‹ Jacques Callot, sa vie, son œuvre et ses continuateurs (volume 2)Chapitre 17 sur 53 · JACQUES CAI.LOT · texte numérisé non relu

JACQUES CAI.LOT

ri(^ur. Examinons la llu'inic de M. ïliansing'.

Les dessins de rAlherlinc altribui's à Callut fureid Il onvés à IV'slli chez M. François Pnlszky par nii marcliand qui les vendit à la collection du prince Albert. Ils étaient an nombre de 72, collés sur 52 cartons. Ce sont des croquis à la plume assez habiles, représentant, avec de nom])reux changements, des fragments de la Danse des morts d'IIolbein, du Calvaire de Lucas de Leyde, des études d'après Durer ou Léonard de Yinci. La partie intéressante de l'album consiste en divers petits sujets traités lestement et qui paraissent l'idée première de certaines parties du siège de Bréda ; on y voit entre autres choses Callot tournant le dos au spectateur et dessinant sous les yeux de deux soldats: puis des scènes isolées de pillage qui sont effectivement dans la planche définitive gravée par lui.

Au fond, rien ne prouve que ces dessins soient des croquis originaux sur nature plutôt que des copies. Le dessinateur qui transcrivait Holbein, Lucas de Jj^yde. Durer et Yinci, pouvait tout aussi bien imiter Callot. Mais M. Thausing, qui avait rencontré au milieu de ces esquisses des soldats polonais, et qui tenait ferme pour Callot. précisait que lalbum avait été composé par lui pendant le siège de Bréda, quand Sigismond, prince de Pologne, était venu saluer 17nfante à Bruxelles vers la fin de septembre 1624. Où

1. Livre d'esquisses de Jacques Callol. Wieii. 11. 0 Miethke. 1S80, n-{'olio. Cinquante héliogi-avures et huit vif^nettes.

Callol aurail-il pu voir jamais des Polonais, sinon dans celte occasion unique?

La question iTest pas là. Elle est tout entière dans ce fait que le petit cahier découvert est un, livre de notes pris par un bon élève en vue de se faire la main; et pourquoi pas Stephano délia Bella, je vous demande, lui qui serra de si près son modèle le maître Callot, qui le suivit pas à pas et chercha à le parodier, si je puis ainsi dire? Et si je ne vois jamais dans l'œuvre de notre Lorrain la moindre allusion aux emprunts faits à llolbein, à Lucas de Leyde, si je ne retrouve aucun Polonais dans ses estampes, les voici par contre dans les eaux-fortes de La Belle. C'est aussi la Mort à cheval, empanachée, conduisant la .guerre, transposition habile de la pensée dllolbein; ce sont des imitations pures et simples de Lucas de Leyde; et pour finir, les Polonais, accoutrés comme dans l'album, un peu différents de postures, mais gardant leur physionomie.

M. Thausing s'était donc trompé, et l'idée émise par lui d'un voyage de Callot à l'armée dès la fin de 1624 tombe d'elle-même. On ne l'appela que beaucoup plus tard quand on eut réussi, et qu'il devenait glorieux de chanter sa victoire. M. Meaume, qui ne connaissait pas les dessins de l'Albertine, avait bien jugé. Quant au portrait de Jacques Callot mis en tête du cahier de croquis, il est une preuve de plus. Pouiquoi l'auteur se fùt-il dessiné lui-même en tête

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de son recuoil? Com])i(Mi ii'ost-il pas plus vraisemblal)le (If suj)pos('i* un |»(nliail l'ait par le copiste, par l'élève glanant à droite et à ganclie une pose, une tète, une attitude?

Restons-en donc à la date de Juillet 16:25 pour le passage de Jacques Callot à Bruxelles. Ce qu'il allait demander aux vainqueurs, c'était les renseignements topographiques indispensables, les situations respectives des armées. Quant au reste, il saurait toujours assez broder et inventer.

La recherche de ces documents ne lui prenait point un temps si considérable qu'il ne pût visiter les maîtres des Flandres. C'est avec un sentiment d'admiration profonde qu'il alla chez Yan Byck. Quelle gloire et quel immense génie pour le Lorrain modeste I Quand le grand artiste voulut qu'il posât devant lui pour un portrait dessiné, Callot se sentit mal à l'aise sous le regard du maître. 11 avait alors trente-deux ans. la vie bourgeoise l'avait engraissé et arrondi, ses joues étaient pleines et ses mains potelées. Lucas Yosterman grava plus tard le crayon de YanDyck, mais Callot ne fut pas le dernier à déplorer que le peintre n'eût pas lui-même tenté la gravure, avec la maîtrise qu'il mettait dans cet art spécial. Yosterman nous montre un Callot trop frais, un peu trop joli, trop bien portant. C'est la première effigie, de beaucoup la meilleure et la plus reproduite depuis. Callot est à son travail, tourné de trois

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