent et repassent les galants, les carrosses et les promeneurs.
En dépit des errements innnuables de l'invention, Callot évite les redites; il reste toujours le même et jxHntant il sait tirer de son motif, invariable dans l'agencement, les variations les plus inattendues. L'enthousiasme pour ces tableaux de la vie journalière fut extrême; les princes lorrains craignirent de voir quelque jour ce puissant génie leur échapper, comme tant d'autres qui n'étaient point revenus. Le duc Henri II s'était ému de cette possibilité, et pour y pourvoir de prompt remède, comme on disait alors, il condjlait l'artiste de présents, d'octrois gracieux. Une lettre de lui au receveur de Blamont laisse entrevoir ses craintes :
« L'estime singulière, écrit-il, que nostre cher et bien aimé Jacques Callot graveur en tailles-douces s'est acquise en cest art tant en Italie qu'es autres provinces, ou il s'est formé pendant plusieurs années en la congnoissance plus exquise dudict art, et la preuve que nous en avons par divers ouvrages qu'il nous a fait voir de sa main, nous ont donné sujet de l'aider à s'establir par deçà, et lui donner quelques moyens de nous servir et au publicq. C'est pourquoi nous ayant fait entendre que s'il nous plaisait l'honorer de quelqu'effet de nostre gratitude il s'arresteloit volontiers à nous rendre ses très humbles debvoirs et services et témoigner l'affection qu'il doit à sa pa-
La Dame luira iu^
trie, sans advisrr aux autres occasions qui le peuvent distraire de cette résolulioii. »
Je le disais en connuençant, les peintres ou les graveurs étaient des artisans d'une classe supérieure, mais des artisans, et comme tels se contentaient de peu. Henri de Lorraine ofl'rait à Jacques Callot un cadeau eu nature, neuf cents paires de réseaux de Iroment rt d'avoine à prélever en trois années successives sur la culture de Blamont. ("/('tait un assez riche don. et le graveur s'en déclare amplement satisfait. 11 avait la vie assurée, sinon par son travail, peu rémunérateur en soi. du moins par ses récoltes de lîaiiivillc. hi pclite rt'iilc (pif lui servait son père et les avantages dont nous venons de parler. 11 regrettait moins la Toscane, ses princes et la parte dans le palais: sa situation était équivalente, il n'aurait plus le souci d'aller quérir la fortune ailleurs.
Non qu'il plaçât l'intérêt matériel au-dessus des jouissances morales. Rien ne l'occupait davantage que les perfectionnements à apporter dans son art. 11 s'y donnait tout entier, sans réserve, et ne vivait guère que pour cette jouissance. 11 s'avisa même un jour que. depuis ses estampes célèbres d'Italie, il avait négligé les infiniment petits, oiio^ine de sa réputation. Il voulait un pendant aux Guerres cVamrjur. à la foire de Vlmpruneta. aux fêtes de rArno, une planche de dimensions restreintes où il
pourrait faire mouvoir des nuiltitudes. Une chose frappait le Lorrain, c'était la lunltiplicité prodigieuse des supplices inventés pouj* chàlier les criminels; les hautes elles basses justices avaient en cette matière des ressources alors infinies; peu de jours se passaient à Nancy sans qu'on pendît un larron, qu'on brûlât un sorcier ou qu'on rouât vif un sacrilège. Pays de frontière, enserrée par la France d'une part et l'Allemagne de l'autre, traversée sans cesse par les camps-volants ou les coupe-jarrets de toute espèce, la Lorraine appliquait ses coutumes avec une précision terrible, aux moindres infractions. Jacques Callot, sceptique, comme les voyageurs revenus de loin et qui en ont vu bien d'autres, s'attacha à décrire toutes les formes de la répression. Mais dès les premiers traits de pointe la satire paraît ; à côté du bûcher où se tord un grand coupable, près de la voie où gémit un moribond, dans le mélange horrible des estrapades, des piloris et des potences, une mère lorraine donne le fouet à son entant. « Supplicium sceleri frœnum ». Le supplice châtiment du crime!
Voy lecteur comme la justice, Par tant de supplices divers, Pour le repos de l'univers Punit des meschants la malice; Par l'aspecL de cette ligure Tu dois tou§ crimes éviter, Pour heureusement t'exempter lies elTets de la forfaicture!
L'ancien compa^inuii des Bohémiens avait la conscience moins pointilleuse que les juges de Nancy. et j'imagine que cet amoncellement immodéré d'horreurs visait ;i un antre luit (|u"à celui de faire détester le crime seulement. Qu(»i qu'il en suif. Callot ne fut jamais plus extraordinaire. L"effroi, riiorreur, la curiosité bunt peints sur les visages; les attitudes des personnages plus éloignés ont une allure incroyable de vérité et de vie. Rien d'omis et rien de trop. Ce sont là-bas des maisons hautes d'un ( eutiinètre. où les luoindres sculptures se devinent, non point léchées et agaçantes, mais surprises d'un coup. Dans le coin I de l'une d'elles, une niche, et dans cette niche une statue de la Vierge portant l'enfant Jésus! Imaginez la taille de cette statuette, placée en perpective idéale à plus de cent mètres du spectateur, quand ce spectateur n'a pas 20 millimètres. Sans doute ce sont là de purs tours de force, mais qui les peut faire? Et (jui peut surtout marquer l'intention, la volonté, la frayeur, toutes les passions, en un mot. dans un peuple de fourmis comme le sont les figures des supplices? Les Caprices de Florence étaient une étape féconde dans la manière de Callot. VImpruneta était un chef-d'œuvre, les Supplices ont encore gagné. L'artiste s'est complètement dégagé des errements originels. 11 peint ce qu'il voit, comme il le voit, sans aucune influence étrangère.
Yne fois lancé dans cette voie. Jacques Callot revint
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é^aleiiieiit aux fêtes, mais aux fêtes de son pays, rustiques et trauquilles. La pliysiouoniie de ces réjouissances annuelles n'avait rien des luttes entre les tisserands ou les teinturiers sur rArno: on n'y tirait aucun feu d'artifice, on n'y joutait pas sur des gond(des. Sur la place paroissiale, balayée pour la ciiconstance, au pied d'un vieux chêne, une danse rustique entraînée par des cornemuseux modestes ; des joueurs de boules qu'on dirait venus en droite liiiue des Flandres: et puis des tas de fumier, des bètes errantes un peu partout, le seigneur du village venu pour voir, avec sa femme à qui des jeunes filles oll'rent un mai. Les collectionneurs ont appelé cette jolie pièce la Foire de Gondreville. ])ien qu'il n'y ait en cela pas l'ombre de marché public. Ouant au mai dont nous venons de parler, Mariette le réputait un usage italien, sans se douter que de son temps cette coutume existait encore, puisqu'elle est venue jusqu'à nous dans les fi^imazas. Mais à quoi bon parler des érudits qui discutent et ergotent sur tout pour chercher à corroborer leurs hypothèses ?Mariette voulait que la fête de Gondreville fût italienne; le mai lui servait de preuve à défaut d'autre, il était parti sur cette idée; M. Meaume a fait prompte justice de cette erreur.
La planche des Joueurs de boules, pour lui donner son autre appellation savante, est rare en bon état. Le cuivre mou sur lequel Callot l'avait gravée s'est
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c'ciasé au tirage, les fonds se sont rapidement efîaeés. si bien que dans les publications ultérieures ils apparaissent salis t'I inconi[)lets. Mais dans son prenii(M* état elle est harmonieuse et gaie. Les ligures, plus clairsemées (jue d'habitude, laissejd tout l'intérêt au ])aysage.
Les compositions religimses occupèrent une grande partie des années 1625 et llj"24. Calhd lit dans ce gem-e la Passion de .lésus-Christ. dite la Petite Passion, œuvre remarquable, originale et mouvementée bien éloignée des travaux similaires de ses contemporains. On a peine à croire que dans nue surface de sept centimètres de haut sur cinq de large l'artiste ait pu développer complètement sa pensée, et pourtant rien ne manque. Mariette, qui connaissait les dessins sur lesquels Callot avait brodé ses eaux-fortes définitives, écrit à ce sujet dans ses notes manuscrites : « Ces dessins sont au crayon, lavés au bistre et touchés avec un esprit infini. Mais comme il n'y a que l'àme. et que rien n'est digéré, il fc\llait être Callot pour trouver de si jolies choses au bout de sa pointe. Il est pourtant vrai que pour (('S petits dessins, il avait fait de chaque figure des l'tudes connue s'il eût du les graver en plus grand. Jeu ai plusieurs^ et qui Iniit voir combien il était curieux de bien faire. 11 ne reparaîtra pas de sitôt un tel homme. »>